‹ Nicolas FoucquetChapitre 69 sur 183 · ÉVASION DE RETZ. PROCÉDURE CONTRE RETZ. PART · texte numérisé non relu

ÉVASION DE RETZ. PROCÉDURE CONTRE RETZ. PART

(Janvier-décembre 1654.)

En janvier 1654, Mazarin ne voyait plus devant lui que deux adversaires politiques, Tun, Retz, qu'il avait eu le tort d'emprisonner; l'autre, Gondé, qu'il n'avait pas pu garder en prison. De là, deux périls, que le Cardinal, suivant son habitude, s'efforça de tourner.

Par rancune plus encore que par peur, il avait fait arrêter Retz à l'heure même où cet homme politique, si supérieur à ses contemporains, Mazarin excepté, reconnaissant que l'élément populaire ne répondait pas à son appel, songeait à rentrer dans l'ordre. Par le fait, il se trouva qu'on avait enfermé à Yincennes, moins le prétendu conspirateur que le Cardinal archevêque-coadjuteur de Paris. Quand on voulut lui faire son procès, on n'était armé ni pour le fond ni dans la forme. Suivant les jurisconsultes comme Vicquefort, le Pape seul pouvait présider au jugement et à la condamnation d'un cardinal. Des chicaneurs proposèrent un moyen. On supposerait que Retz aurait dans la procédure de sa promotion trompé la Cour de Rome. Partant, sa dignité ne serait plus qu'un bien mal acquis, sujet à restitution. Mazarin repoussa cet expédient, qui tirait trop à conséquence. De plus en plus hypocrite, il affirmait qu'on avait arrêté le Cardinal sans sa participation. On promenait un soi-

disant extrait d*une de ses lettres au Roi, où ce prince de r Église sollicitait Télargissement de son collègue. « Je n'ai point vu la lettre, dit 1 honnête Aubery, mais ce qui me rend la chose vraisemblable est le double intérêt qu'il avoit qu'on le crût ainsi '. Ce n'étoit pas la première fois que Mazarin avoit laissé conclure contre ses sentimens. » Cette fois il s'en rapportait à M. Le Tellier. Le Tellier, très renseigné sur ce désintéressement, n'était pas pressé de se mettre en avant. Plus passionné, moins prudent, Basile Foucquet épousa la haine de Mazarin contre Retz.

Ce dernier, après avoir, le jour de son arrestation, dîné au Louvre de bon appétit ^, avait bientôt senti peser sur son esprit, autant que sur son corps, la lourde atmosphère du donjon de Yincennes. Quelques avis du dehors le réconfortèrent. Il se vanla même d'avoir été pour sa correspondance mieux servi que par la poste *. Mais tel qui semblait servir le prisonnier n'était que l'espion de Basile Foucquet.

Sous prétexte de soulager l'ennui du Coadjuteur, on avait autorisé le chanoine Bragelongne à s'enfermer avec son archevêque. Au bout de quelques mois, le malheureux se coupait la gorge dans un accès de folie ^, dirent les uns, de désespoir, selon les autres, quand il vit sa duplicité connue. Un propos de Mazarin à Mme de Chevreuse donne beaucoup

* AuBBRT, Histoire du cardinal Mazarin, t. III, |). 455. M. Ch(';ruel ne parait pas avoir vu cette lettre.

^ llETZ, Mémoires, t. IV, p. 451.

3 Ibid,, p. 465.

* IIktz, Mémoires, t. IV, p. 430. V. aussi Guy Jolt, Mémoires^ p 90, et surtout la note de l'auteur, homme très sa(;ace, et qui finit par avouer son impuissance à démêler la vérité.- La {généalogie de la famille Bragelongne indique deux personnages de ce nom, Louis et Jean, fils de Jean, seigneur de Villejuif, et qui, chanoines de Paris, seraient morts en 1682, ce qui, si les dates sont exactes, ne convient pa:» à notre texte. Tallemaut des Réaux parle d'Etienne de Bragelongne, qui ■ étoit de longue main au Cardinal, qui l'avoic fait chanoine •. Cf. Historiettes, t. IV, p. 480, note 3. La même généalogie cite un Etienne, fils de Jérôme, mais qui aurait été chanoine de Sainte-Gene* viève. C'était le frère de François de Bragelongne, capitaine des gardes de Gaston, et qui fit un peu plus tard la cour à La Vallière. Saikt-Allais, Nobiliaire universel, t. VIII, p. 308 et 318.

Page 1