‹ Nicolas FoucquetChapitre 172 sur 183 · PROJETS MARITIMES DE FOUCQUET · texte numérisé non relu

PROJETS MARITIMES DE FOUCQUET

fripon, un voleur. Vous me ferez plaisir. C'est à lui à faire un fonds pour remplacer le don du Roi * ! »

Le peuple n'était pas plus content que les fonctionnaires. Les frondeurs en chambre affirmaient qu'il « ëtoit plus maltraité par les partisans que ne sont les forçats et les galériens sur mer » . Mazarin « n avoit pitié de personne, ne rabattoit ni tailles ni impôts depuis la paix faite; mais la mort n'auroit pas pitié de lui » .

On ne peut toucher à rien dans un État où sont invétérés de longs abus, sans heurter les gens qui en vivent. Les efforts pour réorganiser le commerce suscitèrent autant d'ennemis à Foucquet que ses projets de réformes financières.

A peine avait-on signé les préliminaires de paix, que Nicolas reprenait ses projets de développement colonial. Lors de l'effondrement de la première compagnie des Antilles, quand les associés préféraient perdre leurs fonds plutôt que d'en exposer de nouveaux, le fils de François Foucquet n'avait pas voulu désespérer de l'avenir des entreprises paternelles. Avec quelques amis et parents courageux, il s'était rendu acquéreur de Sainte-Lucie, intéressé dans la colonie de la Guadeloupe^ et dans celle de Madagascar. Son cousin Foucquet-Ghaslain, président au parlement de Bretagne, possédait des navires, le Grand et le Petit Chaslain^. Nantes le disputait au Havre, à Rouen et à Dieppe comme port d'armement des quelques vaisseaux de long cours, derniers débris de la marine marchande française. Or, la famille de la première femme de Nicolas Foucquet était nantaise. En Bretagne, nobles, ecclésiastiques, bourgeois de tous états, prenaient des parts de navires, de pacotilles à exporter, de cargaisons de retour, sucres, tabacs, cuirs. Malgré diverses fortunes, un peu de profit récompensait ces efforts.

1 GuT Patir, lettre de décembre 1660. Lettres, t. H, p. 179, 184.

* Du Tertre, Histoire des Antilles, t. I, p. 439 et suiv.

* Défenses, t. X, p. 257.

Même avant que la guerre eût pris fin, dès 1656, on constatait un certain réveil de Tesprit d'entreprise. Des avocats (les lanceurs d'affaires de ce temps-là) avaient rédigé les statuts d'une compagnie pour la colonisation de la terre ferme d'Amérique. Leur prospectus était des plus attrayants ^ Gros intérêt pour les capitaux engagés, grande et rapide fortune pour les colons. De l'or, du sucre, du tabac en abondance, du gibier, de la tortue à manger tous les jours. Les appétits furent surexcités. Enfin, une expédition partit de Nantes, n'atteignit jamais la terre ferme, échoua misérablement aux Antilles. Seul, l'avocat qui la conduisait (aujourd'hui on embarque, mais on n'accompagne pas), gaillard entreprenant, aurait fini par faire personnellement fortune, si la mort ne VeCii surpris *.

Évidemment, il fallait ordonner et surveiller ces tentatives. Foucquet comprit que le développement de la marine devait être le premier objet de ses soins. Les marins existaient, mais, faute de navires à monter, ils servaient à l'étranger. La pêche à la baleine, jadis pratiquée par les Dieppois, les Malouins, les Basques, était devenue le monopole des Hollandais. Avec le concours d'un homme très habile, très au fait de cette navigation, le surintendant organisa la compagnie dite des Baleines, à qui naturellement on concédait le droit exclusif d'approvisionner les marchés français d'huiles et de fanons'.

Aussitôt grande opposition de tous ceux qui vivaient de ce commerce, surtout des fermiers des droits d'importation^. On a vu plus haut ce qu'ils avaient fait avec l'appui de Talon. Quant aux Hollandais, prenant vite les grands moyens, ils saisirent les vaisseaux de leurs concurrents.

Foucquet, qui ne se décourageait pas facilement, conçut

1 Du Tertbb, Histoire des Antilles^ t. I, p. 480.

* Du Tertre, Hi^oire des Antilles, t. I, p. 495. » Défenses, t. VI, p. 412.

* Défenses, t. V, p. 6.

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