‹ Nicolas FoucquetChapitre 60 sur 183 · MORT DE LA VIEUVILLE · texte numérisé non relu

MORT DE LA VIEUVILLE

tous au monde de la finance. C'est leur concours que Foucquet promettait à Mazarin et qui faisait de lui « Thomme de crédit dans le public » . Gomme probité, sa réputation était intacte. H avait, en outre, montré des qualités d*homme d'État. Depuis plusieurs mois, il signalait dans toutes ses lettres au Cardinal les vices de la surintendance, les périls qu'ils engendraient, T incapacité de La Vieuville ^

Malgré la rapidité de sa demande, Foucquet avait été devancé. Le 1*' janvier 1653, Servien, dans une lettre faite moitié de compliments, moitié de plaintes^ avait implicitement posé sa « candidature à toutes charges et à tout establissement » . Mal vu, mal traité, il n'osait dire à Son Éminence tout ce qu'il avait dans Tàme à ce sujet; mais un tel traitement était de nature à refroidir le zèle de beaucoup de gens*.

Le Tellier, sortant de sa réserve habituelle ' , Mole, bien qu'il fût déjà premier président du Parlement et garde des sceaux, demandaient aussi la surintendance^. Le président de Maisons la réclamait comme un dû, en ayant été renvoyé autrefois injurieusement. Les maréchaux, ou pour mieux dire, les militaires d'antichambre, MM. de L'Hôpital et de

* Lettres de N. Foucquet II Mazarin en date du 19 janvier 1653.

* Affaires étrangèreu, France, t. CL, pièce 9. Ghbrubl, Mémoires (TOrmet^ sony t. II, introd., p. ziiv. Lettres d*un confident de Mazarin , 20 janvier 1653. Affaires étrangères, t. CXLIX, pièce 14, Ciiéiioel, loc. ciUy p. zzsv.

' V. lettre de l*abbé Foucquet à Mazarin, en date du 30 janvier 1653.

^ Ce fait, jusqu'à présent inconnu, m'a été révélé par le passage de la lettre d'un confident de Mazarin citée plus haut, passage que M.Chéruel a appliqué, mais à tort, à Nicola.*; F'oucquet [Mémoire sur N, Foucquet, t. I, p. 228). Voici la raison de décider. • Je ne saurois, dit le confident, oublier les paroles que je lui entendis proférer dans le Palais-Royal, un peu avant la sortie de Votre Eminence de Paris, que les pierres qui enfermoient les princes s'élèveroient contre ceux qui les avoient emprisonnés. » Or, ce sont bien les paroles de Mole, en date du samedi 7 janvier 1651 : « Les pierres qui les enferment sont capables de s'élever et de porter leurs plaintes si haut, qu'elles seront entendues dans toutes les provinces, et leurs voix seront capables d'exciter toute la France pour travailler à leur soulagement. » O. Talon, Mémoires, p. 405. Mole ne voulut pas donner son discours par écrit.

Villeroy, se mettaient sur les rangs. On y vit jusqu'à un homme « de la carrière » , Tintendant des finances de Bordeaux ', protégé par Colbert, à cause de son merveilleux talent « pour embarquer les hommes d'aflaires » .

Les candidats abondaient, et cependant Mazarin restait perplexe. Pas un qui fut complètement à son goût. Mole, effectivement, était chargé d'emplois; Servien, trop âgé, manquait de souplesse'. Ni Le Tellier, malgré sa docilité, ni Foucquet, malgré les sollicitations de son frère, n'obtinrent meilleur agrément. Ces prétentions réciproques ajoutèrent' à Tanimosité déjà née entre ces deux hommes. La Reine dut intervenir pour rétablir entre eux un semblant de paix^. Cependant, le Cardinal ne se décidait pas. Aux yeux de ce ministre avide d'argent, aucune charge n'était aussi importante que celle de surintendant. Aussi voulait-il tenir le bras de l'homme dont la main tiendrait la clef du trésor royal. L'idée d'un conseil de finances fiit agitée, puis abandonnée. On ne domine pas aussi aisément un conseil qu'un individu. Une lettre de Colbert révèle ce qu'en très haut lieu on pensait alors de son patron. A la mort de La Vieuville, la Reine, peu suspecte de sévérité pour le premier ministre, avait appelé son homme de confiance. « Elle me demanda, écrivait ce dernier à Mazarin, si le surintendant défunt avoit fait de si grandes affaires pour Votre Éminence et de telle nature que, pour les tenir secrètes, elle fust obligée de laisser les affaires en Testât qu'elles estoient, sans donner l'autorité aux directeurs. » Naturellement, Colbert répondit qu'il ne s'était rien passé dont il ne fit le rapport à la Reine « en

1 II 8*en défend dans lef Afémoiret, publiés sous son nom et qui, pour partie, doivent être eiacts (t. III, p. 214).

Un journal, cité par Ghéruel (Mémoire sur Foucquet, t. I, p. 226. Bibl. nat., DIS. îr.y n* 1238 G bis, f» 521), témoigne du fait qui est encore attesté parles Défenses de Foucquet, t. V, p. 57. Cf. surtout lettre de Colbert à Mazarin, janvier 1653. Lettres et instructions de Colbert, t. I, p. 198.

* Lettre de Servien à Mazarin. Cuérukl, Mémoire sur Foucquet, t.I,p. 25B6. ' Lettre de Tabbé Foucquet à Mazarin.

* Ibid.

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