NÉGOCIATIONS DE BASILE FODCQUET. Î3T
blissement de M. du Dognon dans le gouvernement de la Rochelle, la suppression de la Cour des aides de Guyenne, le maintien sur pied des troupes de Condé. Anne se récria. L'article des troupes était honteux, préjudiciable au Roi; celui de la Cour des aides rendrait plus puissant le Parlement de Bordeaux, compagnie rebelle. A quoi ne prétendraient pas les autres Parlements! Enfin, elle avait disposé de la Rochelle. « Falloit-il donc faire tout ce que M. le Prince voudroit ' ? » Évidemment, Basile avec son projet d'accord tombait mal à propos.
Que se passait-il à ce moment précis, on ne le saura peut-être jamais. Certaines gens, propriétaires de terres en Berry, désiraient voir détruire à fond et raser la place forte des Condé*. Mais cette considération était secondaire. Quoi qu'il en soit, sur cette mauvaise impression de la Reine, on convint de deux choses : qu'on dépécherait vers Mazarin pour prendre son avis, « sans lequel on ne fera rien du tout » ; qu'en même temps, l'abbé Foucquet écrirait à Mme de Châtillon qu'il n'y avait rien de possible sur les trois articles*. Ensuite, il se rendrait à Paris, pour s'y tenir caché et attendre des ordres.
Cette décision n'était pas du goût de Basile. Il s'arrêta à Saint-Denis, correspondit avec Mme de Châtillon et, jusqu'au 3 octobre, parlementa avec les agents de Condé ^.
Ce dernier, malade, très raide dans les négociations, sentant toutefois la nécessité de conclure, proposait de grandes concessions de forme. On ne stipulerait ni le rétablissement
1 Lettre de B. Foucquet, écrite de PontoUe k Mazarin, le 6 octobre 1652. Bibl. nat., ma. fr., 6891, f> 69.
^ « Je ne «uis pas estonné de ce que Sa Majesté a désiré la démolition des fortifications de Mouron, d*autliant qu*on lui i tant dict de fois qu*il les falloit raser, que cVtoit le salut de quatre provinces... Peut-estre que si j'ivoîs des terres en Berry, j'aurois esté de ce sentiment-là, et à mon sens rien n*a fut si fort appuyer la démolition des fortifications de cette place que cet intérêt-là. • Lettre du 6 octobre 1652. Bibl. nat., ms. fr., 6891, f^ 69.
' Mémoire du 27 septembre 1652. Bibl. nat., ms. fr., 6890, f>270.
* Lettre du 6 octobre 1652^ citée plus haut.
des fortifications de Taillebourg, ni rien qui y filt contraire. Quant à la Cour des aides, Mazarin donnerait seulement parole de la supprimer dans les six mois. Pour les grâces et restitutions, on prendrait temps jusqu'à ce que la paix générale eût été conclue et que lui, Gondé, se fût dégagé des Espagnols^. C'était séduisant.
Nicolas Foucquet, instruit par son frère de ce projet d'accommodement, lui donna son assentiment formel au nom du Parlement de Pontoise*.
Cependant, on était sans réponse de Mazarin, et il fallait se décider. Alors, Le Tellier et Servien se souvinrent des instructions du Cardinal les invitant, en cas d'urgence, à consulter divers messieurs du conseil « sur les difficultés qui se présenteroient pour la conclusion d'un accommodement » . Ils proposèrent donc à la Reine, « qui parloit fort impatiemment de ces réponses de Condé » , la constitution d'un conseil extraordinaire, composé du prince Thomas de Savoie, des maréchaux du Plessis-Praslin , de Villeroy et de Senneterre. Servien leur exposerait l'état de la négociation , prendrait leur avis , le porterait à Sa Majesté.
C'était un moyen de continuer à jouer un double jeu, sans rien conclure.
Premièrement, l'abbé Foucquet gardé à la Cour était chargé d'écrire à Mme de Châtillon, intermédiaire de Condé, en s'inspirant d'un mémoire dressé par le conseil.
Secondement, muni d'un autre mémoire, le conseiller d'État d'Aligre devait voir Goulas, intermédiaire de Gaston. C'était, dit l'un des inspirateurs de ce beau plan, « affin d'estre esclaircy en bref de ce qu'on pouvoit espérer de Tung et de l'aultre Prince* » .
Troisième résolution, plus grave en apparence, plus
> Lettre da 6 octobre. BibL nal., m«. fr., 6891, f» 69. ' Cf. lettre de N. Foucquet à Mazarin, citée plus haut. » Lettre du 6 octobre 1652. Bibl. nat., ms. fr., 6891, f» 69.