RÉACTION GOUVERNEMENTALE
Mazarin. La mère, qui ne s'arrétcût pas aux bagatelles, résolut de se venger et chercha un allie.
Soit qu^on ne le trouvât plus assez ardent, soit par simple caprice féminin, Uetz avait cessé de plaire. Ce fut Basile Foucquet qui entra dans Thôtel de Chevreuse, d'abord comme porte-parole de Mazarin, puis, paratt-il, pour son propre compte, en amant heureux. Il y servait son quartier près de Charlotte, suivant l'expression soldatesque du coadjuteur, quand, tout à coup, vers le 1 1 novembre 1652, cette belle personne fut saisie et en deux jours emportée par une fièvre maligne. Retz alla voir la mourante en curieux ^ Basile Foucquet ne montra pas plus d'émotion que son rival. « Il court, lui écrivait Mazarin, un bruit que Mlle de Chevreuse est morte; je ne le puis croire, puisque vous ne me mandez rien. J'imagine, ajoute le Cardinal, toujours prêt à jeter de Fliuile sur le feu, que vous avez parlé a M. le coadjuteur chez la personne où vous Tavez vu, et je ne doute pas que vous ne luy ayez dict librement vos sentimens'. »
La maison dont parle Mazarin était Thôtel de Chevreuse, si subitement visité par la mort. Un bruitsinistre courut. Le corps de la défunte serait soudainement devenu tout noir ; toute noire l'argenterie dans sa chambre, « effet du poison qu'elle avoit pris elle-même ou que madame sa mère lui avoit donné pour des raisons secrètes' » .
Telle fut la fin tragique de cette pauvre Charlotte, pécheresse inconsciente, digne de pitié. Sa mère l'avait abandonnée tout enfant, pour jeter son amant Chalais dans des intrigues où il perdit la vie ; elle l'avait livrée jeune fille à des Uetz et à des Basile Foucquet, la laissant mourir
* Retz, Mémoires^ t. IV, p. 424.
> Lettre de Mazarin, du 21 novembre 1652, déjà publiée par MM.Cbcruel et Cbantelauze, mais par extraits. Le passage relatif à Mlle de Gbevreuse est chitTré.
• Guy JoLT, Mémoires^ p. 70.
ses NICOLAS FOUCQUET.
enlre ces deux égoïstes, saDS poison, espérons- le, certainement sans secours.
Le contemporain qui a consigné dans ses mémoires Tinsinuation perfide qu'on a relevée plus haut, Guy Joly, grande utilité dans la tragédie comique de la Fronde, n'a pas plus ménagé Tabbé Foucquet que Mme de Chevreuse. A Fen croire, Tabbé aurait proposé à la Reine d'enlever le cardinal de Retz, de le « faire expédier en lieu et de sorte que rien ne seroit découvert, après quoi, il le feroit saler ' » .
Ces propos étaient-ils exactement reportés et ces projets sérieux? En tout cas, ils prirent assez de corps pour inquiéter la princesse Palatine, qui, mêlée à toutes les négociations, « incapable ni de tromper ni d'être trompée^ » , désireuse de ne point recevoir de taches sanglantes, prévint le coadjuteur. Retz, inquiet, se' fit escorter par des hommes armés, ce qui acheva de le compromettre'.
Basile Foucquet ne le perdait pas de vue.
Gaston, interrogé à Limours par le rusé Le Tellier, ne s'était pas montré plus noble ami qu'autrefois, quand il y comparaissait devant Richelieu. Il accusa Retz comme il avait dénoncé Ghalais, Montmorency, tous ses partisans malheureux. Le Tellier, Servien, l'abbé Foucquet firent grand bruit auprès de Mazarin de ces dénonciations rétrospectives, comme de quelques essais de rapprochement entre Retz et Condé, idées sans corps, irréalisables^. Retz n'avait pu comme Condé se retirer à la tête d'une
* Guy Joly, Mémoires, p. 84.
* B0S8UET, Oraison funèbre d* Anne de Gonzague,
' Guy Joly t Mémoires, p. 83; Retz, Mémoires, t. IV, p. 444.
* Chkruel, Histoire de France sous le ministère de Mazarin, t. I, p. 371 et suiv. M. Chéruel cite des correspondances qu'il attribue à Foucquet-Croissy et qu'il suppose avoir été saisies quand on les expédiait à Condé. Cet correspondances ont déjà été publiées par Champollion, à la suite des Mémoires de Lenet, Elles peuvent être de Foacquet-Croissy, mais on ne voit pas comment, si elles avaient été saisies, Lenet aurait pu les faire entrer dans ses portefeuilles.