ANNULATION POLITIQUE DU PARLEMENT. S
confirmation des anciennes ordonnances. Du troisième, au contraire, devait dater un nouvel ordre de choses. Défense était faite au Parlement de s'entremettre des affaires générales de rÉtat, soit en politique, soit en finances; de prononcer aucun arrétcontre les personnes cfaargéesdu gouvernement ' . C'est alors que Foucquet prit la parole. 11 commença par louer le jeune roi de ce qu'il voulait régner, non par la rigueur, mais par la clémence, vertu maîtresse des grands princes. Dieu, semblait-il, après l'avoir donné par miracle à la France, avuit voulu l'exercer dans son bas âge aux affaires les plus épineuses en lui montrant dès ses premières années tout ce qui peut arriver de glorieux et de fâcheux dans un État; d'abord, des succès signalés contre les ennemis, ensuite le malheureux effet des divisions. Le navire (rima{;e n'était pas encore usée), un instant compromis, avait été redressé par le sage et prudent conseil de la Reine. Puis, entrant dans le vif du sujet : « Gomme son Parlement estoit la première et la plus considérable colonne deson Estât, lorsqu'il l'a veu dans l'oppression, sans liberté, opprimé par les violences des fâcheux, le Roi, comme un bon père, qui a soin de ses enfans et de ses bons serviteurs, les a retirés du lieu où ils souffroient persécution. Très prudemment, à l'exemple de ses prédécesseurs, il a transféré à Pontoise son Parlement de Paris, par l'autorité duquel il a rétabli sa propre autorité, à ce point que les peuples ont fait entendre qu'ils ne pouvoient phis vivre sans la présence de leur monarque et des juges légitimes *. » Ce discours fut jugé grand et beau par les Pontoisiens. Denis Talon le trouva assez sensé, mais peu élégant. Cne dernière tentative de résistance. Le chancelier ayant pris les
> 0. Talon, Mémoires ^ p. 513; Histoire abrégée du Parlement, p. 258; AuBERT, Histoire de Mazarin, t. III, p. 426.
* Journal du Parlement, m.s.de la Sorbonne, à la date du 22 octobre 1652; Denis Tmov^ Mémoires d'O. Talon, p. 513, donne une analyse un peu différente.
voix, la Cour persista, quant à Tamnistie, dans ses observations arrêtées avant Tentrée du Roi et demanda le retrait de la déclaration dernière excluant le Parlement de toute participation aux affaires d'administration et de finances. Séguier, pour la forme, se retourna vers Louis impassible, puis, ayant repris sa place, prononça Tarrét d'enregistrement des quatre déclarations et leva la séance. Il dit en particulier que le Roi communiquerait à son conseil les vœux émis au sujet de la quatrième déclaration * . Eau bénite de Cour!
Comme corps politique, le Parlement de Paris n'existait plus, et Nicolas Foucquet avait été l'exécuteur volontaire et passionné des hautes œuvres de Richelieu et de Mazarin. Il passait ainsi au premier plan. Signe indubitable de son succès, il avait déjà des jaloux. On s'étonna de ce que le procureur général, ayant à vivre dans le Parlement, lui eût fait cette insulte. Le Tellier dit tout bas à Denis Talon que cela constituait un manque de prudence; qu'en effet, pendant les négociations, on avait surtout demandé que ni Mole ni Séguier ne prissent à partie dans leurs discours les conseillers restés à Paris. Foucquet, ft qui étoit de la compagnie, le devoit d'autant moins faire » . Quel éclair, quelle lueur sinistre projetée sur l'avenir que cette insinuation! Elle a pour pendant cette autre réflexion que Denis Talon consignait le jour même sur le registre de son père : « Quoi que l'on ait dit, je ne puis être convaincu que M. le procureur général, qui est un des plus déliés de la Cour, ait fait une action de cette nature sans un ordre précis de ceux qui gouvernent*. »
De l'aveu .général, le succès de la journée revenait à Nicolas Foucquet. Il triomphait modestement; mais, on l'a vu, tout succès éveille l'envie. L'envie trouvera comme
• Abrégé du journal du Parlement, p. 258 ; âubbrt, Histoire du cardinal Mazarin, t. III, p. Wé etsuiv.
• 0. Talojt, Mémoires, p. 513.
auxiliaire la rancune. De même que François Foucquet le père avait fait son chemin par les commissions de justice, Nicolas montait à la fortune en luttant contre le Parlement, en annulant le pouvoir politique et financier de cette compagnie, dont, à l'heure de l'épreuve, il réclamera vainement le secours.