‹ Nicolas FoucquetChapitre 36 sur 183 · FOUCQUET A SAINT-GERMAIN. 19T · texte numérisé non relu

FOUCQUET A SAINT-GERMAIN. 19T

lendemain II, les Parisiens sortis pour clr^fendre Saint- Cloud, n'ayant rien à y faire, puisqu'on ne l'attaquait pas, se rabattirent à quinze ou vingt mille hommes sur Saint- Denis, où deux compagnies des Suisses du Roi tenaient garnison. Le premier peloton des assaillants, accueilli par un feu de salve, disparut dans les blés; mais le flot des citoyens armés débordant de toutes parts envahit la ville et la pilla. Grande victoire. Grande déception dès le surlendemain. Quelques troupes royales suffirent à reprendre Saint-Denis. Condé, trop soldat pour ne pas se séparer d'auxiliaires aussi impressionnables, laissa échapper de piquantes railleries, que ces braves ne lui pardonnèrent pas. Le gouvernement royal fit preuve alors d'une très grande habileté. Il remit Saint-Denis au prévôt des marchands de Paris, comme place neutre ^ Cette neutralisation, un des actes les plus curieux de cette guerre civile, fut plus tard très utile à la cause royale.

Au milieu de tant d'alertes, il était difficile de négocier utilement '. Condé et le duc d'Orléans affectèrent de trouver mauvais que le Parlement se mêlât de leurs affaires. Ils firent savoir à Foucquet qu'ils étaient en correspondance avec le Cardinal, qui traiterait avec eux plutôt qu'avec une compagnie. Foucquet, sans s'étonner, répondit que les princes se fâchaient bien à tort. S'il avait parlé au nom du Parlement, c'était tout naturel de sa part, à lui, procureur général de ce grand corps. Il poursuivit son œuvre pacifique, désireux d'engager les magistrats dans ces tentatives de conciliation'. Le jeudi 16 mai, malgré le mauvais vouloir des princes, le Parlement entendit la

1 Registres de V Hôtel de ville pendant la Fronde^ t. II, p. 330.

* M. Cdéruel, dans son Mémoire sur Foucquet, t. J, p. 94, dit que ■ les princes, indignés des négociations suivies de mauvaise foi, reprirent les armes». Premièrement, il ne faut pas parler de bonne foi à cette époque; ensuite, Condé et Turenne suivaient leur partie militaire en même temps que les négociateurs et Mazarin jouaient leur partie politique.

* 0. Talon, Mémoires^ p. 48^.

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relation de ses députés. « Le président de Nesmond récita un discours fleuri, élaboré, respectueux » , dont les malins firent honneur aux Pères Jésuites. Quant à Foucquet, il raconta simplement ce qu'il avait fait, « sans artifice, sans préface, sans paroles étudiées. Ce n'étoit pas son talent d*étre élégant » , dit Talon, « mais il étoit fort bon négociateur et capable des habitudes de cabinet, dans lesquelles il avoit été nourri » •

Bien que faite de mauvaise grâce, cette constatation de rhabileté diplomatique de Foucquet répond au sentiment général des contemporains. Par malheur, Nicolas était pris entre deux grands entêtements.

Sur ses instances, le Parlement ordonne Tenvoi de nouveaux députés à la Cour, mais avec injonction de demander Téloignement du Cardinal et de ne communiquer avec lui ni directement ni indirectement. Foucquet, simulant une grande indignation, prend Talon à partie, se plaint des prétentions excessives de Condé '. C'est Condé qui entretient la haine persistante de la grande masse des conseillers pour Mazarin. Dans ces temps de passions mesquines, les modérés sont impuissants. Pendant que le procureur général s'efforçait de simplifier les formalités du rapprochement entre le Parlement et la Cour, un autre entêté, le Cardinal, s'obstinait h compliquer les conditions d'envoi de cette députation parlementaire. Entre temps, le duc de Lorraine arrive avec ses troupes, se jette au milieu de ces complications dans Tespoir de tirer une épingle du jeu. Il imitait d'ailleurs les grands joueurs du temps, suivait trois ou quatre parties à la fois. L'abbé Foucquet, aidé par son frère, dut faire face au Lorrain*. L'habileté des négociateurs, leur argent et surtout la tactique de Turenne décidèrent ce duc, véritable maqui-

' Talox, Mémoires, p. 486.

* Lettre de l'abbé Foucquet à Mazarin, 4 juin 1652. Le duc de Lorraine mettra dix jours avant de gagner Etampes. Cf. lettre de Mazarin à Tabbo Foucqnot, [^' juin 1652. « J*ay une joye extresme de vosire escliange. » Hibl. nat., f. fi. 23202, p. 41.

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