BANQUEROUTE DE
fit excuser sur ce qu'il était titulaire de Tintenciance de Paris. En homme prudent à Texcès, il ajoutait que le peu de durée de son emploi devait le soustraire à tous reproches personnels. Ses collè(;ues approuvèrent son abstention, mais non son excuse'. Distinction bien subtile en des temps si troublés. Les ministres, avec la même subtilité, protestèrent d'abord, puis approuvèrent la mesure. Enfin Mazarin, sans honte, remercia même le Parlement de la grande obligation que le Roi lui avait pour tous ces beaux projets de réformes.
On verra par la suite que de ces projets aucun n*aboutit. Mais la Fronde avait commencé par des discussions financières, et son œuvre indirecte, la banqueroute, s'accomplit sans difficulté.
Mazarin, Thomme du pays de la Banca roua, n'avait pas tardé à voir dans les projets des frondeurs un moyen de libérer tout d'un coup le trésor royal de ses engagements. Vers le 9 juillet 1648, il déclara au Parlement que s'il avait hésité d'abord, c'était par peur de paraître manquer de foi envers le public; mais du moment qu'on agirait sur Tavis des compagnies, c'était bien différent. Incontestablement le service de la dette absorbait le plus clair des impôts. En cessant de payer les rentiers, on aura bien plus d'argent disponible, pour subsister '.
Dès le lendemain, le Cardinal sacrifiait le surintendant et le jetait dans le gouffre du déficit, qui ne fut pas comblé (9 juillet 1649). Il aurait bien voulu faire coup double, désarmer ses ennemis du Parlement et se débarrasser du complice de ses concussions. Mais Particelli, aussi fin que son compatriote, ayant mis en sûreté la cassette aux reçus compromettants, assurait qu'on ne le pousserait pas à bout, de peur qu'il ne parlât. Il ne craignait que le poison. Autre idée de pays*.
* Tal05, Mémoires y p. 247.
' 0RMB8805, Journal, t. I, p. 547.
116 NICOLAS FOaCQUET.
On le remplaça par je maréchal de La Meilleraye, avec MM. de Morangis et d'Aligre pour secrétaires, ce dernier homme de robe et ami de Foucquet. Au Parlement, on fit peu de cas de la destitution d'un surintendant qui se retirait en gardant son bien. Les esprits étaient excités, et l'assemblée des compagnies vota les propositions les plus violentes.
D*abord, on proposa de révoquer toutes les levées extraordinaires faites sans approbation des Cours souveraines, toutes les avances sur les tailles, tous les prêts faits au Roi. De plus, une Chambre de justice serait érigée pour juger les concussionnaires, usuriers, etc., avec cette clause que le Roi lui-même ne pourrait transiger avec les justiciables, encore moins révoquer la Chambre.
Grande émotion dans Paris et dans la France entière. C'était la ruine de nombreuses familles', l'anéantissement du crédit. Le gouvernement, qui, lui, avait besoin d'argent, essayait de résister, mais inutilement. Le chancelier Séguier avant insinué, dans une conférence avec les nouveaux tribuns du peuple, qu' « abolir les prêts » , ce serait imposer au Roi un manquement de parole envers ceux qui l'avaient assisté dans ses difficultés : a On n'a pas craint de manquer de foi, répliqua aigrement l'un des magistrats, aux honnêtes gens, aux officiers des compagnies, les premiers créanciers du Roi, et l'on se préoccupe d'usuriers et de gens de néant * ! >»
Dans l'assemblée on renchérit encore sur ces paroles injurieuses. Le président déclara qu'il ne siégerait pas tant qu'à ses côtés il verrait les fils, neveux ou alliés de traitants et de gens intéressés dans les prêts. En effet, comme de tout temps l'argent mène à tout, un assez grand nombre de fils de financiers avaient acheté des charges de judicature;
' SoRBL, Histoire de la monarchie, t. I, p. 311. * Histoire de la monarchie^ t. I, p. 316.