FOUCQUET ET CONDE AU PAHLEMENT
dehors le Royaume, arrêts à prendre contre Mazarin et ses adhérents » . Foncquet aussitôt, sans plus s^occuper de Tavis de ses deux collègues, discute chaque mot de la déclaration du Prince. Telles expressions étaient mal* sonnantes y il convenait de les rayer. Que signifiaient ces mots : Mazarin et ses adhérents? Cela a n'auroit jamais de terme et même se pourroit appliquer à la Reine ' » . Gondé ne sut que répondre.
Par malheur, le 12 avril, Nesmond et ses collègues ren* dirent compte du mauvais accueil qu'ils avaient reçu. Leur récit n'était pas de nature h pacifier les esprits. Par surcroît, le procureur général avait à présenter ce même jour une déclaration et une lettre, datées de Saumur le 2 mars, par lesquelles le Roi enjoignait de lui envoyer toutes les informations, procédures et arrêts donnés contre son très cher et amé cousin le cardinal Mazarin, en même temps de surseoir à toute exécution de ces arrêts. C'était une provocation formelle. Talon prit les conclusions les plus contradictoires. Dès le lendemain, le Parlement décida que les mêmes députés retourneraient vers le Roi, portant, avec les mêmes remontrances, les déclarations ])acifiques du duc d'Orléans et du prince de Gondé, que toutes les compagnies du royaume seraient conviées à envoyer des députalions semblables; enfin, qu'on tiendrait une assemblée générale à l'Hôtel de ville pour demander l'éloignement de Mazarin^. Cet arrêt, aussi peu applicable que les précédents, révèle l'état des esprits. Mazarin, de son côté, ne voulait plus correspondre avec la compagnie' où Nicolas Foucquet restait toujours seul pour défendre, quand cela se pouvait, l'autorité royale ou plutôt ce qui en restait. Depuis deux ans et
' Talov, Mémoires, p. 476.
* Histoire abrégée,,., p. 208.
' « Le Roy pourra bien escrire a la Ville, mais non pas au Parlement; les lettres qu*on leur a envoyées ont este si mal reçues, que ce seroit compromettre inutilement de nouveau la di{jnité et Tautoriic de Sa Majesté, i Lettre à l'abbé Foucquet, Gien, 17 avril 1652. LeUres, t. V, p. 80.
plus, la France, qui a la vie tenace, mais qui joue trop souvent avec sa santé, vivait sans gouvernement, subissant la guerre civile dans plusieurs provinces et la guerre étrangère sur deux de ses frontières.
Ce qui rendait la position particulièrement difficile pour le procureur général, c'était l'incapacité politique des avocats généraux. Le 20 avril, Talon, avec sa pénétration ordinaire, déclarait que Messieurs (lui et ses collègues) concluaient contre le Cardinal. En réalité, ces conclusions, œuvre de Foucquet, visaient Condé '. L'avocat général n'y vit pas beaucoup plus clair, cinq jours plus tard, quand l'abbé Foucquet fut pris, sur le chemin de Corbeil, par les troupes du Prince. On saisit sur le prisonnier une lettre adressée au Cardinal par un inconnu. Grand bruit par la ville, « chacun croyant cette lettre écrite par M. le procureur général ». — « Ce qui n'étoit pas vrai » , se hâta de déclarer le solennel Talon *. C'était très vrai, et l'abbé Foucquet devait rencontrer à Melun un envoyé de Mazarin *.
L'armée royale, commandée parTurenne, s'était rapprochée de Paris. Celle de Condé l'avait suivie. Malgré les promesses faites aux Parisiens, les troupes occupaient et pillaient la banlieue. Les princes avaient l'intime sentiment qu'ils faisaient une assez triste campagne, sans chance de succès; mais l'égoïsme dominait tout.
Malgré la conviction du duc d'Orléans et de Condé que toute révolution radicale était impossible, qu'il fallait finir par s'entendre avec le gouvernement, ni l'un ni l'autre ne voulaient laisser le Parlement traiter avec le Roi. Ils chargèrent de cette négociation M. de Rohan, un naïf, Chavigny et Goulas, deux agents incertains, sinon absolument cor-
* Ms. de la Sorbonne, 20 avril 1652. Talon n*a pas retenu ce propos dans «es Mémoires,
• Talon, Mé moires ^ p. 478.
' Lettre de Mazarin à Tabbé Foucquet, 20 avril J652. « On partira demain pour arriver lundy sans faute à Melun. • Bibl. nat. f. fr. 23202, p. 35.
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rompus. Talon comprenait de moins en moins ce qui se tramait sous ses yeux. Le 26 avril, il parla à son habitude avec une indécision trop visible sous les lieux communs d'une éloquence surannée * .
C'est alors que Nicolas Foucquet prit résolument le devant de la scène. Le 30 avril 1652, il annonce au Parlement qu'il a reçu l'ordre d'aller à Saint-Germain près de la Reine et des ministres. Broussel saisit cette occasion pour lui reprocher de ne point informer contre certains transports de blé, au préjudice du peuple. Fouci|uet répond que si les donneurs d'avis l'étaient venus trouver, il aurait avisé. Le Père du peuple, vieillard inintelligent, finit par où il aurait du commencer, se rend au port au blé, constate que tout ce qu'on lui a fait dire est faux; mais son interpellation avait déjà produit son effet, et la populace se livrait à d'horribles désordres*. Foucquet, débarrassé de ce radoteur, part pour Saint- Germain, prononce devant le Roi un discours étudié, d'un style emprunté aux Talon et aux Bignon. «Faites, Sire, faites connaître la tendresse de votre bon naturel dans le commencement de votre règne, et que la compassion que vous aurez detantde misérables attire les bénédictions sur les premières années de Votre Majesté, qui seront sans doute suivies de beaucoup d'autres beaucoup plus heureuses, si les souhaits et les vœux de votre Parlement et de tous vos bons sujets sont exaucés. » Le 3 mai, il revint, indiquant le 6 courant comme jour d'audience'. La députation fut très bien reçue. La Reine pria le jeune roi de lire les remontrances, pour bien établir qu'on ne cachait rien à Sa Majesté*. Le principal objet de la négociation était des plus délicats, il
I Ms. de la Sorbonne, 26 avril 1632. 0. Talon, Mémoires, p. 475.
* 0. Talon, Mémoires, p. 479.
' Ms. de la Sorbonne, 30 avril, 6 mai. Talor, Mémoires, p. 480. V. Uis' toire abrégée du Parlement, p. 209, où se trouve un fragment du discours de Foucquet.
* Talcs, Mémoires, p. 484. V. la lettre du 5 mai 1652, de Mazarin à l'abbé Foucquet, citée par CuÉhuel, Mémoire sur Nicolas Foucquet, t. I, p. 81.
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s'a{;issait, non de Téloigneinent des troupes, mais de celui du Cardinal. C'était le conseil que donnaient Nicolas Fouc^ quet et le président de Novion, deux hommes dévoués. Ils avaient toujours dit que le retour de Mazarin était précipité, que sa présence rendait impossible toute pacification. Selon eux, le Roi, en prenant spontanément cette décision, éviterait qu'on la lui imposât. Cette idée ne souriait pas à Mazarin. « Véritablement, par ce moyen, disait-il, je serois esloigné honnestement, mais je serois esloigné pour toujours'. » Il a « toute la recognoissance possible » pour M. le procureur général; il fera toujours M grand cas de ses sentimens n, mais Téloignement lui répugne; il craint les obstacles au retour'. On peut faire a une response à Messieurs les gens du Roy sur le sujet des troupes et du passage, dont ils partiront satisfaits » ; mais pourquoi traiter avec le Parlement « qui n*a point exercé d'hostilitez contre le Roy et avec qui on n'a rien à desmesler » ? C'est bon avec les princes, qui ont les armes à la main '.
Le Parlement sentait sa force. Le 10 mai, il renvoya les gens du Roi à Saint-Germain. Talon s'excusa «sur son incommodité » . Bignon, qui ne valait guère mieux, dut accompagner le procureur général. Ce dernier, au courant de leurs négociations secrètes, fit demander aux princes s'il pouvait leur être de quelque utilité. Ils éludèrent sa proposition. Partis de Paris à cinq heures du matin, Foucquet et son compagnon arrivèrent à neuf heures. Ils tombaient en pleine fièvre belliqueuse. On devait attaquer l'armée de Condé, établie sur les hauteurs de Saint-Cloud dans une position menaçante. En hâte, ils demandent un sursis, refusé pour la, forme, mais effectivement accordé. Par malheur, le
■ Lettre du 4 mai 165S à l'abbé Foucqoct. Lettres, i. V, p. 103. Cf. lettres du 2 mai au même. Lettres ^ p. 101.
* Lettre au même, 7 mai 1652. Lettres, t. V, p. 107.
S Lettre à Basile Foucquet, 12 mai 1652. Lettres, t. V, p. 109.