‹ Nicolas FoucquetChapitre 40 sur 183 · LE PARLEMENT A P0NT0I8E. J · texte numérisé non relu

LE PARLEMENT A P0NT0I8E. J

Le trouble du ministre était si grand qu*il oublia une députation du Parlement, qui attendait dans Tabbaye sa réponse définitive. Foucquet avait pourtant bien recommandé qu'on ne laissât pas ces magistrats retourner h Paris, les deux présidents surtout ', ceux qu'il considérait comme Formant le corps. Mathieu Mole leur transmit le désir du Roi qu'ils le suivissent à Pontoise. Ils s'excusèrent; ils n'avaient point de chevaux; tout leur manquait pour ce voyage. La vérité, c'est qu'on les avait blessés en affectant de ne les pas considérer*. Tout ce qu'ils pouvaient faire, c'était d'attendre jusqu'au jeudi suivant la réponse du Roi sur Téloignement effectif du Cardinal.

Le garde des sceaux était à peine parti que Condé se présentait (1 7 juillet, l'après-midi) pour remmener les conseillers à Paris. Ces gens étaient si peu frondeurs qu'ils s'obstinèrent à rester. Une lettre de cachet leur commande de se rendre à Pontoise, où le Roi veut leur faire certaines communications de vive voix '. Alors ils prennent peur, demandent à Condé une escorte pour rentrer dans Paris près de leurs confrères. On leur envoie une petite armée *. Le retour fut triomphal. Trois mille bourgeois, tambour battant, enseignes déployées, marchaient devant. Suivaient la cavalerie, Condé, Beaufort, Nemours en tête, trompettes et timbales sonnantes. Au milieu, les carrosses, M. le duc d'Orléans et les deux présidents dans le premier. Tout Paris se pressait sur leur passage. Cette pompe n'avait d'autre objet que d'exagérer l'importance du Parlement, en vue de décisions à lui faire prendre. Dès le lendemain, on vit toutes les prévisions de Nicolas Foucquet réalisées h la lettre : le Roi déclaré prisonnier du Cardinal; Gaston, proclamé lieutenant général du royaume; Condé, nommé commandant

1 Mémoire en date du 14 juillet. Bibl. nat., ms. fr., 6889.

^ Livre des choses mémorahles, loc, cit,

3 O. Talow, Mémoires, p. 500, 501.

* Livre des choses mémorables ; Registres de C Hôtel de ville , l. III, p. 43Î.

des armées. Le Parlement avait misa prix la tête de Mazurin. On vota les fonds nécessaires à l'exécution de cet arrêt.

Cependant, le Cardinal ne se décidait pas à partir. Le conseil du Roi annula les résolutions prises par le Parlement et les assemblées à THôtel de ville. Depuis longtemps on ne s'arrêtait plus à ces vaines protestations d'un gou* vernement sans pouvoir et sans courage. « Toutes choses demeuroient dans une espèce de léthargie'. » Les soldats des deux partis avaient cessé d'entreprendre les uns sur les autres, uniquement appliqués à faucher et à récolter des orges et des blés non semés par eux. A Paris, les princes se querellaient, se battaient en duel. A Pon toise, le Roi n'osait sortir de l'enceinte de la ville, pleine de réfugiés. Les curés de la vallée de Montmorency avaient dû fuir devant la barbarie des troupes royales, et l'église de Saint-Leu-Taverny, à deux lieues de là, avait été pillée^. Situation intolérable.

Enfin, le 31 juillet, on se décida à prendre le parti indiqué par Foucquet. Le conseil du Roi rendit un arrêt transférant à Pontoise le Parlement de Paris. Encore, Teffet en fut-il suspendu pendant cinq ou six jours '.

Le 5 aoilt seulement, Omer Talon reçut l'ordre de se rendre auprès du Roi, pour aller ensuite h Mantes, où l'on entendait transférer le Parlement. Deux ou trois heures après, le substitut Beschefer, brave homme resté à Paris pour expédier les affaires courantes, lui apportait l'arrêt envoyé par Foucquet. Talon devait le présenter au plus tôt, mais ne prendre ses conclusions que le plus tard possible. Il demanderait l'obéissance aux volontés royales, ou du moins que la Cour présentât des remon-

* 0. Talon, Mémoires, p. 504.

^ V. une lettre citée par D. de Gosxac, Souvenirs du règne de Louis XIV y t. III, p. 132.

^ LoRKT, la Muze historique, t. I, p. 271, indique la date du 1*' ou du 2 août. Il mentionnait le fait dans la Gazette du 4 août, un jour avant la notification officielle.

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trances '. Celait toujours négocier. « Les lettres, dit Omer Talon, étoient longues, d'un style diffus et asiatique, mais qui expliquoit fort bien toutes choses comme elles s'étoient passées. » Asiatique est là pour despotique. Quant au style diffus, ce n'était pas celui de Nicolas Foucquet, qui, depuis bientôt un mois, se consumait dans la longue attente de la réalisation de ses plans.

Les conseillers restés à Paris affectèrent d'abord une grande indignation. Ce substitut Beschefer^ suppôt de Foucquet, avait maladroitement reçu ces lettres. On aurait bien voulu les renvoyer , mais on n'osait. Un habile homme imagina un expédient. On les avait bien reçues, mais non pas lues. On les déposerait au greffe pour n'en délibérer qu'après la retraite effective du Cardinal hors de France*. Chacun se rallia à cette proposition enfantine, sans se douter qu'on faisait le jeu des « réprouvez de Pontoise ' » .

Le 6 août, on fit tenir au jeune roi, dans le château de Pontoise, une sorte de lit de justice, en présence des princes, ducs, pairs, officiers de la couronne. On y lut les lettres de translation, et l'acte en fut reçu et signé par un secrétaire d'État*. Le lendemain, le Parlement tint séance dans l'auditoire de la ville. L'assemblée n'était pas nombreuse : dix-huit conseillers, trois conseillers d'hon neur, quatre maîtres des requêtes; mais à leur tète se trouvait le premier président Mole, deux présidents, Novion et Le Coigneux, enfin le procureur général Nicolas Foucquet.

Le plan proposé par ce dernier comportait une double alternative : entente avec Condé, ou guerre énergique

* 0. Talo», Mémoires, p. 504-.

* V. Déclaration de Foucquet, Ormesson, Mémoires, t. Il, introd., p. zxvii, et surtout Aubkrt, Histoire de Mazarin, t. III, p. 394.

' Liste des réprouvés assemblés dan^ la granrje des Cordeliers de Pontoise, Biblioijraphie des Mazarinadef, n® 2314. Cf. Danjou, Archives curieuses de r histoire de France, 2* série, t. IV, p. 180.

^ Aube» Y, Histoire du cardinal Mazarin, t. III, p. 395.

contre les princes et les frondeurs. Dans les deux cas, la retraite de Mazarin était nécessaire. Il ne suffisait pas d'enlever à la révolte l'apparence de la légalité en déplaçant ou en disqualifiant les magistrats; satisfaction devait être donnée à Topinion publique par un second exil du ministre impopulaire.

Sans perdre de temps, dès le 8 août, Foucquet demanda au Parlement de l'entendre, et après quelques lieux communs sur le besoin de calme, de paix, etc., venant au fait, il exposa que la présence du Cardinal était le prétexte dont on se servait pour troubler le royaume; il conclut à ce qu'on députât vers le Roi pour le prier d'avoir égard aux misères publiques et d'accorder aux très humbles instances de la compagnie l'éloignement du ministre. Un arrêt fut rendu conformément à ces conclusions.

Deux jours après, leprésident Novion, dans son allocution au Roi, développait le thème donné par Foucquet; le bon médecin s'accommode à l'inquiétude, à l'humeur de ses malades. Sa Majesté cédera non par faiblesse, mais par prudence et bonté '. Le 12, le Roi répondait par écrit, comblant Mazarin d éloges , consentant toutefois à son éloignement.

A Paris, on déclara que toutes ces réquisitions, remontrances, décision de renvoi n'étaient que momeries. On se répandit en plaisanteries sur les Pontoisiens. Ils siégeaient dans une grange. Que fallait-il de plus pour ces ânes *? Radigue, le greffier transfuge, avait dû emprunter un bonnet

' 0. Ta\on, Mémoires, p. 505, prétend que Novion se servit de termes assez aigres. Celte assertion n'est ni vraie ni vraisemblable. Cf. Abrégé de l'histoire du Parlement, p. 245, et surtout ÂL'Bti:nT, Histoire de Mazarin, t. III, p. 396,

^ « Deux asnes de fort bonne race — Dans le barreau prirent leur place. » Le Parlement burlesque de Pont boise, contenant les noms de tou^ les prési^ dens et conseillers rené(jats qui composent ledit Parlement, ensemble les harangues burlesques faites parle Premier Président^ s. 1., MDCLII, 8 pages d'impression, p. 7. — V. Bibliographie des Mazarinades, t. II, p. 328, no 2701.

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