COMBAT DU FAOBOURG SAINT-ANTOINE
murailles, dans un panier suspendu à une corde, un homme chargé d'un message important '. Cet avis émanait de Nicolas Foucquet et portait en substance « que Tarmée de Gondé, jugeant intenable sa position à Saint-Cloud, décampait en secret. Elle longeait Tenceinte de Paris, marchant sans ordre, troupes et bagages enchevêtrés, avec deux défilés à passer. En lançant sur elle quelques escadrons on en aurait bon marché * » . Turenne * ordonne aussitôt de prendre les armes. 11 rejoint à la hauteur du Faubourg Saint-Denis Condé, qui parvient à gagner le faubourg Saint-Antoine. On sait le reste; Timpatience de Mazarin, voyant déjà son ennemi vaincu et prisonnier; celle du jeune roi et des cour tisans obligeant Turenne à précipiter son attaque. On connaît aussi rhéroïque défense de Condé. Ce prince, politique médiocre, général et soldat incomparable, allait néanmoins succomber. Par une de ces oppositions fréquentes dans la vie humaine, il se voyait serré, acculé dans cette même position où il avait arrêté les milices parisiennes trois ans en çà, alors qu'il faisait enlever ce poste de Gharenton , devenu de nouveau Tobjectif de ses efforts. Quelle différence! En 1G49, il se contentait de contenir dédaigneusement des bourgeois peu audacieux. En 1652, de bonnes troupes chargeaient, investissaient, coupaient les siennes, tandis que ce$ mêmes bourgeois tenaient derrière lui leurs portes fermées V C'est alors que, dans cette triste guerre où depuis trois ans tant de femmes comme Mmes de Longueville, de Che-
* YoncK, Mémoires, p. xziv, à la suite des Mémoires de Turenne, t. lî, édit. 1735, iD>4«.
' M. CuÉRUEL, Introduction aux Mémoires d'O, d'Ormesson, a publié le tezte de cetle pièce très curieuse. Il Ta reproduite dans les Mémoires sur Foucquel^ (• I9 P ^1^9 et dans les notes sur les Mémoires de Mlle de Mont' pensier, t. Il, p. 88, enfin dans V Histoire de France sous le ministère de Mazatin, t. K p- 210. LWi{;inal se trouve aux Archives des affaires étrangères, CXLI, pièce 113. Le billet n'est pas signé.
' ■ La Cour eut un faux avis de Paris. « Ce passage des Mémoires de Turenne, u II, p. lxxxix, est probablement altéré. Le mot faux ne s*explique pas.
^ Mlle DE M09TPB98IBB, Mémoires, t. III, p. 88 et suiv.
vreuse, de Ghâtillon, jouaient des rôles ridicules ou odieux, uniquement préoccupées de leur vanité, de leur intérêt» les plus honnêtes de leurs amours, on vit s'avancer vers la porte Saint-Antoine Louise d'Orléans, princesse de Montpensier. Née du mariage qui avait coûté la vie à Ghalais, cette jeune fille, romanesque, mais fière et généreuse, bien qu'elle rêvât de monter sur le trône en conquérant le jeune Louis XIV, ne put se résigner à voir Gondé abandonné. Klle fit tant et si bien que la porte Saint-Antoine s'ouvrit aux troupes de la Fronde. Dérober une victoire au Roi, le cas était déjà grave; mais, pendant que Mademoiselle se complaisait à passer en revue les régiments rentrant dans Paris, soudain on entendit le canon de la Bastille. Portail, conseiller au Parlement, un des vainqueurs de 1649, n'avait pu résister au désir d'envoyer quelques volées aux troupes de Turenne'. Mademoiselle était trop enfiévrée pour bien juger de la véritable portée de semblables coups. Elle se défendit plus tard d'avoir donné aucun ordre', mais ce soir-là, elle était toute à la joie d'avoir commandé comme un général. Le lendemain, Gondé, remerciant « l'héroïne», protesta qu'il ne souhaitait rien tant que de la voir mariée avantageusement, que c'était la chose du monde qu'il souhaitait avec le plus de passion^. Surprise du sort! A vingt ans de là, Gondé devait, en alléguant la mésalliance, s'opposer au mariage de cette même cousine et, par contrecoup, déterminer l'emprisonnement de son fiancé Lauzun. Ge jour aussi, parmi les blessés de la rue Saint-Antoine, on relevait un capitaine du régiment de Persan, nommé Saint- Mars , dont le fils , mousquetaire du Roi , servait dans l'armée opposée et devait être plus tard le geôlier de Foucquet et de Lauzun, dans le donjon de Pignerol.
' L*t)rdre de « faire tirer «,8i(;né Gaston, a été public en note aux Mémoires de Conrarty p. 366. Conrart et 0. Talon, p. 404, 8*évertuent à établir que U ville n'était pas responsable de cet acte de belligérant.
2 Mme DE MoTTBviLLE, Mémoires^ t. IV, p. 22.
' Mlle DE MoRTPEfisiER, Mémoires^ t. If, p. 113.