ANNULATION POLITIQUE DU PARLEMENT
La Fronde avait commencé au sein du Parlement. C'est là qu*à bout de forces elle revint au gite pour mourir. Gondé, plus ou moins content de lui-même dans son for intérieur, avait pu se retirer avec ses troupes. D'hésitations en hésitations, Monsieur s'exilait à Limours et à Blois. Cent soixante membres d'une Cour de justice ne peuvent aussi aisément prendre leur parti de la retraite ou de l'exil. Le 21, ils reçurent individuellement des lettres leur enjoignant de se rendre au Louvre. Le Roi ne venait plus à eux, il leur commandait de se présenter chez lui. Présage inquiétant, plusieurs conseillers ne recevaient pas d'ordres. Quand on vint chercher le dais royal, ornement de la Grand'- Chambre aux jours de tenue des lits de justice, on commença par le refuser, puis on le livra, mais contre reçu en due forme. Au fond, on hésita encore plus, pour finir également par décider qu'on irait au Louvre.
La grande galerie des tableaux, aujourd'hui connue sous le nom de galerie d'Apollon, avait été rapidement aménagée. On y voyait les portraits des rois, de leurs ministres, même de leurs favoris. Les magistrats, en robe rouge, y prirent place comme aux séances des Chambres assemblées. Mole présidait. Foucquet apporta la déclaration d'amnistie, celle-là même qui avait été publiée à Pontoise. Il lut ses conclusions, sans les accompagner d'aucun discours'. Omer Talon malade, Bignon, trop compromis et resté aux eaux, ne parurent pas.
Tout, d'abord, marcha comme à souhait. Les douze premiers opinants conclurent à la vérification pure et simple de la déclaration. Puis, quelques-uns, plus royalistes que le Roi, voulurent excepter les insurrections du 21 juin et du 4 juillet, les attaques contre le Parlement et l'incendie de
* Cet rpisode très caractéristique de la fÎD de la Fronde est raconté dans les Mémoires (TO. Talon, continués par son fils Denis, p. 512, dans la Cor'^ rexpoudance Amelot, citée par Cousin, Mme de LongueviUe pendant la Fronde^ p. 444, et AuBBRY, Histoire du cardinal Mazar in ^ t. III, p. 423.
THôtel de ville. Par contre, Camus- Pontcarré trouva la déclaration trop générale; selon lui, le Roi devrait casser les seuls arrêts intervenus depuis les mouvements. C'était, d'une manière indirecte, maintenir ceux qui avaient été rendus contre Mazarin. L'avis de Camus- Pontcarré resta isolé. Mais d'autres trouvèrent trop court le délai imposé aux princes pour se soumettre; presque tous réclamèrent en faveur des collègues exceptés de Tamnistie. Cette exception détermina même un retour si offensif de la majorité que les conclusions de Foucquet furent repoussées. On ne relut même pas un amendement favorable au Cardinal. La Fronde semblait renaître. Le chancelier MoIé et le garde des sceaux Séguier promirent d'intervenir près du Gouvernement en faveur des princes et des bannis. C'est grâce à cet expédient que la déclaration fut enfin adoptée.
Dernières velléités de résistance qui tombèrent pendant le court instant qui sépara cette séance particulière de la tenue solennelle du lit de justice.
Le jeune roi Louis XIV entra fièrement, suivi du duc de Guise, du duc d'Uzès, des maréchaux de L'Hôpital et de Villeroy, des conseillers d'État, des maîtres des requêtes. Le chancelier Séguier changea de ton, parla de la misère des peuples désobéissants, de la bonté du souverain, de la belle conduite de la Reine. Mole renchérit sur Séguier, en moins de paroles, mais plus véhémentes. On lut ensuite la déclaration d'amnistie, celle de rétablissement du Parlement à Paris, toutes deux déjà connues et acceptées; enfin, une déclaration inédite et qui contenait trois chefs. Par le premier, on exilait de Paris les ducs de Beaufort et de Rohan, les présidents Viole et de Thou, six conseillers, le vieux Broussel en tête, avec Portail, le vainqueur de la Bastille, avec Bitault, le pourchasseurde Mazarin, avec Foucquet-Croissy, l'agent de Condé. Le deuxième chef, assez insignifiant, interdisait toutes relations avec les princes étrangers; il n'était qu'une