VOYAGE DE RETZ A COMPIEGNE. Î
rin, en somme, s*employa de son mieux pour le succès d*une négociation dont l'efFet pouvait être décisif ' .
Le à septembre, Retz, suivant le conseil de la Palatine, envoyait à Compiègne demander des passeports pour lui et les députés de son clergé, « désireux » d'assurer le Roi « de la continuité de leur obéissance^ » . Les ministres, sous l'impression encore toute fraîche du mauvais effet de leurs refus précédents, promirent ces passeports.
Mazarin, alors à Sedan (6 septembre), en était encore à la nouvelle des préparatifs d'une députation du clergé, marchant sans être conduit par le coadjuteur. Instinctivement, il se défiait. « En apparence, elle semble estre advantageuse au service du Roy, mais elle est remplie de venin. C'est assurément un effet de la malice du cardinal de Retz, qui aura desjà basty divers machines là-dessus'. Qu'on le dise bien à la Reine. Même quand le Coadjuteur feroit les propositions les plus plausibles, il fauJroit s'en défier; ses présents ne sont pas moins h craindre que ceux des Grecs et de Médée. » Au concours de Relz, il préférerait celui de Châteauneuf, « bien meilleur Français » . Mieux vaudrait traiter secrètement avec les princes par l'intermédiaire de Goulas, tf inthime ami du Procureur Général »» , et de Chavigny, qui « a grande hayne contre le cardinal de Retz m .
On a vu plus haut la sincérité de ce désir.
Retz était décidément la béie rouge de Mazarin. L'Italien s'étonne de ce que le Français « n'ait pas parlé de venir luy-méme à la Cour, pour voir s'il y auroit lieu de faire quelque intrigue >i. C'est sans doute sa mauvaise conscience qui l'arrête, tant il a de choses à se reprocher, même depuis
* Retz, Mémoirex, t. IV, p. 334. Vraisemblablement l*oracle est Mazarin, et les prêtres des idoles sont Ondedeï, Basile Fourquet, Servien, etc.
• Bibl. nat., ms. fr., 6890, f^ 8, Mémoire pour Mazarin, en date du 4 septembre 1652.
» Bibl. nat., f. fr., 6890, f» 48. Lettre du 6 septembre 1652 à Le Tellier. Lettres, t. V, p. 212, où elle est datée du 5. Cf. lettre du 6, à N. Foucquet Lettres, t. V, p. 211.
ÎÎ4 NICOLAS FOUCQUET.
la grâce que Sa Majesté lui a Faite du cardinalat. Il n*est pas sûr (ce passage contient une insinuation inquiétante) que le Roi ne puisse prendre des résolutions « qui ne Fussent pas à son advantage » . Cependant, à la fin de la lettre, l'esprit politique prévaut sur la rancune. Ce serait un grand coup si Retz soulevait Paris contre les princes et les obligeait à se retirer! Le Roi pourrait alors y aller lorsque BeauFort et Retz en seraient expulsés à leur tour et quand on aurait châtié quelques-uns des « plus meschans du Parlement ^ >« . Le même jour, le ministre exilé écrivait en ce sens à Nicolas Foucquet *. C'est dans ces dispositions que le trouvèrent les lettres de la Palatine, lui^ demandant de consentir au voyage du coadjuteur à Compiègne*.
Quelles raisons fit valoir l'adroite princesse? on l'ignore, mais elle réussit, puisque la Reine, après avoir Fait attendre trois ou quatre jours les passeports promis, se décida à les donner vers le 8 septembre, en y ajoutant même « beaucoup d'honnêtetés^ »> .
Le procureur général , toujours bien informé , avait appris de très bonne heure ces projets de voyage politique. Dès le 3 septembre, il en avertissait Le Tellier, discrètement, sans se prononcer : « On me mande que M. le Cardinal de Retz a dessein d'aller à la Cour; vous le sçavez mieux que moi '^. » Le Tellier ne répondait pas ®. Silence plus étonnant! Foucquet restait sans nouvelles de son Frère Basile. Il savait toutefois, par tierce personne, que la négociation avec Goulas n'était pas terminée. A Paris, on croyait Basile retourné à Pontoise, où cependant on
> Lettre de Maznrin à Le Tellier, Sedan, 6 septembre 1652. BibL nat., ms. fr., 6890, f» 48.
* CuÉRUEL, Mémoire sur N, Foucquet, t. I, p. 161. Lettres, t. V, p. 211.
* On n*a pas ces lettres, mais on ne peut douter qu'elles aient été envoyées.
* Retz, Mémoires, t. IV, p. 3.36.
^ Lettre du 3 septembre 1652. Bibl. nat., ms. fr., 6890, P> 33. G V. lettre du 4 septembre 1652. Bibl. nat., ms. fr.,.6890, f<> 39.
RETZ A COMPIEGNE. 2Î5
ne l'avait pas vu : « Il aura voulu, pensait-il, aller communiquer certaines propositions au patron, ne plaignant pas la peine d*un voyage. S*il en eust un peu mieux usé, ajoutait Nicolas, il m'en auroit fait part, puisque c'estoit moi qui Tavois prié d*y aller. Au retour, il dira ou écrira ses raisons ' . »
Conjecture parfaitement fondée. Basile, jeune, ardent, passionné, ne tenait pas en place. A Tannonce du projet de Retz, il s'était emporté. On n'avait nul besoin du coadjuteur. Avec les intelligences qu'il possédait, lui, dans Paris, on y ramènerait le Roi sans contracter d'obligations envers un adversaire*. Et aussitôt, en route pour Sedan, où il parvint avant le 8 septembre '.
Cependant, Retz partait le 9 pour Compiègne. Tout le clergé, toute la bonne bourgeoisie l'accompagnaient de leurs vœux^. Symptôme non moins significatif, à sa sortie de Paris, la canaille cria : Au Mazarin *!
Évidemment, on n'aplanissait pas les voies devant lui. Arrivé à la Cour, on ne le reçut qu'en audience publique. Malgré tout, cet homme, « à l'âme la moins ecclésiastique qui fut jamais » , emporté cette fois par l'Esprit, parla en grand évéque et en bon citoyen (11 septembre). Peine perdue, les sceptiques du conseil sourirent comme à une comédie. Le lendemain cependant, il obtenait de la Reine un entretien particulier. Mais à peine commençaitil à lui expliquer son plan de restauration de l'autorité royale qu'on gratta à la porte du cabinet. C'était Ondedeï, l'agent de Mazarin, demandant la Reine pour affaire
1 Lettre du 9 septembre 1652 à Le Tellier. Ms. 6890, P> 68.
3 Rktz, MemoireSy t. IV, p. 335.
' Lettre de Mazarin, du 8 septembre i65î. Bibl. nat., ms. fr., 6890, P'Sl.
^ V. les très curieux fragments d'un journal du temps, publiés par M.Cousn, Mme de LongueviUe pendant la Fronde, append., p. 431, et DrBUi880>'- AUBBEiAT, Journal det guerres civiles, t. II, p. 288.
* Guy JoLT, Mémoires, p. 76.