DEPUTATION DU PARLEMENT A LA COUR
comblé (le civilitës, séduit, gagné, promettant « de bien servir dans sa compagnie * » , promesse qu'il ne tint pas.
En mars 1051, Foucquet et Talon saisirent l'occasion de la mercuriale pour remettre quelque ordre dans la tenue des séances : accès interdit aux étrangers, même aux maîtres des requêtes non en service; portes fermées au verrou, etc. ^. Le 2G mars, le procureur général remontra qu'on vendait dans Paris des libelles « iort scandaleux contre Tautorité royale w . Suivant l'un d'eux : la Franche Morgneriic^ « le \Un ne peut rétablir Mazarin, ni la Reine étrecliel (lu Conseil » ; le Roi, mémemajeur, doit rester sous « la curatelle tacite de Monsieur, lequel, avec les Princes et les Parlements, commandera le ban et Tarrière-ban pour terminer la guerre contre le Mazarin » . L'autre pamphlet, le Point de r Ovale, poussait au soulèvement de Paris'. Foucquet dénonçait ces atteintes à l'autorité absolue du Roi. En même temps, très habile, il flattait la manie des frondeurs en demandant au Pape de rappeler le Cardinal à Rome. Ces conclusions, contradictoires en fait, très logiques en droit, jetaient le trouble dans l'esprit des conseillers. Il ne demandait rien de plus.
Évidemment cette Fronde des Princes ne passionnait ni le peuple ni même les compagnies soi-disant souveraines, comme avait i^it celle de 1648. Une tentative pour rétablir à nouveau la Chambre de Saint Louis échoua piteusement, l^ar malheur, il restait trop d'amour-propre des deux côtés, ce qui fit commettre bien des fautes.
Par un esprit d'imitation, aussi commun dans la politique qu'ailleurs, tous les Parlements du royaume avaient
1 Lettre du 15 février datée de Saumur, ms. fr. 23202, f« 32* Cf. Lettres, t. V, p. 47.
< Ms. de la Sorbonne, mercredi 20 mars 1652.
^ Ms. de la Sorbonne, mardi 26 mars 1652. Cf. BibL des Maxarinades, U I, p. 420, n» 1447; ibid,,i. Il, p. 359, n« 2^8. L auteur s'appelait Dubosc- Montandré*
récclilé les arrêts rendus par celui de Paris contre Mazarin. Ils échangeaient entre eux ces pièces d'éloquence; celle des Toulousains lut si fort applaudie à Paris, qu'on décida de députer le président de Nesinond et cinq conseillers pour porter au Roi de nouvelles remontrances et demander l'expulsion du Cardinal '.
Aussilôt, Tabbé Foucquet, oryane de son frère, écrivit à Mazarin ce que le président de Novion, un ami, croyait qu'on devait répondre à la députation. Il élait de bonne politique de ne pas ai(;rir les esprits; au contraire, de bien traiter les députés, surtout de ne rien leur dire de fâcheux*. Par malheur, la députalion marcha plus vite que la lettre et rejoignit la Cour à Sully-sur-Loire *. On y était tout glorieux des succès remportés en Anjou, plein dVsjiérance dans les succès à venir. « Toutes nos troupes sont en marche pour se joindre, écrivait Mazarin, et je croy qu'elles composeront une armée qui ne craindra guère de rencontrer celle que commandent M. de ^^emours et M. de Bcaufort*.»
Les victorieux ouvrent rarement Toreille aux contradictions.
Une sorle de discours préparatoire fut assez patiemment écouté; mais lorsque Nesmond demanda la lecture par \\n secrétaire d'Élat de remontrances où Ton débutait par rappeler au Itoi 1 incontestable violation de sa |)arole, où 1 on finissait par accuser le Cardinal d'avoir fait passer trente millions en Italie, tout se gâta. Mole répondit par un relus. Le Roi était majeur et voulait être obéi. Alors, les députés de répliquer, de réclamer la lecture de leur papier; la Reine de prendre la parole, de déclarer que cette contestation est indécente, que Messieurs du Parlement n'ont qu à se retirer. Elle se lève; le jeune Roi Tiuïite, et comme Nes-
' 23 mars 1652. Dcbitissom-Aubenay, Journal, t. II, p. 187.
• Mazarin à Hasilc Foucquet, Gien, 6 avril 1652. Lettres, t. V, p. 69. ^ La Cour était le 31 mars à Sully.
* Lettrvx, t. V, I». 63.
COMBAT DE KLÉNEAU. 191
mond et les siens insistaient, Louis, ôtant son chapeau : « Retirez-vous, Messieurs, leur dit-il, retirez- vous. » La députation obéit, non sans laisser échapper des imprécations contre Tltalien qui conseillait le Roi \
Mazarin eut le sentiment que ce jour-là une faute avait été commise. Il s'en excusa auprès de Basile Foucqnet sur « la vivacité de M. de Nesmond * ». Au surplus, il était toujours plein de confiance; dans deux jours, le Roi marchera sur Paris, a sans appréhension de Tarmée ennemie >' . Oue de son côté, Foucquet et les siens agissent avec vigueur, et tout ira bien.
Pas si bien que le croyait cet habile homme, aveugle cette fois par son intérêt personnel.
Les complications militaires survenaient. Gondé, peu habitué à se laisser battre , abandonnait ses recrues de (fuyenne et, grâce à une course audacieuse, rejoignait h Châtillon-sur-Loire l'armée de M. de Nemours. Cette armée, avec beaucoup d'hésitation, avait passé la Seine à Mantes, grâce à la complicité de Sully, gendre de Séguier, qui luimême se défendit fort mal du reproche de compUcité'. Cette trahison avait excité de vives alarmes. Condé, retrouvant avec de meilleurs soldats son génie et son audace, choquait et culbutait à Bléneau Tarmée du brave mais routinier Hocquincourt.
Anne d'Autriche, alors à Gien, tout près du champ de bataille, subit cette épreuve avec le sang-lroid d'une grande princesse. Quand Mazarin, tout ému, lui apporta la nouvelle, « elle se coiffait et demeura attachée à son miroir, n'oubliant pas à tortiller une seule boucle de ses cheveux « . Ensuite, elle dîna, « de bon appétit et aussi tranquillement que si elle n*eût couru aucun risque * ». La fortune sourit à
' Histoire abrégée du Parlement, p. 200, 201.
^ Lettre du 6 avril ci-dessus citée.
' Kerviler, Le chancelier Séguier^ p. 315. Paria, 1875.
* MoKTGLàT, Mémoires. Dix-huitième campagne, p. 2G6.
ce calme souverain. On apprit bientôt que tout était sauvé, grâce au courage et à l'habileté de Turenne. Les négociations de Foucquet avaient beaucoup contribué à ramener dans la bonne voie ce général, à Tesprit naturellement bien réglé*. I/audace et l'inspiration allaient reculer devant la prudence et la méthode. Condé, encore une fois mis en échec, quitta son armée et se rendit h Paris « pour renverser par sa présence tout ce que le cardinal de Retz faisait près de Monsieur contre ses intérêts* » .
Ainsi Retz et Gaston étaient considérés par Condé comme des ennemis, alors qu'à Paris on les tenait pour ses alliés. Cette allégation d'un contemporain paraît invraisemblable. Elle est exacte pourtant et en parfait accord avec l'inconsistance et la duplicité des esprits dans ces temps désordonnés. Condé arrivait donc sur Paris, prêt à combattre tout le monde , ne rêvant qu'assauts et attaques de vive force. Il allait retrouver sur le terrain parlementaire la même tactique prudente, imperturbable, qui l'avait déconcerté sur le champ de bataille. Foucquet agissait à la Turenne.
Au premier bruit de l'arrivée du Prince, les présidents au Parlement et le procureur général décidèrent qu'on refuserait l'entrée de la Cour h ce rebelle, tout rouge du sang des sujets du Roi. Comme la proposition devait émaner du parquet, dès le lendemain (11 avril) six heures du matin, Foucquet se rendait chez Omer Talon , pour s'entendre avec lui. L'avocat général, assez mal disposé pourMazarin, entassa objections de droit sur objections de sentiment. On alla chez Rignon, qui, naturellement, pencha pour l'abstention'. Condé entra donc au Parlement, et, malgré l'accueil assez rude du président Railleul, il y parla longuement de la situation, des liaisons faites par lui « dedans et
I Lettre de Mazarin à Tabbé Foucquet, 18 mars 1652. Turenne est désigné par le chiffre 7i. (Ms. Gaignîères.)
* MosTCLAT, loc. cit.^ p. 266,
* Taloî», Mémohes, p. 475.