‹ Nicolas FoucquetChapitre 170 sur 183 · ENTREE DE LA REIINE DANS PARIS · texte numérisé non relu

ENTREE DE LA REIINE DANS PARIS

Cependant, le Roi, très judicieusement, avait ajourné la réception de « Messieurs » jusqu^à son arrivée à Fontainebleau d'abord ', puis à Yincennes. Jour pris enfin pour le 4 août, les graves magistrats abordèrent la question. Iraientils chez le Cardinal? Après longues discussions, Lamoignon, plus pointilleux qu'habile, fit décider qu'on prendrait l'agrément du Roi. Le Roi répondit assez sèchement : a Avez-vous pu douter de mon consentement? » Et alors, Mazarin, comme pour les punir de leur hésitation, leur indiqua un jour, à Paris, au Louvre ^. Le jour venu, la Cour envoya une députation, mais sans le premier président. On y voyait d'ailleurs MoIé, Payen, Broussel ', et ces seuls noms valaient la plus formelle des soumissions. La harangue y ajouta encore s'il se peut. Ironie du sort. Le ministre était couché, livré aux médecins, qui délibéraient sur son état par ordre du Roi. Comme tous les mourants, il se répandit en projets d'avenir. On reformerait toutes choses. On commencerait une ère nouvelle.

Ce commencement n'était pas encourageant pour le Parlement. Plus il cédait, plus on exigeait. On lui ordonna de présenter les mêmes soumissions au Roi le jour de l'entrée, à la porte Saint-Antoine. Il accordait les soumissions, mais il ne voulait pas marcher avec le cortège. Lamoignon réclama. Séguier prit parti contre le Parlement, le Roi n'avait pas l'intention de le blesser. L'ordre et la marche étaient réglés, on n'y changerait rien. Ces messieurs cherchèrent un biais et se rendirent à l'entrée par un chemin latéral *. Cela n'empêcha pas que, par un effet du hasard, ce triomphe de l'autorité royale eut lieu le 17 août^ jour anniversaire des barricades, ce qui donnait à cette

^ AcBKRT, Histoire de Mazarin^ t. IV, p. 345.

« lùid., p. 352.

' LoRBT, Mute historique, t. III, p. 228 ; MoTTBriLLB, Mémoires, t. IV, p. 224.

* Aubeut, Histoire de Mazarin, t. IV, p. 345; Gut Patiei, Lettres j t. II, p. 01.

démarche l'apparence « d'expiation et d'amende honorable ' » . D'ailleurs, parmi les cinquante mille bourgeois qui déFdèrent devant Leurs Majestés, pas un sur cent ne se fut avoué à lui-même qu'il avait monté la garde, en 1649, devant des barils pleins de pavés. Seul Mazarin se préoccupait encore de Retz. Que Retz se fût présenté, et ces cinquante mille hommes l'eussent empoigné.

La Fontaine, rendant compte à Foucquet de ses impressions sur cette entrée officielle , dépeignit très finement cette milice de parade.

La Cour ne se mit pas seule sur le bon bout,

Et ce luxe passa jusqu'à la bourgeoisie.

Chacun fit de son mieux. Ce n'était qu'or partout.

Vous n'avez vu de votre vie

Une si belle infanterie.

On eût dit qu'ils sortaient tous de chez le baigneur.

Imaginez-vous, Monseigneur,

Deux mille hommes en broderie '•

Par contre, le Cardinal, trop souffrant pour se rendre à la place du Trône, dut se contenter de contempler le défilé d'une fenêtre de la maison de madame de Beauvais, rue Saint-Antoine. Ses mulets, avec leurs belles housses, passèrent, puis son carrosse somptueux, mais vide comme s'il suivait l'enterrement de l'Éminence.

Foucquet, malade', s'était tenu à l'écart de toutes ces querelles d'étiquette, d'autant plus que sa situation comme procureur général devenait de plus en plus difficile. On en jugera par un exemple.

La duchesse de Ghevreuse et le duc de Guise s'étaient, moyennant un million de francs et sous le nom de Gourvillc, rendus engagistes de la ferme des droits d'entrée sur le poisson de mer frais. Le traité enregistré, la somme

> Guy Patik, Lettres^ t. II, p. 105.

* Là FoRTAi!! B, Relation de Centrée de la Reine dans Paris, le 26 août 1660.

' Juliux Miizarinus, utriusque fœderis et pacis et nuptiarum minisier... sive j)ompa regia in xoteniui augustissimœ reginœ ingressu, Auctore Petro Borat. Pariiiis^ 1660. Pièce p. 16.

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