RETZ PRISONNIER A VINCENNES. J
à penser. On savait que « Bragelongne recevoit tous les jours des lettres, qu'il y faisoit réponse; mais on y remédieroit ' ». Mme de Ghevreuse elle-même, bien qu'elle se plaignit de Tinquisilion de l'abbé Foucquet, ne laissait pas d'être suspecte aux amis du cardinal de Retz^.
H y eut peut-être pis. On se rappelle le frondeur Foucquet-Croissy. Enfermé dans une chambre du donjon de Yincennes, au-dessus de celle de Retz, il parvint, paraît-il, à établir une correspondance avec son ancien complice'. Que se passa-t-il alors? De septembre à décembre 1653, Mazarin, dans ses lettres à l'abbé Foucquet, parle maintes fois d'un certain Courcy, prisonnier, dont les papiers sont envoyés en grand secret au Cardinal. On songe « à le gagner », à l'obliger d'à écrire le contraire de ce qu'il a écrit » . Sur les instances de l'abbé, on lui accorde sa liberté ^. En novembre, Mazarin est on ne peut plus satisfait d'une conférence que Basile a eue avec le prisonnier. H espère découvrir d'autres mystères; il fiiut s'y employer, ne pas perdre de temps*. Croissy n'est pas Courcy; mais Mazarin estropiait souvent les noms. Voici qui est plus grave. Dans des notes secrètes sur les membres du Parlement, se trouve cette indication assez insolente sur Foucquet- Croissy : « A de l'esprit, pensif, deffiant, infatué des affaires d'Estat, frondeur, ayant eu de grandes attaches à M. le Cardinal de Retz; depuis, soupçonné de lui avoir fait un mauvais parti. Est prisonnier; on avoit esté même sur les termes
* Bulletin de la Société de VHistoire de France^ 1835, 2* part., [>. 182. Lettre du 9 avril 1653; Fauteur n'est pas nommé.
* L'abbé était venu pour la monder, mais « il n*a reconnu (|u*une créature qui ne sçait rien •. Lettre du 30 décembre 1653. Bulletin de la Société de VHistoire de France, 1835, 2* part., p. 184. Guy Joly présente la duchesse comme acquise h Mazarin. Mémoires, p. 89.
* Guy JoLT, Mémoires, p. 122.
* Lettres de Mnzarin ù Basile Foucquet, 23 Meptembre 1653, 27 septembre 1653, 23 octobre 1653. Ces lettres ont été publiées pir T^avenel, Bulletin de la Société de C Histoire de France, 1835, 2« série, p. k^ et suiv.
^ Lettre de Mazarin à Tabbé Foucquet, 10 novembre 1653. Le nom du prisonnier n'est pas indique. Ibid,, p. 54,
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de lui faire bon procès ^ » Qui que ce soit, Bragelougne, Foucquet-Croissy ou un autre, il est certain qu'on aposta auprès du Coadjuteur un faux ami, « un mouton » .
La lutte s'engagea bientôt entre prisonnier et geôlier. Retz feignit d'être malade. Basile envoya le médecin Vesou avec ordre de purger le patient. On changea les gardes. En janvier, en février, en mars 1G54, le Roi vint chasser à Vincennes, y dîna chez Mazarin, qui surveillait les surveillants. Le Cardinal voulait surtout décider le Coadjuteur à résilier son évéché en échange de nombreux bénéfices. Basile, au contraire, faisait souffler au prisonnier des idées de résistance. Des officiers préposés à la garde de Retz, Tun, Pradelle, appartenait à Basile, qui, le sachant domestique de Servien, Tavait doublé d'un sien parent, M. de Maupeou. Mais Mazarin s'était aussi assuré d'un exempt, Claude Du P'Ios, qui correspondait secrètement avec lui. C'est ainsi que le ministre, instruit du jeu particulier de son affidé, s'en émut et même s'en fâcha*.
Pendant qu'à Vincennes on employait tous les petits moyens, au dehors on se livrait à de vives discussions au sujet du Coadjuteur. Il s'en éleva entre Jésuites et jansénistes. L'abbé passait pour le suppôt des premiers; très certainement, il n'aimait pas les seconds; il les avait même dénoncés comme protestants , frondeurs , révolutionnaires'. Les jansénistes, par contre, prenaient parti pour Retz, non qu'ils le crussent attaché à leur doctrine ; mais ils craignaient de le voir remplacé sur le siège épi-
' M. Depping a édité, dans la Correspondance administrative de Louis XI Vy un des textes connus sous le nom de portraits des membres du Parlement, mais sans explications.
M. Duleau, dans la Jievue nobiliaire, 1862, 1863, t. I'^'', p. 143, identifie ce Foucquet avec François Foucquet, archevêque de Narbonne. Bien que le texte ne porte pas le nom de Croissy, il est aisé de voir qu*il ne convient qu'à ce personnage. Le dernier trait est décisif. ■ A de grands biens en Touraine. • C'est là que se retira Croissy. Cf. Colbert^ Correspondance, 1658.
* liKTz, Mémoires^ t. IV, p. 483, 493. Mémoire ras. de Basile Foucquet à Mazarin.