RÉORGANISATION DU CONSEIL DE COMMERCE
un projet beaucoup plus large, celui de frapper d'un impôt, dit droit de tonneau, toute importation de marchandises par navire étranger. Les Hollandais redoublèrent d'énergie. Leurs ambassadeurs trouvèrent un concours plus intéressé que patriotique dans les négociants des ports ', représentants des étrangers, dans les courtiers de commerce, qui craignaient tous de voir leurs profits tomber en de nouvelles mains. C'était, pour eux, passer du régime de port franc à Tinconnu, abandonner leurs quais à la tyrannie des douaniers.
L'intérêt a toujours aiguisé l'esprit des hommes. Van Beuning et les délégués hollandais trouvèrent du premier coup les meilleurs arguments des libres-échangistes. La France était un incomparable pays de production, fertile en blés et en vins partout recherchés. Que lui fallait-il? des gens qui, nés sur un sol pauvre, se fissent à bon marché les transporteurs de ses richesses. En enlevant à ces derniers cette modique ressource, on les contraindrait à aller chercher en Italie, en Espagne, des produits similaires, qu'ils prendraient vaille que vaille, tandis que ceux de France s'entasseraient inutiles dans les granges des campagnes ou dans les magasins des ports abandonnés.
Le raisonnement était spécieux. Foucquet, toutefois, n'ignorait pas que, grâce à leur expérience, à leur bon marché, les Hollandais avaient accaparé tout le commerce des colonies françaises. Le maître de la vente est aussi celui de l'achat. Ces modestes transporteurs se transformaient vite en facteurs, en banquiers, en négociants. Ils prenaient alors tous les bénéfices. Les Français avaient donc raison de s'émanciper de cette dépendance, de faire par euxmêmes. Basques, Bretons, Normands se montraient aussi braves gens de mer que les hommes d'Angleterre ou de Hollande. On les recherchait à bord des navires étrangers.
1 V. Beuning à de Witt. Correspondance de de Witty t. II, p. 94. 1. 36
Qu'on leur en donne de leur pays, disait Foucquet, et ils sauront les conduire.
Cependant, un conseil du commerce était réorganisé, avec MM. de Brienne, secrétaire d'État, Chanut, l'ambassadeur, d'AIigre, d'Ormesson, tous ceux qu'on put retrouver de l'ancien temps. On commença, comme toujours, par des commissions, par la rédaction d'un questionnaire adressé à tous les intendants, avec requête de s'éclairer auprès des municipalités, des corps de marchands et de jurats, etc., etc. '. On ne visait pas à moins qu'à la constitution d'une grande affaire, dont le Roi eût retiré assez de profits pour payer les dettes de l'État, mettre en réserve un trésor de guerre; c'était la guérison de tous les maux passés, la prospérité du présent, la gloire de l'avenir *.
Foucquet, h la fois homme d'imagination et de pratique, montrait l'exemple, armait des vaisseaux, envoyait aux îles des draps, des articles de France, gagnait gros sur ces envois. Propriétaire de Belle-lsle, il voulait tirer parti de cette excellente position, que tous les navires venaient reconnaître, avant d'entrer en Loire ou de relever à destination des ports de la Manche. Pour la garder ou la revendre, il était également avantageux d'en accroître les revenus. Nicolas en avait complété les fortifications, quelques corps de garde, un bastion, travaux commencés par M. de Retz. Dès que la paix fut conclue, il employa toutes ses ressources à l'amélioration du port. On construisit une jetée, et, sous sa première pierre, on scella une médaille, que le surintendant avait fait frapper en mémoire de la paix et du mariage du Roi : Paci eternse pactisque hymenœis '. Cette jetée devait abriter les pécheurs de sardines. Cette pèche, tout nouvellement pratiquée dans ces parages, y était abondante. Foucquet fit enseigner aux Bellislois l'art de conserver ce
» Défenses^ t. V, p. 340.
«/6i</., t. XIII, p. 361.
• Le Roy, Belle-Ile en mer, p, 111.