‹ Nicolas FoucquetChapitre 71 sur 183 · RETZ PRISONNIER A VINCENNES. J · texte numérisé non relu

RETZ PRISONNIER A VINCENNES. J

scopal par quelque ultramontaîn, Marca, par exemple*.

Dans le Parlement, la fortune croissante des Foucquet excitait de vives jalousies. Le premier président, Pomponne de Bellièvre, était brouillé avec cette maison qui « s'élevoit à la faveur » . Mécontent du ministre, par intérêt comme par honneur, il s'ingéniait sans cesse à lui créer des difficultés à la Cour^. Il crut jouer Mazarin en pressant le Coadjuteur de consentir à une espèce d'accord, {jrâce auquel il sortirait de Vincennes pour être remis à la garde du maréchal de La Meilleraye. H effraya le prisonnier en lui représentant Thabileté des Foucquet, dont les conséquences pouvaient devenir graves, si leurs idées* triomphaient^. L'abbé, selon lui, « étoit enragé » . Bref, le magistrat le plus retors suggéra au cardinal le plus rusé toutes sortes de restrictions mentales pour duper le « Sicilien » , qui ne demandait qu'à être dupé. Mazarin, en effet, n*avait qu'un désir, celui d'être délivré de la criaillerie des dévots 8ur l'emprisonnement d'un évéque.

Enfin, le 30 mars 1654, Retz quitta Vincennes, escorté par Pradelle et par un enseigne appelé Morel, qui acquit quinze ans plus tard une triste célébrité comme valet de chambre de Madame Henriette, duchesse d'Orléans^. On le menait au château de Nantes, où Ton organisa une sorte d'internement aussi fastueux que mal surveillé. Basile Foucquet avait du lâcher sa proie et l'espérance de contraindre Retz à démissionner, ce qui lui eût permis de poser sa candidature à l'archevêché de Paris.

Nicolas Foucquet, bien plus prudent que son frère, avait pu s'effacer dans Taffaire du Coadjuteur, grâce à l'invincible répugnance de Mazarin pour toute procédure séculière diri-

1 R. Dapiii, Mémoires, t. II, p. 220 et suiv. ; SAiïiTB-fiEDYB, Port'Boyal, t. III, p. 26.

• R. Rapin, Mémoires f t. II, p. 222.

» Retz, Mémoires^ t. IV, p. 486, 489.

^ Hetz, Mémoires^ t. IV, p. 496. C'est ce Morel qui fut accusé d'avoir empoisonné Madame.

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gëe contre un ecclésiastique. Il dut, au contraire, prendre la direction du procès en rébellion intenté au prince deCondé.

Vers la mi-juin 1653, Mazarin, se sentant mieux gardé dans les armées qu'à Paris, voulant aussi tenir les généraux sous sa main, s'était rendu sur la frontière. Si la prudence de Turenne avait tenu en échec la hardiesse de Condé, le siège piteux de Sainte-Menehould, entrepris sous l'inspiratien directe du (Cardinal-ministre, avait assez tristement fini la campagne. Enfin, la perte de Rocroi enleva la dernière joie de ces minces avantages'. Mazarin, dans son dépit, résolut de retourner contre son adversaire ces armes légales lant de fois employées contre lui-même. Faire condamner comme rebelle, comme allié des ennemis de la patrie, le Prince qui lui avait si souvent reproché sa qualité d'étranger, et cette condamnation, l'obtenir du Parlement, la veille encore l'allié de Condé, c'était frapper un double coup. On écarta donc, avec ostentation, l'idée de faire juger le Prince par des commissaires.

Foucquet prépara la procédure. On lui fit dire par le jeune roi en personne de a presser la chose » . Condé devait être déchu de ses droits; son frère Conti, l'époux d'une nièce de Mazarin, promu en sa place comme premier prince du sang. Quelques-uns insinuaient même dans le conseil qu'il y avait lieu de confisquer les grands biens de accuse *.

Le 22 décembre, le chancelier assembla les Chambres. Le procureur général présenta des conclusions par écrit auxquelles était jointe une lettre de cachet et des lettres

* Le véritable estât du gouvernement de la France. Paris, 1657, p. 270.

* Le 19 décembre 1653, Tambassadeur Boreel écrit à Jean de Witt. On va procéder contre le prince de Condé comme rebelle • ennemi de sa patrie », le dégrader, déclarer sa postérité déchue. « Le Roi Ta ainsi recommandé luimême à M. le procureur général Foucquet, qui doit presser la chose. • On déclarera le prince de Conti premier prince du sang, ce Conti marié à une Mazarin ; « quelques-uns du Conseil voudroient confisquer ses biens • . Lettres des négociations entre M. Jean de Witt et MM, les plénipotentiaires des pro^ vinces unies des Pays-Bas aux Cours de France, etc„ t. I, p. 98.

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