LE PAULE.ME^T A POMOISE
crasseux à un procureur de Tendroit. Son papier était « fort méchant, — et tel queTavoit le marchand » . Quant à Foucquet, il eut son paquet. « Ce Foucquet se fait trop cognestre.
— Il n'a que Mazarin pour maistre. — Le diable le rende confus. — Ce fut le taxeur du blocus ' . »
Ni le Roi ni la Reine n'étaient épargnés par les satiriques du pont Neuf: « Quand tout à Ponthoise eust disné, — Et que discours fut façonné, — Au chasteau, dedans une salle,
— On vit la Majesté Royale. — A la droite estoitla maman,
— Quiluy servoit de trucheman. — A gauche estoit le petit frère, — Qui d'eslre cadet désespère. — Derrière la chaise du Roi — Estoit M. de Villeroy, — L'Hospital, quelque autre canaille, — Et quantité de valletaille. » Au demeurant, ces gazetiers insolents ne manquaient ni de verve ni même de finesse. Us avaient vu le dessous des cartes, témoin le discours qu'ils prêtaient à la Reine : m Justifiez le Mazarin — Et puis après, avec son train, — Par un petit endroit de France,
— Je chasseray Son Éminence. — Tant de discours sont superflus; — Je ne vous en diray pas plus. — Obéyssans, vous serez sages, — Et vous aurez tous des images *. »
Les gens graves restés à Paris et qui ne plaisantaient jamais, comme Tavocat général Talon, épiloguaient de leur mieux. Élait-il besoin, pour demander le renvoi du ministre, de monter une si grande machine? On ne déplaçait un Parlement que si la puissance du Roi était contestée. C'était mettre d'honnêtes gens dans une fausse position. Quant aux jeunes conseillers des enquêtes et au vieux Broussel, qui se jetait à corps perdu dans la révolution, ils ne se contentaient pas de crier ou de geindre. Broussel proposait de rayer du tableau les renégats de Pontoise, de remplacer le procureur général, de mettre en vente les charges des absents. Tout ce qu'on put obtenir de ces radicaux, ce fut un délai de grâce pour ceux qui se seraient absentés soit par terreur,
* Le Parlement ùuile^f/ucy p. 8.
« Jbid.
soit pour prendre Tair des champs, par raison de santé '.
Foucquet répondit par une déclaration contre les rebelles du Parlement parisien. Délibérations continuées malgré les ordres de Sa Majesté , lettres royales dédaigneusement repoussées, leurs porteurs maltraités, tous les grieFs étaient relevés. Non contents n d'estre dans la rébellion et félonie, ils veulent encore intimider les autres et les empêcher de demeurer fidèles » . Quiconque continuera sa charge à Paris sera déclaré traître au Roi, son procès Fait et parfait, suivant la rigueur des ordonnances, ses biens confisqués, ses maisons rasées, ses bois abattus, son office supprimé, le droit à la survivance ouvert. Vu la difficulté des significations aux intéressés, Taffichage de la déclaration à Pontoise était considéré comme un suffisant''.
Cette déclaration n e parait pas avoir été imprimée. De part et d'autre, on déclamait beaucoup, avec le secret désir d'un accommodement. Le président Novion, un Pontoisien, écrivait à ses collègues de Paris que, tout moyen étant bon pourchasser le Mazarin, il pensait que, malgré la forme, on serait content de ses agissements. Foucquet lui-même, au dire d'Omer Talon, sans plus insister sur la venue de Tavocat général, le priait seulement de ne pas siéger à Paris (13 août)*. Les exaltés répétaient qu'on se moquait à Pontoise, que le Cardinal ne partirait pas. Il partit cependant le 18 août, à contre-cœur assurément, ayant jusqu'à la dernière heure espéré de rester, mais enfin il partit. Ce fut Foucquet qui lui procura les fonds nécessaires à son voyage, bien plus, qui lui fit donner par la Reine la promesse écrite d'un prochain rappel^.
Les rimeurs du pont Neuf reçurent une nouvelle com-
' 0. Talow, Mémoires, p. 505.
* On possède ta minute même de la déclaration. Quant à la date, elle est fournie par V Abrégé de C histoire du Parlement, p. 245.
O. Talcs, Mémoires, p. 506.
Défenses, VI, p. 265.