‹ Nicolas FoucquetChapitre 42 sur 183 · LE PARLEMENT A PONTOISE. Î · texte numérisé non relu

LE PARLEMENT A PONTOISE. Î

mande de «burlesques n . Dansun de ces libelles, le président Le Coigneux, allant conoiplimenter le Roi sur son départ, avoue que le Parlenoient est tout en émoi, a Et voulez-vous savoir pourquoy? — C'est que nous craignons qu'en furie — Ne vienne icy Badauderie, — (Et de cela point je n'en ris) — Pour nous ramener à Paris : — Le diable seroit bien aux vaches, — Ils nous plumeroient les moustaches. »Le Roi Fait répondre par son garde des sceaux. Cette « digne barbasse — Mettant à part toute préface, — Leur dit : N'ayez point de frayeur. — Remettez vostre petit cœur... — De crainte qu'on ne vous eschine, — Le régiment de la Marine — Dans Ponthoise demeurera — Et la mangeoire gardera. »

Ainsi rassurés, les conseillers vont faire leurs adieux à Mazarin. « Ha, Messieurs, que vous êtes bestesl — Et que lourdières sont vos testes, — De me croire estre si niais — Que je m'en aille pour jamais;... — Je suis bien aise de vous dire < — Que mon départ n*est que pour rire, — Que pour attraper le Badaut — Et lui donner le soubressaut, — Quand il aura quitté les armes. — Or, sus donc, rengainez vos larmes. — Messieurs, vous me faites pitié. » La suite tourne au tragique. — Les compliments finis de part et d'autre, « le rougeastre vaurien — S'en va d'un burlesque maintien, — (Le diable par le cul Tempalle), — Devers la Majesté Royalle, — Pour d'elle prendre son congé : — Si lors quelqu'un l'eust égorgé, — (Outre qu'il eust gagné finance), — Il eust bien obligé la France *. »

Malgré ces invectives et ces menaces, il parait que Foucquet avait vu juste. L'étoffe rouge disparue, la fureur du taureau populaire tomba. Dans le Parlement parisien, on insinua que le Roi, ayant fait le premier pas, il

^ Jm véritable suite du Parlement burlesque de Ponthoise, contenant les noms et les éloges de quatre nouveaux renéyats, et la Harangue .faite par Mazarin à son départ, par Cautheur de la première partie^ s. 1., MDCLII, p. 5 et 6.

convenait d'aller au-devant de lui. Le 22 août, ^ Messieurs les Princes' » publièrent une déclaration. Satisfaits du renvoi efFectif de Mazarin , ils demandaient une amnistie en bonne forme et la réunion du Parlement. A ces conditions, ils déposeraient les armes.

Voici l'instant critique où vont se décider pour un siècle et demi les destinées politiques delà France. L'opposition est représentée par quelques parlementaires, libéraux le matin, autoritaires le soir; par un oncle du Roi, n'ayant jamais bien su ce qu'il voulait; par un cousin du Roi, très décidé sur un champ de bataille, très incertain sur les sables mouvants des intrigues parisiennes. Autour d'eux, quelques gens habiles, beaucoup d'avides. Plus bas, cette populace qui n'a jamais permis à la liberté de s'implanter en France. Un seul homme, Relz, était vraiment doué d'un tempérament révolutionnaire, mais isolé, sans pouvoir, si ce n'est pour quelque émeute d'un jour. Les partisans de la monarchie absolue n'étaient ni beaucoup plus sûrs de leurs principes, ni beaucoup mieux commandés. Leur grand chef Mazarin avait dû se retirer à cinquante ou soixante lieues de là, c'est-à-dire à une distance de cinq ou six jours. De plus, dans son incurable déBance, le Cardinal avait tenu à diviser le peu de forces qu'il laissait derrière lui.

Ainsi, Foucquet et le Parlement étaient à Pontoise; les trois ministres, Servien, Lionne, Le Tellier, à Compiègne, avec le Roi et sa mère. Le réseau d'un espionnage réciproque enfermait tous ces personnages à la fois soupçonneux et suspects. De chaque côté, pas ombre de bonne foi, ni de confiance , ni de dévouement , chacun cherchant à prendre un pied dans les deux camps. Deux hommes seulement branchaient sur ce fond louche aux nuances fuyantes :

> Déclaration de MM. les Princes, etc. A Paris, chez les libraires et les imprimeurs Ju Boy^ M. D. CLII, avec privilège de Sa Majesté. A la suite de cette déclaration se trouve un arrêt du Parlement, en date du même jour, bien que Fédition porte 1651.

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