‹ Nicolas FoucquetChapitre 59 sur 183 · ARRESTATION DE RETZ. Î · texte numérisé non relu

ARRESTATION DE RETZ. Î

calme. Nul doute que les Foucquet n'aient alors admiré dans leur prince ce précoce empire sur soi-même. Basile se consola de Teffacement de son rôle en dépéchant le premier avis du succès à Mazarin. Or, ce dissimulé personnage, qui, le jour même de Tarrestution, écrivait à l'abbé : a Plus on attendra, plus Leurs Majestés seront embarrassées' », affecta de recevoir la nouvelle avec une douleur hypocrite * et de vifs regrets de la disgrâce de son collègue. Il avait tout fait pour empêcher Uetz de se perdre*. Si les ministres avaient usé de rigueur, c'était sans doute dans l'intérêt du Roi. L'habile homme s'était débarrassé d'un rival dangereux, le seul capable de lui tenir tête. Vingt ans plus tard, Retz, écrivant ses Mémoires, ne savait pas encore si son confrère en cardinalat avait donné Tordre direct de l'arrêter, suivant ce que déclarait Le Tellier, ou s'il avait simplement laissé faire le coup, comme le lui disait M. de Lionne^. Basile Foucquet savait bien le fin mot, mais il était alors en disgrâce, et l'on avait saisi ses papiers. Quant à Nicolas, on ne pouvait aisément le consulter à Pignerol. Retz mourut sans connaître la vérité.

Nicolas Foucquet avait pu rester à l'écart de ce complot gouvernemental; cependant il dut concourir à une autreœuvre de réaction, au rétablissement des impôts indirects sur le vin, sur les bières, sur le pied fourché. En un mot, il s'agissait d'anéantir la déclaration d'octobre 1648, si célébrée en son temps, comme une barrière placée entre l'autorité souveraine et les exactions des financiers, entre la nécessité du Roi et l'impuissance des peuples. Elle n'était plus qu'un monument « de la violence du Parlement et de la faiblesse

> Lettre de Mazarin à B. Foucrjuet, datée de Fains, le 19 décembre. Bibl. nat., ma. fr. 23Î02, f* 70.

« Ibid,

' Lettre de Mazarin k l'abbé Foucquet^ du S4 décembre 1652, publiée en extraits par Chéruel, Mémoire sur Foucquet^ 1. 1, p. 214; par Cuaktkladek^ Le cardinal de Jiett, t. I, p. 477.

* RiTZ, Mémoires^ t. IV, p. 447.

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de la Cour ^ » . Le procureur gênerai se chargea de prc^parer les voies. Il s'entendit à cet effet avec Tavocat général Bignon, trop vieux et trop compromis pour résister, et avec son nouveau collègue, Denis Talon, fils d'Orner Talon, mort le 25 décembre. Ce jeune homme n'aimait pas les Pontoisiens et trouvait tous ces édits fâcheux. Néanmoins, il se contint. L'impôt sur la bière et sur le pied fourché furent retirés^ et, le 31 décembre 1652, le Roi vint faire enregistrer trois autres édits, dont l'un supprimait la Chambre de justice, créée en 1648, mais qui n'avait jamais fonctionné.

Ces mesures financières furent le suprême effort de La Vieuville, surintendant des finances, qui mourut le 2 janvier 1653, d'une mort presque subite.

Le jour même, Nicolas Foucquet écrivait à Mazarin une longue lettre où il posait sa candidature à la place vacante. Il rappelait ses dix-huit années de service, son dévouement, celui de son frère à la personne du ministre. Il promettait le concours d'amis décidés à faire des efforts considérables. Recherchant les moyens de réparer les maux présents, d'en éviter le retour, il s'était confirmé dans cette pensée que tout dépendait n de la volonté des surintendants » , qu'il fallait les choisir parmi les personnes d'une probité connue, d'un grand crédit dans le public, d'une fidélité inviolable à Son Éminence. Il se présentait'.

La force des événements, des traditions et des alliances de famille poussait Nicolas en avant. Il était petit-fils du contrôleur général Maupeou; sa femme était petite-fille du surintendant Jeannin, et Ton allait bientôt découvrir qu'elle descendait en ligne directe d'un ministre de Charles VII ', allié à Jacques Cœur. Les Castille, ses parents, appartenaient

' O. Talo5, Mémoires^ p. 516, continuation par D. Talor. * Lettre du 2 janvier 1653. Archives des Affaires étranp.ères, France, t. CL, pièce 18, citée parCHÉRUEL; Ormbsson, Journal^ t. II, introd., p. xxziii. ^ GoDEFBOY, Histoire de Charles VU, p. 872, Paris, 1616.

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