‹ Nicolas FoucquetChapitre 32 sur 183 · RENTREE DE MÂZAUIN EN FRANCE · texte numérisé non relu

RENTREE DE MÂZAUIN EN FRANCE

d'intrigues, de rapports vrais et faux, discerner ce qui expédiait? Les plus habiles s'y trompaient grossièrement.

Ainsi Mazarin, décidé à rentrer quand même, estimait que le gros de la résistance se trouverait en Guyenne à l'armée de Condc, à Paris autour du duc d'Orléans. Quant au Parlement, un mot du Roi le mettrait à la raison. Tout au contraire de ces prévisions, Condé, malgré son génie, ne pouvait tenir contre les vieilles troupes fidèles à la royauté * . Gaston devait bientôt apprendre que sa puissance n'était qu'un mirage. Par contre, celle du Parlement, si méprisé par le Cardinal, allait se montrer de plus en plus effective.

Foucquet, resté seul depuis le départ du premier président Mole, se tenait en rapports constants tantôt par son frère, tantôt par Golbert, avec Mnzarin en marche triomphale sur Poitiers. D'après ses conseils, le Roi avait écrit une lettre officielle à l'exilé, lui commandant « sans autre réplique et sans aucun retardement » de venir le joindre avec ses troupes *. « Je suis bien ayse d'avoir reçu cette despeche, écrivait Mazarin, quoyque jusqu'à présent elle n'ayt esté aucunement nécessaire. » Cette nécessité d'un titre légal à sa rentrée paraîtra bientôt.

Dès le 2 janvier 1652, les hostilités commencèrent dans les Chambres assemblées. Première proposition : On lèvera des troupes contre Mazarin. Acclamation. On appliquera à leur solde les deniers publics, dût-on suspendre le payement des rentes et des gages des conseillers*. Hésitation. Foucquet et Talon objectent qu'au Roi seul appartient de disposer des deniers publics; que le service des rentes constitue un engagement sacré. Unanimement, on défère à leurs objections : « On ne fait jamais bien la guerre civile avec les conclusions des gens du Roi, murmura Retz toujours railleur,

' M. DE Sainte- AuLAiRE, Hixtoire de la Fronde, Paris, Ducroq, t. I et II; M. DE CosxAC, Souvenirs du règne de Louis XIV, t. I à VII.

* Lettre de Mazarin à Basile Foucquet, 2 janvier 1652. Lettres, t. V, p. 3.

* O. Talon, Mémoires, p. 461.

à Foreille de Gaston toujours indécis'. » Grande vérité! Au fond, tous ces opposants étaient royalistes. Une délégation revenue de Poitiers, où se trouvaient le Roi et le gouvernement, rapporta, non sans quelque aggravation, les paroles assez dures de MoIé. Les représentations du Parlement n'étaient pas agréées. On les excusait seulement, parce qu'il ne savait sans doute pas que Mazarin revenait par ordre du Roi^. La rentrée du ministre était légale. Ainsi se trouvait justifiée la précaution officielle prise sur les instances de Foucquet. Celte légalité irrita le Parlement. L'irritation se transforma en fureur, quand on apprit que deux conseillers avaient été, Pun pourchassé, l'autre arrêté par les bandes du Cardinal'.

En effet, deux magistrats avaient reçu commission de soulever les communes contre Pexilé en rupture de ban. Chargés de ballots d'imprimés, ayant péniblement rejoint l'armée d'Hocquincourt à Pont-sur-Yonne, ils commencèrent à lire les arrêts du 29 décembre au maréchal, qui brutalement coupa court à leur lecture. L'un d'eux, Le Coudray-Génier, parvint, non sans péril, à s'échapper; l'autre^ Bitault, resta aux mains des royalistes. A Paris, on prétendit aussitôt qu'il avait été assassiné; mais Foucquet, que Mazarin tenait au courant, rétablit la vérité. Bitault était seulement prisonnier et, au surplus, très bien traité*. Alors, on cria à la séquestration. Ces gens, qui avaient mis à prix la tête de Mazarin, s'indignaient de ce que cet homme, traité par eux en bête fauve, s'assurât un otage ^.

Le procureur général devenait suspect a son tour. On

' Betz, Mémoires, t. IV, p. 72.

• ACBKRY, Histoire de Mazarin y t. III, p. 335. »/6i£/., p. 338.

* Jbid.; Hëtz, Me'moires, t. IV, p. 73.

» V. ras. fr. 23202, p. 269. Lettre de Mazarin à Tabbé Foucquet, 11 janvier 1652. CoA^TELAUZE, /.e cardinal de HetZy t. II, p. 274. Cette lettre prouve bien que l'abbé était l'interinédiaire entre son frère et Mazarin. Cf. Lettres dr Mazarin f t, V, p. 4.

VENTE.de la BIBLIOTHEQUE DE MAZARIN. 185

lui cherchait querelle a tout propos. Pourquoi n'avait-it pas envoyé les arrêts de la Cour aux autres Parlements? Foucquet, se sentant sur un hon terrain, accepte le débat. « Les arrêts sont partis : il a les certificats des courriers ^ » Le lendemain^ il apporte les réponses de Metz et de Toulouse, avec les arrêts rendus contre le Cardinal*. Donc, rien à lui dire.

Impuissants à faire arrêter ou assassiner Mazarin, les exaltés du Parlement se vengèrent sur ses meubles, sur ceux qui lui étaient le plus chers. Dès le mois de février 1649 , les biens du Cardinal avaient été saisis; mais grâce à Tintervention des conseillers Saintot, Doujat, Catinat, de La Nauve, on avait pu sauver les livres^. En décembre 1051, rien n'arrêta les furieux. Comme dernier obstacle, on essaya de faire vendre la collection en bloc. Le Parlement exigea la vente en détail. En vain, Foucquet produisit une lettre de cachet du Roi, défendant, au nom de Tutilité publique, de procéder aux enchères. « On ne pourroit en un siècle faire un amas de livres aussi considérable^! » Rien ne valut. Le conseiller Pithou, méchant porteur d'un beau nom, allégua qu'il ne restait que peu de livres et quelques manuscrits arabes, dont on ne trouve pas de débit, et pouvant bien valoir deux pistoles pièce. On en vgla autant qu'on en acheta. Des habiles dérobaient des volumes pour se faire adjuger ensuite à vil prix les ouvrages dépareillés. Mazarin supporta très dignement cette abominable vengeance *.

Si Foucquet ne parvint pas à sauver cette belle biblio-

I Ms. de la Sorbonne, 16 janvier 1652.

* Bibl. Mazarine, ms. 1415^^, séance du mercredi 24 janvier.

' AuBBRTy Histoire du cardinal Mazarin , t. III, p. 305.

^ Ma. de la Sorbonne, séance du 6 février 1652.

» V. Bibl. Mazarine, \ol. 14153^, à la date du mardi 6 février 1652.

Leclure d*une lettre de cachet du Roi datée de Poitiers, 1*' février 1652, défendant aux gens du Parlement de Paris de vendre ou de diviser la biblio* thèque du cardinal Mazarin.

Lecture d'une requête présentée à la Cour par le procureur général : « Il est enjoint au supliant de s'opposer à la vente de la bibliothèque cy-devani

180 NICOLAS FOUCQDET.

thèqiie, il ne fut guère plus heureux en politique. Il continuait à Paris son rôle de modérateur, rôle toujours ingrat.

Mazarin, revenu auprès du Roi et reçu comme un vainqueur, continuait d'exulter, u Je ne voy pas, écrivait-il à l'abbé Foucquet, son intermédiaire auprès de Relz et de la Glïevreuse, devenus ses alliés, je ne voy pas ce que pourront dire à présent ceux qui prosnoient tant que mon entrée dans le Royaume causeroit une révolte générulle et renverseroit TEstat, puisque, sans que j'aye faict aucune diligence envers les peuples, sans qu'ils ayent eu une cognoissance particulière des ordres du Roy..., ils m'ont faict des acclamations partout où j'ay passé, et témoigné une véritable joye de mon retour. » Et le Cardinal, homme pieux h certains jours, de s'écrier : « Voilà la protection que Dieu prend de rinnocence*. »

Foucquet voyait moins d'enthousiasme à Paris. Quand le gouvernement voulut y faire signifier un arrêt du Conseil d'État, séant à Poitiers, qui en cassait un autre du Parlement en date du 27 décembre 1G51 dirigé contre Mazarin, le procureur général trouva la mesure inopportune. Il en écrivit à la Reine. Au premier moment, ses envieux présentèrent sa résistance sous un jour défavorable. On lui répond que la décision est prise, imprimée, irrévocable;

du cardinal Mazarin, comme ayant été par luy destinée nu public sous la direction et administration des premiers présidens des Compagnies souveraines de cette ville, du suplianC et de trois docteurs pieux et sçavans de l'Oniversito de Paris, qui seront nommés d'ofHce par le supliant et sous la direction du Hoy, avec un revenu certain pour gages des bibliothécaires. Ce considéré, il vous plaise recevoir le supliant oposant à la vente des livres restans «le ladite bibliothèque et, ce faisant, ordonner qu'elle demeurera affectée au |Miblic, nonobstant toutes saisies et arrests et par préférence à tous créanciiMs, s.ins que l'usage en puisse estrc diverti ou chan{»é, pour (juelque cause et occasion (pie ce soit, et qu'à la diligence du supliant il sera fait fonds certain «t asscuré pour l'entretien et augmentation d'ictelle, et pour le payement des officiers nécessaires; et vous ferez l)ien. Sifjnc : FoncQrKT.

»• Il n'a esté délibéré sur ladicte requesle et lettre de cachet. ■

' Lettre du 18 janvier 1652. Lettres, t. V, p. 22.

Page 1