‹ Nicolas FoucquetChapitre 37 sur 183 · EMEUTE A PARIS · texte numérisé non relu

EMEUTE A PARIS

gnon politique, à emmener ses pillards, à traiter à prix réduit, enfin à abandonner Condé. Par contre-coup, ce succès rendit Mazarin plus difficile sur les conditions de la paix.

Du 4 juin au 10juin,lesdéputationsdu Parlement se succédèrent à la Cour, alors installée à Melun; mais on les retenait sans rien conclure. Le jour du départ des Lorrains, le Cardinal se décida à répondre aux députés. Le Roi lui permit-il de se retirer, rien n'assurait que M. le duc d'Orléans et M. le Prince déposeraient les armes. Il proposa des conférences, où Ton réglerait tout*. C'était un refus indirect de quitter la France. Cette réponse ne fut même pas discutée à Paris', où Ton entra de nouveau dans une période révolutionnaire.

Paris est la ville des contrastes. Le 1 1 juin, on porta en procession solennelle les reliques de sainte Geneviève et des principaux saints. Foucquet et ses collègues la suivirent comme les princes, comme les frondeurs ^. Le ciel reçut ce jour-là des vœux bien contradictoires et plus intéressés que sincères. Huit jours après, autre procession à THôtel de ville, formée cette fois de canailles rassemblées de toutes parts; les uns criaient : La paix! la paix! les autres : Point de Mazarin! Tous payés, soit par Tabbé Foucquet, soit par Beaufort^. Moyen toujours dangereux. Six jours plus tard, la population était affolée. Pendant que les gardes bourgeois, chargés de maintenir Tordre, se battaient entre eux pour des questions d'amour-propre, les hommes sans aveu attaquaient les membres du Parlement, conseillers, présidents, gens du Roi. Nicolas Foucquet, sortant du palais avec son frère, fut assailli par ces forcenés et courut risque de la

* Talos, A/emoirei, p. 488.

* Histoire abrégée du Parlement, p. 229.

^ André d^Ormesson, Mémoires, à la suite de ceux d*0. d'Ormbsson, t. II , p. 664.

* Beaufort avoua. V. Talos, Mémoires, p. 491. Quanta Tabbé, il suffit de lire les letties de Mazarin pour être assuré (\ul\ payait ces émeutiers. V. lettre du 21 juin, Maxarin à Foucquet. Bibl. nat. f. fr. 23202, p. 272.

vie'. Coups (le pierres, coups de hallebarde, coups de fusil. Il en partait des fenêtres, des toits des maisons. Aux côtés des magistrats nombre de gens tombèrent mortellement frappés. Les bourgeois du quartier approuvaient ces forcenés. « Messieurs du Parlement, disaient-ils, depuis quatre ans, vous excitez le peuple, et cela pour vos gages, n'ayant rien produit si ce n'est la guerre civile, le siège de Paris, la retraite du Roi, la ruine du commerce. Faites la paix, tirez-nous de la misère, ou nous vous assommerons^, n La paix! tout le monde en parlait, personne ne s'accordait sur ses conditions, les bourgeois parisiens moins que les autres.

Nicolas Foucquet, on se le rappelle, s'était déjà trouvée Valence dans semblable bagarre. Il ressentit cependant un certain effroi lorsque, arrêté sur les degrés des Trésoriers de France, il vit Témeute envahir cet « enclos du Palais » , sanctuaire de la justice, citadelle de la loi^. Quand ri voulut sortir et monter dans le carrosse de son frère Tabbé, il fut assailli par la canaille et, pour la seconde fois dans cette journée, il courut risque de vie *•

Le 1*^ juillet, le Parlement décida qu'il n'avait plus la sécurité nécessaire pour délibérer et suspendit ses séances ^, suprême ressource des assemblées, lorsque, ayant laissé le désordre arriver à son comble, ne sachant comment le réprimer, elles disparaissent devant lui.

Plus d'autorité dans Paris, où restaient seulement quelques bons citoyens isolés.

La nuit du 2 juillet 1652, les portes de la ville étant fermées, des partisans du Roi firent descendre le long des

* Lettre de Mazarin h Tabbé Foucquet, 26 juin 1652. (Ms. Gaignières.)

* Tal02i, Mémoires, p. 492.

' CoxRART, Mémoires, p. 365.

^ Lettre de Mazarin à Tabbé Foucquet, en date du 26 juin 1652, citée par Chéruel et par Chanlelauze.

* CoanAnT, Me'moires, p. 566. Orner Talon, p. 493, indique une délibération semblable prise le 1*'' juillet. Cet endroit des Me'moires fie Talon a subi quelque interpolation ou plutôt une addition mal rajustée.

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