‹ Nicolas FoucquetChapitre 67 sur 183 · PROCES RICOUS ET BERTAUT. J · texte numérisé non relu

PROCES RICOUS ET BERTAUT. J

mise, sans succès, il est vrai, pour accommoder M. le Prince etMazarin, était alors exilée dans son usufruit de Merlou. Elle coquetait avec lord Digby, gouverneur de Pontoise et de Mantes, avec lord Craft, avec le bel abbé de Cambiac, et charmait ses loisirs en conspirant.

Quand on est deux du même avis et qu'on pérore, on s'exalte, on parle de grands coups à frapper. Une nouvelle vint à Mme de Chàtillon que les Mazarins avaient comploté d'assassiner Condé. Un certain Frarin devait être l'exécuteur du complot '. Coup pour coup! il fallait appliquer à Mazarin la loi du talion. Un sieur Duchesne fut chargé de l'exécution. Il reçut quelques écus pour acheter un habit noir et expédier sa famille en Guyenne *. Le renvoi de la femme et des enfants rendait ses mouvements plus libres. L'habit noir lui permettait d'entrer au Louvre, d'y surprendre le Cardinal, dans un petit escalier dérobé où il passait chaque jour en se rendant chez le Roi ^.

Duchesne, toutefois, était médiocrement décidé. Le 20 mai , dans une entrevue avec Berlaut chez le logeur de Ricous , il insinua que Mme de Chàtillon trahissait le Roi et M. le Prince, c'est-à-dire tout le monde*. Dix jours plus tard, il n'en recevrait pas moins quelques.pistoles apportées par Taveugle partisan de Condé. Tous les deux étaient arrêtés le lendemain.

Que le malheureux Bertaut eût été vendu, point de doute. Il avait non seulement à ses trousses son débiteur de 4,000 francs, mais ses complices Duchesne et l'abbé de Cambiac. Ce dernier pria l'évêque d'Amiens de s'interposer pour le remettre en grâce auprès de la

' Interrogatoire de Rertaut ù la question. Moktpensikr, Mémoires, t. II, p. 533. Lettre ms. de Tabbc Foucquet *^ Mazarin, 11 octobre 1653.

• Projet d'interrogatoire. Hibl. nat., ras. fr., 18V31, 1" 677.

• Guaido PnionATO, Ilisloire de Mazarin^ t. H, p. 183; Aubery, Histoire de Mazaritiy t. IV, p. 29.

• Interrogatoire de Ricous, à la question. Bibl. nat., ms. fr., 18431, f°' 677 et suiv.

Reine *. L'évêqiie élait un Père Faiire, ex-concurrent de Basile Foucquet dans les menées réactionnaires de 1632. Ricous, pnrait-il, avait promis à Cambiac de tenir le prélat au courant de tout ce qui se passerait*.

Ce qui suivit n'étonne pas moins. Cambiac ne s'était pas plus tôt « mis dans son devoir » , qu'un des botes de la petite cour de Merlou, milord Diyby, crut être agréable à Mme de Cbatillon en attirant l'abbé dans un piège aux porles de Pontoise et en l'emmenant faire amende honorable à la duchesse, moins réjouie qu'embarrassée de l'aventure. Renvoyé, l'abbé se vengea en livrant à la Reine les lettres les plus compromettantes de Mme de Chàtillon '.

Ce n'est pas tout. Ricous, la veille encore agent provocateur, au dire de Cambiac, conspire sérieusement. Excité par Mme de Chàtillon, il reprend pour son compte l'entreprise de Bertaut. La police saisit un billet adressé à Anne d'Autriche et quelques lettres écrites on ne sait à qui, mais pleines d'insolences contre l'honneur de la Reine et de M. le Cardinal. On en devine le contenu.

Au fond, cela ne valait pas une poursuite. Jadis, Foucquet conseillait sagement de ne pas prêter à ces propos le retentissement de débats judiciaires, mais d'en faire justice sans bruit. On voulut cette fois une répression éclatante.

L'ahbé Foucquet se chargea de découvrir et d'attraper le pamphlétaire Ricous. Il mit à sa recherche son agent Mouchette, qu'on avait déjà vu espionner chez la duchesse de Châlillon *. Ricous tomba dans une souricière à Pierrefitte, juste au moment où il se rendait à Merlou. Son premier cri fut bien significatif : « C'est la duchesse qui m'a fait arrêter ! »

' Dussy-IUbutin, Histoire amoureuse des Gaulesy t. I, p. 228.

* Projet d'interrogatoire, /!r>c. ci/. Bil)i. nat., ras. fr., 18i-31. Cf. interrogatoire à la question. Mo!(tpe:<sikr, Mémoires^ t. II, p. 538.

* Histoire amoureuse des Gaules, t. I, p. 224. La lettre de Tabbé y porte h tort la date du 18 juillet 1655. Il faut lire 1653.

* B. Foucquet à Mazarin, lettre du 16 septembre 1653.

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