FOUCQUET S'OPPOSE A DES MESURES INOPPORTUNES
mais, dès le lendemain, un second messager courait après le premier pour dire à Foucquet d'agir suivant son sentiment ^ Le Roi lui écrivit même. pour le remercier de sa sincérité. Quand on dit le Roi, il faut entendre le Cardinal.
Autre difficulté. Les anli-Mazarin avaient voulu mettre la main sur les fonds destines an service des rentes; Mazarin ne désirait pas moins prendre cet argent, — pour la bonne cause. Foucquet, s'autorisant des avis du Coadjuteur et de Mme de Gheyreuse, insista si bien, que le ministre céda, d'assez mauvaise grâce, il est vrai. On le réduisait à la misère, il ne restera plus rien pour la table du Roi, etc. ; enfin, il céda. Les arrérages des rentes furent payés, et le bourgeois se tint tranquille *. « Faites en sorte, recommanda alors Mazarin, voulant regagner en considération ce qu'il sacrifiait en argent, qu'on m'attribue le mérite de cette mesure! »
En effet, il songeait toujours à ce Paris où les Foucquet, aidés des présidents de Novion et de Mesme, neutralisaient de leur mieux le duc d'Orléans, l'allié du prince de Condé. Le procureur général requérait contre ceux qui, sans commission du Roi ', levaient des troupes en Berry *, contre Nemours et son armée, et, chose étonnante, le Parlement rendait un arrêt conforme à ses conclusions'^.
Le duc d'Orléans, se sentant touché, répliqua sèchement que les troupes de M. de Nemours n'étaient pas plus étrangères que celles de Mazarin. Omer Talon, l'avocat
* 0. Talon, Mémoires, p. 462. Cf. lettre de Mazarin à l*aljbé Foucquet, en date du 31 janvier 1652. Il mcna^jera le Parlement, puisque c*esl l'avis du procureur (»énpral. Cua:«teladzb, Le cardinal de Heiz et Vaffaire du chapeau, t. II, p. 280. Cf. Lettres de Mazarin, t. V, p. 32, 60.
* Lettre du 16 février 1652. Mazarin à Tabbé Koucquet, ms. fr. 23202, p. 31. ^ Ms. de la Ribl. Mazarine, 1415^, 9 et 10 février. Ms. de la Sorbonne,
10 février. 0. Talow, Mémoires, p. 464.
* 0. Talon, Mémoires, p. 465, dit en Brie, et le ms. de la Sorbonne porte la même mentiim. Le ms. de la Bibl.Mazarine, au lieu de Brie, porte en Berry.
^ L'arrôt ne parait pas avoir été si{»né. V. 0. Talow, Mémoires, hc, cit. V. les Registres du Parlement, 9 et 10 février.
i88 NICOLAS FOUCQUET.
général du Roi, intervint (28 février 1652) par nn coup double à sou ordinaire. Il défendit l'autorité royale, contre laquelle le seul recours est la prière. Quant au Cardinal, objet de la haine publique et de Taversiou des compagnies souveraines, pierre de scandale, on doit savoir gré à M. le duc d'Orléans de s'opposer à son retour. Il conviendrait même d'écrire au Pape pour le prier de rappeler son Cardinal à Rome'. Le Pape s'est moqué des plaintes de ce dernier, et lui a conseillé de laisser la France tranquille. Entraîné par son éloquence, Talon parla « de l'incapacité reconnue» deMazarin*.
« Ce discours, dit l'orateur dans ses Mémoires, bâti surle-champ, récité avec action, avec indignation et quelque sorte de vigueur, valut beaucoup mieux (|u'il ne vaudra sur le papier; mais il ne produisit aucun effet'. » Talon se trompe. L'effet de ridicule fut grand, et Mazarin dut bien rire en s'entendant traiter d'incapable par ce pédant chargé de science et pliant sons le bât. Foucquet, qui tenait la plume, garda plus de mesure. Si par politique il sacrifiait à la passion du jour, l'expression n'était jamais blessante^.
Gaston crut habile de ne laisser prendre aucun arrêt, prétextant un jour une fièvre, un autre jour quelque malaise pour ne pas siéger. Foucquet n'insista pas. Pendant ces délais, l'armée royale, après un succès eu Anjou, se reformait sur la Loire. En Guyenne, le duc d'Harcourt achevait de réduire Condé à l'impuissance^. Enfin, Mazarin, « l'incapable » , prenait toutes les mesures propres à atténuer les mauvaises dispositions du Parlement. Il renvoyait Bitault
* O. Talo:», Mémoires, p. 463; Histoire abrégée du Parlement^ p. 178. ' Ms. (le la Sorbonne, séance du 28 février 1652.
•* 0. Taloîi, Mémoires ^ p. 469.
* Conclusions, 20 février 1662. Bibl. Mazarine, 1415**. Cf. Lettres de Mazarin, t. V, p. 63.
^ Retz, dont 1 amour-propre nVst pas en jeu à ce moment, a bien saisi et seul fait bien ressortir cette habile politique des partisans du Ifoi dans le Parlement. Mémoires, t. IV, p. 78.