‹ Nicolas FoucquetChapitre 53 sur 183 · SOUMISSION DU PARLEMENT DE PARIS. S · texte numérisé non relu

SOUMISSION DU PARLEMENT DE PARIS. S

Ceci se passait le 13 octobre. Le 12, Condë, ne sachant pas vaincre sn fierté, quittait Paris ^ Le 14, Beaufort se dëmettait du gouvernement de la ville, qu'il n*avait pris, il le déclarait, qu'en Tabsence de M. de L'Hôpital^. Le vieux Broussel depuis longtemps ne comptait plus, et le jeune Broussel était prêt à rendre la Bastille, en échange d'une honnête somme d'argent'. Le peuple, enfin désillusionné, se désintéressait de toutes ces querelles de gens trop égoïstes. Seuls, restaient l'un devant l'autre Gaston, duc d'Orléans, et le Parlement de Paris. Indécis et pusillanime chez lui, le fils de Henri IV ne pouvait en public se défendre de certaines velléités de courage. Il déclara au Parlement qu'il craignait la venue du Roi, non pour lui, mais pour la compagnie, qu'il ne séparerait pas sa cause de la sienne, et ne serait content qu'elle ne le fût aussi ^. Condoléances reçues comme elles étaient présentées, sans conviction. On savait par un avis que le président et le procureur général du Parlement de Pontoise étaient venus à Saint-Germain ; qu'ils en avaient rapporté l'ordre de se rendre au Louvre, pour le lundi 21 octobre. D'après les termes précis de cette « lettre, escrite par un homme du mestier, la Cour a de très manifestes desseins contre le véritable corps du Parlement* » .

La vérité, c'est que le projet de Foucquet était définitivement accepté; seulement, comme toujours, l'esprit de parti prenait tout du mauvais côté. En réalité, renonçant à l'idée de contraindre les rebelles à venir s'humilier à Pontoise, on leur épargnait la moitié du chemin.

Certes, Foucquet sacrifiait alors au bien de la paix son

* Correspondance Amelot, toc. cit., p. 440; 1\etz^ Mémoires, t. IV, p. 390.

* Retz, Mémoires^ t. IV, p. 391.

' Foucquet, Lettre à Mazarin, l'avait prédit. V. ci-dessus, p. Î40. Cf. Correspondance Àmelot, loc. cit,

* Correspondance Ameloty loc. cit., p. 443. «^ Ihid,

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intérêt particulier, ses sentiments intimes. Il avait dû emmener dans cette sorte d'exil sa jeune femme enceinte. G* est au milieu de tant de tribulations, d'inquiétudes, de périls, qu'un fils lui était né. Un fils! Pour comprendre toute la valeur de ce mot, il faut se reporter à cette époque de tradition et de famille'. Pour les Foucquet, c'était l'avenir assuré à leur nom déjà honoré, bientôt illustre, assuré à leur domaine de Vaux, déjà agrandi et qu'on arrondirait encore. Un héritier était né à la vicomte de Melun *.

La politique ne laissait pas de trêve à cet homme plus heureux en apparence qu'en réalité. Comme elle lui avait pris son lendemain de noces, elle l'entraîna loin du berceau du petit François, ainsi nommé en souvenir de l'aïeul, frêle objet de tant d'espérances et de tant d'ambition surexcitée.

Le Parlement partit de Pontoise pour arriver le 21 à Paris, où rendez-vous était pris avec le Roi. Peu s'en fallut que la jonction ne s'opérât pas. Sans l'intervention de Turenne, de vaines terreurs auraient arrêté la marche de l'armée royale. On craignait un coup de désespoir de Monsieur, alors tout tremblant au Luxembourg'. Enfin, la Cour rassurée reprit sa marche, parut aux portes de la ville, les fit occuper solidement par les gardes, et la joie de ce peuple mobile était si grande, qu'il ne songea pas à cette violation de ses antiques privilèges. « Il faudra, avait dit Foucquet, faire occuper par les gardes une porte ou deux et ne les plus quitter. » C'était fait.

* SinOT, Mémoires y t. I, cli. i.

' G088ARTI, Orat, etcarmina, p. 240* In obitum Francisci Foucifuet :

Hxc Itarae ad Pootem pepigisii tœàen. méàdtA, Hauiit ubi viue munera prima puer, etc.

* Retz, Mémoires) t. IV, p. 393, 408; Du Plessis, Mémoires, p. 434; MoRTOLAT, Mémoires, p. 278 ; Mémoires de Turenne^ Histoire du vicomte de Turenne, t. II, p. xcix.

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