‹ Nicolas FoucquetChapitre 46 sur 183 · I. Ij · texte numérisé non relu

I. Ij

urgente'. Quand Anne revint, ses dispositions étaient retournées, et la négociation perdait toutes chances de succès.

Retz soupçonna dès lors et apprit plus tard qu'à cette heure rnérne on avait reçu des dépêches de Mazarin. En effet, Basile Foucquet n'avait guère posé à Sedan, et il en était reparti avec une lettre h l'italienne. « J'ai vu les deux billets qui parlent de M. de Ghasteauneuf et des affaires de Paris; mais, depuis, M. l'abbé Foucquet est arrivé ici, lequel j'ay entretenu au long sur toutes ces matières-là; je me remets entièrement à ce qu'il vous en portera luymesme. J'ay veu aussy ce que vous me mandez touchant le voyage de M. le cardinal de Retz à la Cour, surquoy je n'ay rien à dire, sinon qu'il n'y a point de mal d'être alerte, et que je vous prie d'avoir esgard à tout ce que j'ay escrit làdessus '. »

C'est ainsi que le 1 1 , à l'heure du dîner, on avait vu arriver à Compiègne, en pourpoint de toile, l'épée au côté, botté et tout poudreux, Tabbé Foucquet. Son frère avait bien raison de dire qu'il ne plaignait pas la peine d'un voyage.

Après quelques entrevues, simple échange de politesses, Retz renonça h ses espérances. Avant de repartir, il entendit l'écho des plaisanteries d'un ennemi qu'il affectait de dédaigner, mais dont il ne pouvait méconnaître l'acharnement. C'était Basile Foucquet, son rival auprès de Mlle de Chevreuse *, qui, n'ayant pu l'empêcher d'arriver à Compiègne, l'y avait poursuivi. Ainsi avorta ce second essai d'arrangement, où toute la difficulté vint du côté où l'on n'en devait pas attendre. Cette tentative pourtant répondait si bien au désir populaire, que la cause royale, malgré l'imprudence des ministres, en recueillit un immense avantage. Quand Retz, éconduit, mystifié, rentra dans Paris, le

' Kbtz, Mémoires^ t. IV, p. 347.

• Bibl. nat., ma. fr., 6890, f> 81.

• JoLT, Mémoires, l OC. ci'f.

peuple, qui ne s'arrête pas aux finesses de la politique, lui fit une ovation, aux cris de : Vive le Roi ^ ! Son discours de Gompiègne était si franchement monarchique que les frondeurs le falsifièrent, pendant qu'au contraire la Cour fit imprimer et répandre le vrai texte à milliers d'exemplaires ^. On n'avait pas, jusque-là, porté plus rude coup à l'esprit de rébellion.

Si Basile Foucquet, jeune, jouant au séducteur, rival de Retz, se réjouissait de l'échec de la négociation et voulait la lutte à mort, son frère, le procureur général, ne partageait pas cette aveugle colère contre le coadjuteur. Il avait des vues plus lointaines et un plan de pacification très différent de celui que Mazarin ne révélait d'ailleurs à personne.

Le Cardinal, si longtemps opposé à l'emploi d'une fraction du Parlement comme moyen d'action contre la Fronde, en exagérait maintenant la valeur, u II faut que lui (Nicolas Foucquet) et les autres du Parlement portent les choses hautement et avec plus de vigueur que jamais. » Ils ne sont pas assez nombreux. Qu'ils fassent venir des maîtres des requêtes. Qu'ils agissent^!

Foucquet ne cessait pourtant pas de requérir, de provoquer des arrêts, de les imprimer. Il cherchait tous les moyens d'affirmer l'existence et la vie de son petit Parlement^. Beaufort et Nemours s'étant battus en duel, il cita le premier qui ne vint pas, mais n'en fut pas moins condamné à mort, conformément à la rigueur des ordonnances ''. Il

' Retz, Mémoires, t. IV, p. 355.

• Rbtz, Mémoires, t. iV, p. 357.

' Lettre de Mazarin h Tabbé Foucquet, 27 août 1652. CbÉruel, Mémoires, t. I, p. 125. Cf. Lettres de Mazarin, t. V, p. 209.

* Les officiers, quoique vn petit nombre, ne laissaient pas de faire leurs fonctions avec assez de vigueur pour s'assurer une certaine considération. Jolt, Mémoires, p. 78. Priolo confirme ce renseignement, lir. VII et liv. VIII, p. 382, 388 de l'édition d'Amsterdam, 1677.

' V. dans les Mémoires de Lenet, p. 575, une lettre de Viole et Leneti 25 septembre 1652 : « Comme ce Parlement n'a pas beaucoup d'affaires (l'éditeur a lu de force) à vuider, il faut bien qn'il s'occupe. ■ V. aussi le

ne pouvait inventer des conseillers. Une trentaine de membres tout au plus composaient la Cour, corps purement politique et qui cherchait vainement quelques causes civiles à juger. Nicolas proposa bien d'interdire tous les procureurs, huissiers, greffiers, notaires, sergents, commissaires du Parlement et du Ghàtelet, les gens de la connétablie et de l'amirauté qui ne se rendraient pas à Pontoise, de mettre leurs charges en vente. « Voila, disait-il, qui agréera à M. le surintendant des finances. » C'était une mesure grosse de périls et qui sentait la confiscation. Aussi Foucquet recommandait-il de ne pas dire que l'idée venait de lui, « étant obligé de vivre avec ces gens-là * ». En lui se révélait un fonds d'esprit fiscal : « Je crains d'avoir oublié qu'une des principales considérations à l'égard de Mademoiselle (la fille du duc d'Orléans) est qu'elle a de grands biens, qu'il est aysé de mettre en la main du Roy, en cas que les affaires ne s'accomodent pas. »

En réalité, ces accès de passion duraient peu. Foucquet, écarté des intrigues, environné d'hommes plus disposés aux tempéraments qu'aux coups de Force, se rendait compte de la situation. Il avait fait la guerre. La situation des armées, la jonction des troupes de Condé avec celles de Lorraine le préoccupaient*. On disait bien que Turenne, malgré l'infériorité du nombre, était si admirablement retranché u Villeneuve-Saint-Georges que vingt mille hommes ne pourraient le forcer '. En fait, Turenne était assiégé dans ses retranchements.

Heureusement pour la cause royale qu'à Paris on était tourmenté par d'autres inquiétudes. Le soir même de son

journal cité par M. Cousin, Mme de Longue uiUe pendant la Fronde^ append., p. 431, édit. 1859.

1 Lettre à Le TeJlier, 16 septembre 1652. Bibl. nat., ms. fr., 6890, f« 155.

^ Lettre à Le Tellier, tin de mois à placer entre le 14 et le 16 septembre 1652. Bibl. nat., ms. fr., 6890, P> 157.

* DoBUissON-AcBiRAT, Joumal, t. II, p. 290, à la date du 16 septembre

BASILE FOUCQUET A PARIS. Î2i)

retour de Compiègne, le cardinal de Refz était allé au Luxembourg. Â la nouvelle de son échec, Gaston tomba de son haut : « Il faut que la Cour ait dans Paris des intelligences que nous ne connaissons pas. Agirait-elle de la sorte si elle ne sentait ses forces? » On allait venir Tétrangler dans Paris. Gondé le trahissait. Chavigny avait traité en sousmain avec l'abbé Foucquet'. Retz s'efforça de rendre un peu de calme à ce prince affolé, de lui démontrer que la hauteur de la Cour venait moins du sentiment de ses forces que de la confusion où Tabsence du Cardinal et la multitude de ses agents la jetaient deux ou trois fois par jour. Il rédigea même un plan de conduite, dans un mémoire' aussi admirable que son sermon. Comme conséquence, Monsieur dépécha (14 septembre) à Compiègne deux nouveaux négociateurs, Rolin et Joyeuse, ce dernier, gentilhomme du duc de Lorraine, tous les deux assez petits personnages pour que leur taille n'inquiétât personne^. Ils se croisèrent avec Basile Foucquet, qui reprenait par ordre la route de Paris ^.

On voit qu'en ce temps-là, sans chemins de fer, sans télégraphes, sans téléphones, on ne s'agitait guère moins qu'aujourd'hui. Ces belles inventions ne paraissent pas d'ailleurs avoir ajouté à la bonne foi de nos modernes politiciens.

> Î^BTZ, Mémoires, t. IV, p. 356, 368.

' Retz a reproduit ce document dans ses Mémoires, t. IV, p. 357. Nous croyons qu'il l'a fidèlement donné. Cette partie de ses Mémoires ne sent nullement Tapprêt. Au contraire il y parait un peu de confusion quant à Tordre chronologique. La sincérité du fond ne fait pas de doute.

' DcBUissoR-AuBENAY^/ou/na/, t. II, p. 289. Document Amelot de Chaillou^ publié par Cousin, Mme de Longueville pendant la Fronde y p. 433.

* Lettre de N. Foucquet à Le Tellier, 16 septembre 1652. Bibl. nat., ms. fr., 6890, f*155. Mémoire de Mazarin, daté de Bouillon, 27 septembre 1652. • Vous avez bien fait d'envoyer Langlade à Paris en même temps que l'abbé Foucquet. * Bibl. nat., ms. fr., 6890, f^ 257. — Mémoire de M, de Mat à Mazarin, 27 septembre 1652, même ms., f^ 215.

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