‹ Nicolas FoucquetChapitre 64 sur 183 · PROCÈS DE FOUCQUET-CROISSY. Î · texte numérisé non relu

PROCÈS DE FOUCQUET-CROISSY. Î

On tenait depuis quelques semaines un autre lot de prisonniers arrêtés en Champagne, entre autres le frondeur Vineuil, naguère favori de la Reine, et un certain Joly, ci-devant commis de Le Tellier, passé au service du président Viole, petit personnage, mais très visé comme traître et faussaire. Toutes ces affaires ne seraient pas sorties du commun si Mazarin et ses collègues, pour mieux marquer leur pouvoir, n'eussent résolu d'enlever ces accusés aux juges ordinaires et de les livrer à des commissions.

II était dit que les Foucquet, quoi qu'ils fissent, seraient compromis dans ces abus de pouvoir, jusqu'au jour où ils y périraient eux-mêmes.

Dès le lundi 17 mars, en présence du chancelier Séguier, Nicolas présentait au Parlement une lettre de cachet datée du 15, notifiant la détention de Foucquet-Croissy et nommant pour juger ce « rebelle et fomenteur de rébellion » quatre commissaires : le chancelier ^Séguier^ le président de Bellièvre, les conseillers Doujat et Sévin*. La lettre de cachet finissait en ces termes significatifs : « Les soins que nous prenons, pour garantir notre bonne ville des nouveaux troubles qu'on essaye d'y susciter, seront toujours secondez des effects que nous devons attendre de votre affection pour le service du Roy et pour le bien public. » Le Roi, il en donnait l'assurance, n'entendait pas porter atteinte aux privilèges des magistrats.

cédée par celle d'un sien valet de chambre qui fut arrêté le 13, auquel on peut croire que Ton usast (tiV) de violences ou de toutes sortes de moïens blasmables pour l'obliger à déceler la maison de son mai$tre. • Procès- verbal de rinterrogatoirc de Foucquet-Croissy par Séguier, 2 avril 1653. Bibl. nat., ms. fr., Joly de Fleury, 239(), f° 25. Foucquet-Croissy avait gardé ses illusions sur ses domestiques. Aubcry a eu évidemment connaissance des pièces du procès; il en reproduit jusqu'aux expressions.

LoRET, La Muze historique^ t. I, p. 351.

I Procès de Foucquet-Croissy. Bibl. nat., ms. fr., Joly de Fleury, 2396, f® 27. AuBKRY, Histoire de Mazarin, t. IV, p. 6. D. Talon, dans ses Mémoires, donne la tiate inexacte du 14. Il se trompe aussi en associant Jér. Bignon à N. Foucquet pour la présentation de la lettre de cachet.

Ces belles paroles n'empêchèrent pas le Parlement de trouver la forme de commission « extraordinaire et sans exemple ». Enfin, on rendit un arrêt : « Suivant la volonté dudict seigneur Roy, il sera, à lu requête du procureur général, incessamment procédé à Tinstruction du procès de messire Anthoine Foucquet, sieur de Croissy, conseiller en ludicte Cour. A ceste fin ont esté commis messieurs Séguier, Pomponne de Bellièvre, Doujatet Sévin, pour , Tinstruction dudict procès et les rapports communiqués au procureur général, estre ordonné ce qu'il appartiendra. » Sous ces expressions ambiguës se cachait une pensée assez nette et que Denis Talon, alors très peu ministériel, fit ressortir. Les juges seraient bien ceux que le Roi avait nommés; toutefois, le fondement de leur pouvoir allait être, non la lettre de cachet du Roi, mais Tarrét du Parlement'. De plus, on ne les chargerait que d'une instruction.

La commission, sans s'arrêter à ces détails, faisait état de mener rondement les choses et d'en finir avec ce procès en cinq ou six jours; mais à procéduriers procéduriers et demi.

Le lieutenant civil et un maître des requêtes ayant interrogé les valets de Foucquet-Croissy, les amis de ce dernier protestèrent aussitôt^, demandèrent à la Cour, vu la connexité des faits, le renvoi de toute l'affaire devant le Parlement. Les Chambres allaient immédiatement s'assembler. « Messieurs, leur dit Mole, Tennemi est sur la frontière. Voulez-vous remettre le trouble au dedans? » Pour ôter tout prétexte à réclamation, le chancelier Séguier recommença les interrogatoires des valets. « Voilà, s'écrièrent les mécontents, une besogne digne de lui. »

On se rejeta sur Foucquet.

> Procès Foucquet-Croissy, ms. Joly de Fleary, n^ 2396, f*** 25 et soir. Denys Talox, Mémoires ^ p. 518.

< Ribl. nat., ms. fr., 14831, P> 683.

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