VACANCE DE LA SURINTENDANCE
présence de deux mille personnes» . Anne d'Autriche Tassura de u sa confiance en ses déclarations » . C'étaient Ondedeï et la princesse Palatine qui avaient voulu lui persuader « le contraire' » . Par occasion, Golbert donna son petit conseil, « qu'il falloit se garder, dans la surintendance, des esprits capables de sacrifier et de donner beaucoup aux subalternes, pour avoir plus de facilité à tromper le principal » . Bon avis, mais hors de saison.
Les caisses du Trésor étaient vides, les impôts perçus deux ans d'avance. Les rentiers, mal payés, recommençaient à s'ameuter aux portes du Parlement'. Nicolas Foucquet avait même été grossièrement insulté par eux, et les partisans de Condé escomptaient déjà la conséquence de ces troubles'.
Les candidats insistaient, Servien en tète. C'était un grand malheur, disait ingénieusement ce dernier, que Son Éminence jugeât le soin des finances trop laborieux pour lui. Cependant, il n'y a pas de charge où il faille moins de travail. M. de BuUion l'avait fort bien faite de son temps, encore qu'il n'en eût jamais su le détail, qu'il ne travaillât jamais et qu'une des principales parties lui manquât, la probité. EtM. d'Effiat, qui n'avait nulle application auxaffaires! Et M. d Émery et M. de Maisons, entièrement adonnes aux intrigues de Cour, aux entretiens des dames, aux festins, au jeu, aux autres plaisirs^. On reste confondu en entendant ainsi parler ce Servien, que Mazarin avait appelé un jour le graveur dépensées^. Il traitait la surintendance comme on fait de nos jours les recettes générales.
Nicolas Foucquet ne renonçait pas non plus à sa candi-
1 ColberC ^ Mazarin^ 4 janvier 1653. Lettres et instructions^ t. I, p. 199; CnÉRUEL, Mémoire sur Foucquet, t. I, p. 231. Il ne faut pas ôtre grand clerc pour voir (|ue Colbert ne veut pas parler eiplicitement, même à Mazaria. Il énonce la question, sa réponse, et laisse tirer les conséquences.
• D. Talo5, Mémoire^^ p. 518.
' Le!tkt, Mémoires^ p. 597.
^ Lettre de Servien à Mazarin. Ga É rue l, -Mémo tre sur Foucquet , 1. 1, p. 229.
^ M. Chéruel (Histoire du ministère de Mazarin) a cité ce propos en ita-
t70 mCOLAS FOUCQUET.
datare. Son frère Basile s'était remis en campagne, s'attachant aux pas du Cardinale Ce dernier se décida enfin, mais, suivant la tournure de son esprit, sa décision ne fut ni nette ni simple. Son prédécesseur, Richelieu, avait formulé cette maxime qu'il est impossible à deux hommes jaloux Tun de l'autre de divertir les deniers de l'Épargne, chacun craignant d'être découvert par son collègue ; de plus, qu'on doit les prendre aisés, ni trop pauvres ni trop puissants'. Mazarin appliqua la maxime de Richelieu. Les deux compétiteurs, Servien et Foucquet, furent l'objet d'une nomination commune', le 7 février 1653, le lendemain du jour de la rentrée du Cardinal à Paris.
lien : Lyonne segna et Servien taglia^ qu*il traduit par : l*an coud et l'antre tranche. Il faut entendre : Tun dessine, l'autre grave.
■ Bu88T-nABCTi!i, Mémoires, t. I, p. 340. Golbert^ dans son Mémoire sur les finances (^Lettres et Instructions, t. II, p. 25), dit aussi que Mazarin nomma N. Foucquet surintendant, à raison des services rendus par B. Foucquet. Ce Mémoire est très curieux à étudier, en ce qu'il montre bien le procédé des hommes qui écrivent leurs Mémoires en préparant leur histoire.
* Testament politique, t. I, p. 158.
' CF. lettre de Colbert, en date du 4 janvier 1653 [Lettres et Instructions^ t. I, p. 199), où Colbert insinue à Mazarin l'idée de nommer deux surintendants, s'il ne se décide pas à établir un conseil de finances.