‹ Nicolas FoucquetChapitre 18 sur 183 · FOUCQUET CONSEILLER A NANCY · texte numérisé non relu

FOUCQUET CONSEILLER A NANCY

déployée par ce conseiller de vingt ans, envoyé loin des siens dans un pays reconquis. Ceux qui plus tard scrutèrent le passé de Nicolas Foucquet prétendirent qu'il avait dès ce temps-là révélé son tempérament magnifique et, selon eux, prodigue. Il avaitun train demaison, tenaitune tableouverte, où s'étalaient de nombreux plats d'argent; il donnait aux dames le régal des violons. Son parent, le Jésuite de Champneufs, dut venir en aide à ce LucuUus précoce '. Si Tanecdote est véritable, et, encore une fois, elle est rapportée par un ennemi, on y trouve bien des compensations. On voit Nicolas, profitant de Theureuse liberté de la jeunesse, voyager pour s'instruire et pousser jusqu'à Francfort, où se trouvait alors M. de Feuquières. Il avait cet avantage inappréciable de débuter dans la vie publique sous les yeux d'un ministre qui observait tout, le détail comme l'ensemble. Richelieu, en effet, conduisit le Roi en Lorraine et le fit entrer dans Nancy par une brèche ouverte d'abord à coups de canon, élargie ensuite jusqu'au démantèlement de la place par les habiles procédures du conseil souverain.

C'était un premier pas vers la conquête; mais le Cardinal n'ignorait pas qu'il en avait à faire de plus grands et sur un terrain plus difficile. En 1635, il déclarait à la Maison d'Autriche une guerre par lui préparée depuis près de vingt ans. Il avait mis sur pied plus de deux cent mille fantassins, plus de trente mille cavaliers ^, réunion de forces inouïe pour le temps ; mais, grand politique, médiocre financier, il était dès le premier jour réduit aux expédients pour assurer Tentretien de ses troupes. Le 20 décembre 1635, le Roi tint au Parlement de Paris un lit de justice. Le chancelier Séguier, tout fraicliement installé, exposa, après les longs compliments d'usage, la nécessité de l'État et les

* L'homme de conscience an Boy sur le snbject de plusieurs libelles qui ont esté mis au jour pour la justification de M. Foucquet. Je cite ce fac tum^V!i\^Thi une copie mnniiscrite conservée à la Ribl. nat.,ms. F. 10728, f*>94.

' GiRAno, Offices de France y addition, p. xcii.

besoins d'argent. Suivait un édit de création de charges dans toutes les juridictions du royaume. Leur vente donnerait au Roi les ressources nécessaires, sans incommodité pour le peuple. Le Parlement non plus n'avait rien à craindre de ces créations nouvelles. Si on augmentait le nombre des magistrats capables en une telle Compagnie, c'était « pour les disperser après et y choisir les chefs des autres Cours souveraines de ce royaume » . Le président répondit par des paroles évasives. Ce fut, chose remarquable, un des gens du Roi, l'avocat général Hignon, un Angevin, qui critiqua Tédit et ces multiplications d'offices, où il voyait une cause certaine d'affaiblissement pour la magistrature ^ Il n'en conclut pas moins à l'entérinement des lettres de création. Richelieu n'en demandait pas davantage.

Le Roi et son ministre retirés, les parlementairesessayèrent un retour offensif. Les conseillers des enquêtes réclamèrent la réunion des Chambres, afin d'examiner ces édits, « que la Compagnie avait vérifiés sans les entendre » . Le Roi, rappelant une ordonnance de Henri IV, qui réservait à la seule grand'chambre la connaissance des affaires publiques, interdit la réunion. Puis, comme lesjeunes conseillers s'obstinaient dans leurs projets de résistance, le Cardinal fit arrêter ou exiler six d'entre eux. Le frère de ce Barillon *, conseiller à Metz, qui avait si bien reçu Nicolas Foucquet, fut d'abord emprisonné dans le château d'Angers et de là transféré à Pignerol, où il mourut. Il marquait la route pour un jeune collègue qui ne se doutait pas alors du sort semblable qui l'attendait.

Le père de Nicolas, homme entièrement gouvernemental, n'avait jamais douté de l'issue de la lutte engagée; il y vit une bonne occasion de pousser un de ses fils en avant. Kn effet, entre les offices nouvellement créés, il s'en trouvait huit de maîtres des requêtes. Comme on achetait

* 0. Talo5, Mcmoirex, p. 42, cdil. Michaud.

* Sun, Memorie rccouditey t. VIII, p. 433.

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