‹ Nicolas FoucquetChapitre 63 sur 183 · FOUCQUET, MINISTRE D'ETAT · texte numérisé non relu

FOUCQUET, MINISTRE D'ETAT

de sacs, pas d'épices pour eux. On déclara même que si, de guerre lasse, ces infidèles vendaient leurs charges, la même exclusion serait imposée à leurs successeurs. Dans les cent cinquante têtes des jeunes magistrats des Enquêtes cette idée persistait qu'un frein était nécessaire au pouvoir absolu, pouvoir qu'on ne voulait pas d'ailleurs contester, qu'au besoin même on proclamait. Mais le triomphe de Mazarin ne permettait plus de distinction subtile entre la soumission au Prince et l'insurrection contre son ministre. L'opposition parlementaire, représentant surtout des rancunes , ne se manifestait guère que par des taquineries très agaçantes, peu dangereuses.

Certes, on n'aimait pas Foucquet, le procureur général; mais les plus grosses colères visaient Mazarin. « Il se veoit maître dans le Cabinet, écrivait un frondeur irréconciliable, où tout esta sa dévotion, sans aucun obstacle... maitre de l'esprit et de la personne du Hoy, qui luy est déjà tout soubmis. Il le mène à Fontainebleau y passer quelques jours pour s'en emparer encor plus à l'ayse. Il dit qu'il n'a nulle nécessité de s'accommoder avec vous, ny le Roy d'y traicter; il chasse et enferme qui luy plait. Sa vilenie est publique et universelle. Jeudy, il fit mettre en Bastille M. Voisin, conseiller de Bourdeaux. Tous les jours, on prend quelqu'un. Aujourd'hui, il disne à l'Hostel de ville, où il est servy somptueusement, assisté du gouverneur du corps de la ville, des colonels et seindicqs des rentiers. Ce lieu, qui a servy à son opprobre et à sa confusion, sert aujourd hui de théâtre à sa gloire et à son triomphe ^ »

Effectivement, Mazarin et son favori l'abbé Foucquet, devenu officieusement intendant de police, multipliaient les arrestations. Messagers déguisés en marchands de dentelles, capitaines de milice, toutes personnes suspectes

1 Bibl. nat., ms. fr., 14831, F> 683. 29 mars 1653, lettre attribuée au sieur Bertaut, écrite au prince de Coudé. Cf. Lobbt, La Mute historique, 1. 1, p. 357.

étaient envoyés à la Bastille ^ Le Parlement, ne pouvant plus discuter ces actes du pouvoir exécutif, avait pris pour moyen d'opposition l'exil des conseilleps. A chaque audience, on demandait à la Grand'Chambre où en était Taffaire du rappel.

Mathieu Mole se rejetait sur le procureur général, qui ne disait rien. Un jour, toutefois, Nicolas Foucquet apporta une réponse. Le Roi « quand il seroit temps feroit sçavoir sa volonté* » . Malgré ce langage significatif. Messieurs des Enquêtes résolurent d'inviter le procureur général à présenter de nouvelles remontrances au Roi. Or, à l'heure même (12 mars 1653) où ces messieurs se livraient à cette stratégie en chambre, on arrêtait et l'on jetait à la Bastille le plus notable de leurs exilés, Foucquet-Groissy.

Ce conseiller, homme habile et entreprenant, était revenu à Paris pour négocier avec la princesse Palatine dans l'intérêt de Condé, son patron, qui cherchait toujours un accommodement, dont le Cardinal ne voulait plus. Il se tenait si bien caché, que ses amis ne purent le prévenir de l'espionnage dont il était l'objet. Lu police ministérielle, ayant débauché son valet, livrait toutes ses lettres et celles de la Princesse à Mazarin, qui en connaissait le contenu avant les destinataires*. Les preuves réunies, on arrêta le laquais, plus un autre valet, et le lendemain 14 mars, le maître lui-même, sur les indications plus ou moins forcées de ses domestiques, fut surpris et conduit à la Bastille d'abord, puis à Vincennes*. Il avait pu, par chance, brûler ses papiers les plus compromettants.

' « L'nl)l-»é Foucquet qui s'étuit uiélé de faire courir et dévaliser les courriers. » Mémoire manuscrit de M. Herraant, cité par S4I»te-Bedve, Port" Royale t. IV, |). 556. Le marchand de dentelles ne serait-il pas Marigny, qui était caché chez Brctteval, marchand de dentelles? V. dans Lehet, Mémoires, p. 91, le récit curieux de la perquisition faite chez Rretteval.

' Registre du Parlement. Archives nationales X'^, 8389.

•^ Le NET, Mémoires, p. 595.

* 12 mars, d'après Aubery, Histoire de Mazarin, t. IV, p. 6; le 13 mars, diaprés la Muze historique. • Ce fut le 14 mars dernier; sa détention fut pré-

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