EMEUTES REACTIONNAIRES Â PARIS
licenciement des troupes ; exil de Beaufort ; reddition de la Bastille, sauf récompense au gouverneur.
Monsieur ne fit difficulté à rien, pourvu qu'on traitât bien ses régiments et qu'on s'entendit avec Gondé. Quanta Beaufort, il l'obligerait à sortir de Paris, avec un peu d'argent pour faire son équipage. Chavigny répéta, en ce qui concernait Mazarin, qu'on rédigerait a une déclaration d'innocence » où Ton mettrait tout ce qu'on voudrait pour son avantage. Il ajoutait même que si M. le Prince ne s'accommodait pas. Monsieur s'accommoderait seul. Voilà tout le monde d'accord! Rentré chez lui, Tubbé écrit à la Reine ' une longue lettre où il résumait les événements de cette laborieuse journée. « J'espère une trêve dès demain. Autant que je puis le conjecturer, les affaires réussiront bien Demain, dès dix heures du matin, j'aurai la dernière résolution de toutes choses. M. le Prince, si l'affaire ne se conclut point, ne voyant plus de sûreté pour lui dans Paris» emmènera son armée. Il est nécessaire qu'on nous envoie des placards imprimés. » Deux hommes furent chargés de porter cette lettre à Compiègne.
Le lendemain, en effet, Condé revint à Paris, mais, au débotté, M. de Beaufort lui remit la lettre de l'abbé, saisie par des cavaliers du régiment de Hollac, qui avaient arrêté les deux messagers. Condé en son particulier traitait avec Mazarin tout autant que Gaston. Il n'en fit pas moins l'homme offensé de ce que Monsieur négociait sans iui^. A Tétonne-
* M. Chéruel, Mémoire sur Foucquet, t. I, p. 167, donne» au lieu du nom de Mazarin, celui de Le Tellier comme destinataire. Nous suivons l'indication d'un texte inédit qui doit faire foi : Mémoire d*un gentilhomme de M. de Mercœur à Mazarin, 27 septembre 1652. Bibl. nat., ms. fr., 6890, f** 270. On remarquera la mention de la présence de La Rochefoucauld à la séance. Dans une lettre de Gourville à Lenet on équivoque à ce sujet. V.OEuvresde La Rochefoucauld, édit. des Grands Ëcriv., t. III, p. 99. La vérité finit par se faire jour.
* V. Madkmoisellk, Mémoires, t. II, p. 173; Lerbt, Mémoires^ p. 579. Lettre de Gourville à Lenet, en date du 19 septembre. V. encore une lettre de Li Rocl:efoucauld adressée à Lenet : OEuvres, t. 111, p. 104.
ment succéda la colère, aux reproches les injures. Enfin, on força les deux princes à s'embrasser ' . Le duc de Lorraine, qui arrivait toujours aux bons moments, survint, et la querelle, à peine apaisée, recommença. Beaufort enfin se montra très piqué de ce qu'on avait consenti à son exil de Paris *. Le tout finit par des serments de ne plus traiter les uns sans les autres.
La nuit n'était pas venue que Gondé, après une chevauchée menaçante dans le quartier mazariniste du Palais- Royal, donnait audience à Tabbé Foucquet, en présence de Mme de Chàtillon. Il confirma ses prétentions, faisant remarquer qu'il aurait pu les augmenter, puisque le Roi avait perdu Gravelines et Dunkerque. Même battu, même sans troupes, il ne prétendrait pas moins. « Il seroit toujours assez puissant pour nuire et faire plus de mal que ne doit être considéré ce qu'on lui accordera, n
Ce qu'il demandait, c'était en somme la conservation de ses troupes, le gouvernement de la Rochelle pour du Dognon^ celui de Provence pour le prince de Conti, la suppression de la Cour des aides de Bordeaux, enfin le rétablissement des fortifications du château de Taillebourg aux dépens du Roi. Â ce compte, « il veult estre amy de Son Éminence, ung avec elle, et la servir en toutes occasions, mesme signer tout ce qui regarde son retour et sa conservation à la Cour ' » . Il est juste d'ajouter que Condé, diplomate médiocre, donnait à l'appui de ses demandes, un peu brutales dans la forme, des raisons très spécieuses ^, et que les Espagnols devaient en fin de compte payer les frais de raccommodement.
Basile Foucquet était un véritable négociateur. Le lende-
* • Le lendemain 25, il y eust une grande querelle entre Son Altesse Royale et Mgr le Prince, celuy-ci prétendant qu'on le vouloit abandonner... ils se feirent beaucoup de reproches, Sun Altesse Royale disant qu'il Tavoit vu régner dans Paris et que sans sa considération il n*eust osé y venir... M. le Prince, au contraire, que sans son appuy, il y a longtemps qu'il seitiit icy (à Compiègne). • Bibl. nat., ms. fr., 6890, f» 270.
* IbiJ.
» Bibl. nat., ms. fr., 23202.
* Id., ib.
■NICOLAS FOUCQDET A PONTOISE. Î35
matn, 26 septembre, de grand matin, il eut encore une conférence de trois heures avec Goulas, Thomme de Gaston, et partit enfin pour Compiègne. Toutefois, devenu prudent, il se fit accompagner « par un trompette de Son Altesse Royale ' » .
Pendant tout ce temps-là, Nicolas Foucquet restait à Pontoise , sans nouvelles ou n'en recevant que d'alarmantes. On l'avait avisé de Tenlèvement d'un homme sur la route de Gompiègne, et, connaissant les habitudes voyageuses de son frère, il s'inquiétait *. Rassuré sur ce point, une autre crainte le saisit, u Gondé, lui mandait-on, fait entendre hautement que la Gour est attrapée, que dans peu il ramènera de force le Roi dans Paris, avec le Parlement de Pontoise à sa suite; l'armée de M. de Turenne ne lui peut échapper; tous les ponts sur la Marne sont rompus. Pas de retraite pour elle, si ce n'est par Lagny, et il l'empêchera d'aller jusque-là. » Du côté du Roi, au contraire, Foucquet n'entendait parler de rien; nuls préparatifs, soit de combat, soit de retraite; pas de recrues ni de nouvelles levées. Si Tarmée de Turenne est défaite, plusde ressource. Que faire en ce cas? Pontoise serait investi avant qu'on apprît à Gompiègne la perte du combat. La compagnie est fort visée par la Fronde. Avec trois ou quatre cents hommes, on lui couperait toute retraite. Gela n'arrivera pas sans doute, mais il est bon d'être préparé à tous événements. Il ne faut pas douter, ajoutait très justement Foucquet, « qu*il n*y ait assez de gens auprès des princes, quand ce ne seroit que nos confrères, qui voudroient pour beaucoup avoir fait entreprendre cette affaire » .
Et « de qui aurions-nous secours? Toute nostre bour-
> DcBUl8S0!f-AuBEElAT, Jourtiaf, t. II, |). 293.
' « Je ne sçais si tous n*avez point de nouvelles de mon frère. J*en suis en peine, pour ce qu'on me mande icy qu'un homme avec trois chevaux, ayant passeport, a été volé et démonté. • Lettre à Le Tellier, du 26 septembre 1652. BibL nat., 6890, t» 220.
geoisie et toute la garnison est malade, à la réserve de cent hommes fort misérables, sy bien qu'il n'y auroit nulle defFense. L'esprit de ce qui reste d'habitants en santé est fort partagé. Il est prudent, dans une afiaire de cette importance qui regarde la première compagnie du royaume, qui n'est point nourrie dans la guerre, de vous faire observer ces inconvénients. » Â l'appui de son dire, il citait M. de Mesme, resté à Liancourt et qui ne se pressait pas de venir, MM. Besnard et Guénégaud, qui étaient venus, mais sans avoir jamais pris place dans le Parlement transféré '.
A Compiègne, on ne voyait pas les choses de même œil. Le Tellier, avec son extrême circonspection, Servien plus brutalement, s'accordaient pour faire échouer les négociations. Retz, Chavigny, Cliàteauneuf, réussissant dans leurs tentatives d'accommodement, devenaient aussitôt des candidats au ministère, c'est-à-dire des remplaçants éventuels. Nicolas Foucquet lui-même leur était déjà suspect à cet égard. Aussi, quand Basile, tout content de lui, fit connaître aux deux ministres les derniers termes de ses entrevues avec Gondé, l'accueil fut très froid. A la vérité, quelques points étaient délicats. Le payement au prince de Tarente des frais de reconstruction de Taillebourg, la réinstallation de Jarzé, adorateur malencontreux d'Anne d'Autriche, dans sa charge de capitaine des gardes du duc d'Anjou, étaient des clauses offensantes pour la Reine. L'abbé se hâta de dire qu'on dissimulerait ces articles fâcheux dans une négociation séparée, et même d'après certaines paroles de Mme de Ghàtillon, tout s'arrangerait pour quelque argent^.
Mais trois autres points restaient en difficulté : le réta-
1 N. Foucquet à Le Tellier. Lettre sans date, mais écrite avant le f' octobre. Bibl. nat., ms. fr., 6890, f» 276.
^ « Ledit ê^ abbé Foucquet a rapporté à la Royne qu'il luy semble que madame de Cbastillon lui a dict qu'on pourra accommoder l'article passé et les fortîHcations de Taillebourg pour quelque argent. <• Bibl. nat., f. fr.,6890, f^' 270 et suiv. Mémoire du 27 septembre 1652.