‹ Nicolas FoucquetChapitre 43 sur 183 · LE PARLEMENT A PONTOISE. 21S · texte numérisé non relu

LE PARLEMENT A PONTOISE. 21S

à la tête de rarmée, Turenne; à la tête du Parlement, Foucquet.

A Pontoise, les cinq ou six prenoiiers jours furent assez durs à passer. Non comme sécurité, malgré les plaisanteries des beaux esprits de Paris, Foucquet trouvait qu'on lui laissait trop de soldats. Mais le régiment de la Marine, commandé par lord Digby, ses 400 hommes, ses 100 officiers, leurs 300 chevaux et les 200 valets foulaient les bourgeois'. Pas d'argent pour la solde, a Les habitants nous regardent comme leurs fléaux», s'écriait Foucquet*. Qu'on Tautorisàt à prendre dans le magasin de la ville 300 mousquets, 100piques,50pairesdepistolets, etilse garderait bien ^. Ce n'est pas tout. MM. les conseillers n'étaient pas mieux payés que les troupes et montraient un grand mécontentement. Plusieurs se retiraient dans leurs maisons de campagne*. Point de nouveaux arrivants ^. Seul le fils de M. de Maisons était venu, de la part des présidents restés à Paris, répéter que les officiers du Parlement devaient s'unir pour faire la paix. Comme, au fond, ses instructions contenaient maintes choses plausibles, il ne laist' sait pas de faire impression®. Foucquet, alarmé, écrivait tous les jours, et même deux fois par jour à Le Tellier, sans obtenir de réponse. Cependant, il fit si bien que la mission officieuse de M. de Maisons échoua.

Une préoccupation, surtout, hantait l'esprit du procureur général. Les ministres proposaient un édit d'amnistie et ne se décidaient pas à le publier : « Si vous ne vous hâtez, leur mandait-il, l'effet en sera perdu'. >' Pour recevoir plus

1 Lettre du 20 août 1652 à Le Tellier. Bibl. nat., f. fr., 6889, f" 213.

* Lettre du 21 août, à minuit. Ibid,, ^ 217.

5 Lettre du 21 août. Ibid,^ f» 215.

^ Lettre du 20 août. Ibid,, f» 213.

* Lettre du 21 août. Ibid,, f» 217. MM. de Bragelonue, de Sève, de Marle(?), MoIé, absents; M. de Movion, malade.

6 Lettre du 21 août. Ibid., f» 217.

"^ Lettre du 21 août. Ibid,, f» 217.

vite le document, il avait envoyé son laquais à Compiègne, où on lui fit perdre une demi-jonrnée à tirer cinquante livres du surintendant. Au retour, pas de relais sur la route'. Enfin, le texte si attendu arrive; mais dans quel état! rédigé à la hâte, tronqué, incompréhensible *.

Le 26 août au matin, Foucquet n'en porta pas moins Tédit d'amnistie à son Parlement, qui, pour être peu nombreux, n'en était pas plus maniable. On souleva mainte objection : « En révoquant tous les arrêts depuis le 1" février jusqu'à présent, ceux que nous avons donnés ici, à Pontoise, même pour enregistrer les déclarations de translation, s'y trouvent compris! Alors, que devient notre Parlement? » L'édit ne fut vérifié que par condescendance, et aussitôt la séance levée, la mauvaise humeur éclata. Six ou sept conseillers (sur quinze ou vingt, c'était beaucoup) s'attroupèrent, discutèrent, se rendirent chez M. de Novion, soi-disant malade. Ils étaient perdus, discrédités si Ion venait à savoir qu'ils avaient accepté une amnistie en de pareils termes. Casser la déclaration du 6 septembre 1651 dontre le Cardinal , ils ne pouvaient s'y résoudre. Dès le lendemain, ils remettraient l'affaire en délibération, arrêteraient la publication de l'édit, écriraient a Paris, quitteraient Pontoise. « Enfin, ils estoient un peu révoltés, jusqu'à M. Mole, ce qui est assez étonnant'. »

Prévenu par MM. Le Coigneux et Ménardeau, Foucquet convoque chez lui tous les conseillers, fait ressortir l'inconvénient d'une modification, la nécessité d'obéir au Roi. Il n'obtient rien, si ce n'est qu'on priera le ministre de réformer les termes de l'édit. D'une difficulté on tombait dans une autre. « Peut-être en avait-on envoyé des copies à M. le

» Lettre du 23 août. Bibl. nat., f. fr., C889, f» 223.

* Lettre du 25 août 1652. //»/</., f^ 248 : « Il y a un mot d'oublié sur la fin de ladirte amnistie... Nous nous sommes persuadez qu'il faut lire : Par deçà la rivière de Loyre, car autrement, ce mot par deçà ne signifie rien, et ceux de Paris prétendent avoir quinzaine. «

5 Lettre du 26 août 1652. Ibid,, f» 257.

PREMIEll ÉDIT D^AMMSTIE. 217

Prince et aux autres Parlements. » Comment faire? La vérité, que Foucquet ne disait pas tout entière, c'est qu'il avait déjà envoyé le texte de Tédit à Gramoisy, imprimeur à Paris. Il eut beau discuter, ses interlocuteurs n'entendaient à rien. On peut toujours rectifier une erreur, corriger une ambiguïté.

« A vous dire le vrai, écrivait Foucquet à Le ïellier, je ne crois pas que la chose puisse se refuser. » Un contreprojet nouveau fut donc rédigé*. « Il dit la mesme chose en effet, ajoutait-il ; mais comme elle est un peu plus enveloppée, elle les satisfait infiniment... En leur donnant cette satisfaction, vous n'en aurez plus la teste rompue, et je crois qu'il (en) iroit bien pour tout le reste*. »

En effet, on avait eu à Paris une lueur d'espoir. La déclaration du Roi pouvait être interprétée comme abolissant les actes des transfuges de Pontoise. Mais dès le lendemain on recevait un texte corrigé', et tout ce qui s'était fait par le Parlement transféré restait maintenu. De plus, Foucquet, pour éviter pareille surprise, avait désormais son imprimeur à Pon-

' Ne sachant pas si je pourrai publier in extenso les letrres de Foucquet, je donne ici le texte de ramendement. 11 intéressera les collectionneurs de pièces de ce tcmps-Ki. « Cassons, révoquons et annulons toutes informations, arrests, saisies et autres procédures faictes en exécution d'iceux par no<i cours de Parlement et autres juges quelconques, à l'occasion des prcsens mouvemens, depuis le 1*^ février 1651. N'entendons néantmoins y comprendre nostre déclaration du dernier juillet et tout ce qui s^est fatct en nostre Parlemont transféré à Pontoise, jusques à présent mesmes nos déclarations du mois de septembre et du 8 octobre de ladite année 1651, et tout ce qui a esté faict en vertu d'icelles. »

2 « Je ne vous renvoyé pas encore Toriginal, parce qu'il faudra que nous soyons d'accord pour le mettre dans nostre registre et dans les imprimez. Je vous renvoyeray après Toriginal, qui se reformera à loysir, ou mesme le feray gratter et reformer, si c'est l'intention du Roy. » Lettre du 26 août 1652. Bibl. nat., f. fr., 6889, f> 257.

^ 0. Talon, Mémoires, p. 508, 509. M. Moreau, Bibliojraphie des MazarinadeSf ne cite pas d'édition imprimée par Gramoisy. Peut-être fut-elle mise au pilon. On trouve au contraire (n^ 1184) VEdit du Roy^ etc. Pontoise, Julien Courant, 1652, 15 pages. V. aussi Besponse du Roy a la lettre de Son Altesse Royale du vingt septième <faou^t 1652. A Pontoise, par Julien Courant, imprimeur ordinaire du Roy, MDCLII.

toise, Julien Courant, qualifié d'imprimeur ordinaire du Roi. Comme toujours, ce mot d'amnistie exaspéra les violents. « Point de pardon! » Tout ce que les princes ont fait mérite plutôt des récompenses! Les émeutes du 25 juin, tous les complots, c'est dans l'hôtel du gouverneur de Paris qu'on les préparait, ce sont le coadjuteur, la Chevreuse, M. de Rhodes qui les inventaient '. Foucquet était trop habile pour s'arrêter à ces fanfaronnades parisiennes. Il apprend que Gaston, oncle du Roi, a demandé des passeports au gouvernement, qui a répondu à cette marque de soumission par un refus sévère et sec. Il se hâte de représenter à Le Tellier la fâcheuse conséquence de cette conduite. La lettre de Son Altesse, pleine de respect, est très habilement concertée pour impressionner le public, qui dira : « Si on refuse les passeports, c'est que l'on ne veut point de paix, n II faut satisfaire l'opinion, accorder des passeports aux députés, sauf à leur fermer la bouche s'ils prétendent parler de Parlement, sauf à leur répliquer « que les Parlements sont au Roy, composés de ses officiers » ; enfin, à les rappeler à l'obéissance pure et simple. Foucquet prie le ministre de le renseigner sur la conduite de ces députés; il la publiera si elle est incorrecte, afin qu'aubesoin « le peuple soit désabusé de leurs artifices; mais il est important, pendant le temps de Tamnistie, de ne pas mettre le public contre soy » . Foucquet tenait tellement à son idée, qu'il ne craignait pas de dire : u Quand mesme la response seroit déjà faicte et que l'on auroit refusé les passeports, il seroit nécessaire de trouver un prétexte pour le réparer {sic) avant la délibération de vendredy matin à Paris *. » C'était à ce jour que le duc d'Orléans avait fait renvoyer la délibération du Parlement sur ce qu'on devait répondre au Roi'. Mais

* Examen de f écrit dressé par Mole, Servien et Zondedeî (*ic), Biblioqra» phie des MazarinadeSy n** 1314.

< Lettres du 28 août 1652, ras. fr., 6889, r« 290. ' ex TkLo:^^ Mémoires, p. 508.

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