‹ Nicolas FoucquetChapitre 52 sur 183 · BASILE FOUCQUET ET LE DUC DE LORRAINE · texte numérisé non relu

BASILE FOUCQUET ET LE DUC DE LORRAINE

personnelles jusqu'à la rentrde. Mazarin Toulait humilier une fois de plus tous les parlementaires politiques. On exigeait une réponse de Gaston dans les vingt-quatre heures ' .

Il était dit qu'aucune imprudence ne prévaudrait contre la bonne fortune revenue au Cardinal. Dans la nuit du 4 au 5 octobre, alors qu'on prenait ces résolutions téméraires, Turenne, qui avait répondu du salut de la seule armée restant au Roi*, réussit à la dégager au moment même où Condé la considérait comme une proie assurée '. Quand cet habile général, qui avait d'ailleurs prévu la manœuvre de son adversaire, en apprit le succès, il entra dans une violente colère : « Il faut donner des brides à Tavannes et à Valon; ce sont des ânes^! » On soupçonna bien quelque connivence du duc de Lorraine ^. Mieux instruits que les contemporains, nous savons que ce rusé condottiere demandait au Roi un sauf-conduit afin de se retirer dans son pays ^, que depuis plusieurs jours, Tabbé Foucquet lui avait apporté, réglée par étapes, la route à suivre pour sortir de France ^, avec les moyens de subsister.

Par contre-coup , les craintes naguère conçues par Nicolas Foucquet furent à la veille de se réaliser. Le bruit courut que Condé furieux allait occuper Saint-Denis et Saint-Cloud, attaquer Pontoise ^. Jusqu'au 12 octobre, le Parlement ne se

1 Lettre de Mazarin à Foucquet. Chérukl, Mémoire sur Foucifuet, t. 1, p. 195.

• Lettre de Mazarin à Le TelHer. Bibl. nat., ms. fr., 6891, f^28. Cf. Mémoires du duc d*Yorck, p. xlv.

' Mlle DK MoHTPERSiER, Mémoires, t. II, p. 189.

* Ibid.

^ Correspondance Ameloty citée par Cousin, Mme de Longueville pendant la Fronde.

^ « Mme la princesse de Guéménée a dit qu^il désiroit faire une trêve de deux jours pendant laquelle il se retireroit sur la frontière. • Lettre de M. de Feyrou à Mazarin, Pontoise, l'*" octobre 1652. Bibl. nat., ms. fr., 6891, f*8.

7 Correspondance Amelot, toc, cit.

^ D'Ali;;re à Le Tetlier, 8 octobre 1652, annonce qae les princes ont le dessein de s'emparer de Saint-Denis et de Saint-Cloud pour s'opposer au retour du Roi; il serait expédient de conserver ces deux villes. Bibl nat.« ms. fr, 6891, f« 103.

trouva guère assuré dans cette ville mal protégée par des troupes mal payées '. Mais Tinstant propice à Taudace était passé. La Grande Mademoiselle, qui se piquait de connaissance militaire, dit le mot de la situation : il ne restait plus qu'à décamper*.

Campant ou décampant, on négociait toujours. En fait, Basile Foucquet se trouvait être le négociateur en échec, puisqu'il avait échoué près de Condé. D'Aligre, en apparence, avait mieux réussi près de Gaston. Aux heures de disgrâce, il avait trouvé Tappui des Foucquet, qui l'avaient recueilli dans la Compagnie des Isles '. Ce souvenir ne Tempécha pas de critiquer aigrement Tabbé. La lettre, saisie par les cavaliers d'Hollac, avait fort décrié Basile dans le monde*. Quoi qu'il pût dire, d'Aligre était inférieur à son rival dans ces intrigues dont les fils échappaient à ses doigts trop lourds. Aux premières nouvelles de l'insuccès de son afficlé, Mazarin n'avait rien dit, attendant conseil de son collègue a le temps » . Autour de lui, peut-être sous sa dictée, on plaignait Basile, on donnait à entendre que Le Teilier lui avait « porté le plus de charité ». A toutes fins aussi, on raillait le galantin sur l'influence des beaux yeux de Mme de Châtillon, sur ses aspirations à la pourpre ^.

Au faire et au prendre, on dut en revenir aux Foucquet. L'abbé reprit ses négociations avec Condé *. Toutes les lettres de Goulas passèrent par le procureur général ''. D'Aligre en vint lui-même à insinuer que le désaccord ne portait plus

I Correspondance Ame!ot,k la date du 6 et du 8 octobre 1652. Afme </e JLon* g ue ville pendant la Fronde, append., p. 439.

* Mlle DB MoHTPBEisieR, Mémoires^ t. II, p. 189.

» V. Défenses, t. XI, p. 60.

^ Lettre de M. d'Aligre à Le Teilier, Paris, 11 octobre 1652. Bibl. nat., ms. fr.,6891, r»124.

^ CiiÉnuEL, Mémoire sur Foucquet^ t. I, p. 182, 190, 199.

^ Lettre de N. Foucquet à Mazarin, Pontoise, 6 octobre 1652. Bibl. nat., ms. rr.,6891, F>69.

"^ Lettre de Foucquet à Le Teilier, 12 octobre 1652. Bibl. nat., ms. fr., 6891, f» 136.

SOUMISSION DU PARLEMENT DE PARIS. thî

que sur des points très secondaires ' . Considérations tardives. Ce moment était venu, annoncé par Lamoignon à Retz, où Topinion publique est faite par « cette espèce de gens » qui M ne sont ni frondeurs ni Mazarins, et qui ne veulent que le bien de TÉtat, espèce de gens qui ne peut rien dans le commencement des troubles , peut tout dans les fins * » . Par une observation plus directe , Nicolas Foucquet avait indiqué cet instant précis « où Paris est si fatigué qu*il ne remuera plus pour quelque cause que ce puisse être ' » .

Ce qu'avait insinué Foucquet, homme de robe longue, un homme d'épée, le seul général au service du Roi, Turenne, le déclarait formellement. Échappé par chance de la souricière de Villeneuve-Saint-Georges, il montra « qu'il ne pouvoit avec si peu de monde couvrir la Cour d'un costé et de l'autre se deffendre » ; que, de nécessité absolue, le Roi devait se réfugier pour un temps a Paris , qu'ensuite on n'aurait plus qu'à attaquer, « sinon, qu'il plust à la Ueyne de donner le commandement à qui bon lui sembleroit^ » . Il fallut, pour décider la Cour à profiter de la faiblesse de ses ennemis, lui faire sentir d'abord sa propre faiblesse. Sur le conseil impérieux de Turenne, on quitta Mantes et l'on vint loger à Saint-Germain.

Dès lors, tout se précipita. Les courants en apparence les plus opposés confluèrent.

Le Parlement de Paris, trois fois plus nombreux que celui de Pontoise, ne se réunissait plus que pour la forme. Il autorisa ses membres pourvus de grades supérieurs dans la garde bourgeoise à sç rendre à Saint-Gerniain avec

' Lettre de M. (I*Atigre à Le Tellier, 7 octobre 165^. bibl. nat., m», fr., 6891, F» 85.

• Rktï, Mémoires, t. IV, p. 31Î.

' Lettre de N. Foucquet à Mazarin, ci-dessus citée.

* Correspondance Àmelot, citée par Cousin, Mme de LonguevUle pendant la Fronde, p. 4V4. Cf. Mémoires de Turenne, liv. II, p. xcvii, cdit. 1735, et Mémoires d'Vorck, p. xlv, ibid. Voilà un de ces cas trop rares où tes Mémoires et les Correspondances se prêtent un mutuel secours.

leurs collègues les colonels. « Quel galimatias! » s*ëcriait Retz', révolutionnaire logique et qui ne se rendit compte que longtemps après de Tillogisme de la Fronde.

Galimatias double. Ces colonels et officiers partent en grand uniforme , arrivent à Saint-Germain tout ëchaufFés de zèle royaliste. Le jeune roi, bien stylé par de vieux ministres, leur fit un gentil compliment; mais la Reine mère ne put se tenir. Au défilé, elle demandait à Tun où était son écharpe rouge (celle des Espagnols), à l'autre son écharpe jaune (celle des Lorrains). Au président colonel Charton, elle lança ce mot piquant : N*est-<:e pas, monsieur, que c'était un grand feu que celui de THôtel de ville et qui a illuminé beaucoup de personnes '? Le garde des sceaux, Mole, lui montra son fils le colonel de Champlàtreux. « Je le cognois bien, répliqua-t-elle, il est chanoine de la Sainte- Chapelle. » Et de lait, Champlàtreux était chanoine'. Autant de propos qui eussent fait à d'autres moments de mortelles blessures et qu'on toléra, qu'on trouva peut-être aimables. Grand dîner. Grandes fanfares de trompettes. Nos soldats citoyens repartent pour Paris; mais voilà qu'à Ruel, on leur apprend qu'une révolution a éclaté dans la ville. Les portes sont fermées; si elles s'ouvrent devant eux, ce ne sera que pour les attirer dans l'émeute^. Il serait prudent de s'arrêter, de se replier sur Saint-Germain. Par fortune, un homme survint qui les assura de l'inanité de ces nouvelles^. Se rappelant alors qu'ils portaient l'épée au côté, nos cavaliers reprirent fièrement leur marche et entrèrent à Paris au milieu des acclamations ^.

* 'Rrtz, Mémoires, t. IV, p. 388.

* Littéralement : « Si (nîniii), monsieur, que c'estoît un grand feu, etc. »

* Correspondance Amelot, loc, cit., p. 443. La Correspondance dit, à tort, que Champlàtreux était prêtre.

* AuBERY, Histoire du cardinal Mazar in ^ t. III, p. 419.

' Moutolat, Mémoires, Dix-neuvième campagne,^, 277; Rbtz, ilfemotr«i> t. IV, p. 300.

^ AuBERY, Histoire de Mazarin, t. III, p. 419. Cf. Bbrtbod, p. 597.

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