PROCÈS FAIT A CONDÉ. J9T
patentes commettant le chancelier, le premier président, deux conseillers, pour travailler à Tinstruction du procès, qui serait jugé ' a le Roi présent et les pairs appelés ^ » . Le 17 janvier 1654, Nicolas Foucquet annonça la tenue d'un lit de justice pour le lundi 19 courant. A cette séance figuraient six pairs laïques, quatre pairs ecclésiastiques, trois maréchaux de France.
Conformément aux conclusions du procureur général, la Cour enjoignit à Condé de « se mettre en élat aux prisons de la Conciergerie » quinze jours après la publication de l'arrêt à Péronne *, c'est-à-dire à la frontière.
Deux mois se passèrent en régularisations. Quelques correspondances * furent saisies : on impliqua dans la poursuite certains comparses, comme le président Viole, Lenet, Texcollègue de Foucquet quand il était intendant au siège de Paris en 1652 ; Persan, qui, à la même époque, avait pris Lagriy et Brie-Comte-Robert '\ Enfin, après une production très étudiée des preuves à la charge des accusés, le procureur général prit ses conclusions définitives : « Je requiers, pour le Roy, ledit messire Louis de Bourbon estre déclaré atteint et convaincu desdits crimes (de lèse-majesté et de félonie), déchu du nom de Bourbon , dignités et charges, condamné à recevoir la mort par justice , ladite condamnation publiée en la forme qu'il plaira au Roy , ses biens remis au domaine, préalablement pris sur eux la somme de soixante mille livres parisis d'amende applicables au pain des prisonniers de la Conciergerie du Palais^. »
* 22 décembre 1653.
* 19 janvier 1654.
' 19 janvier 1654. Procès du prince de Condé, Archives nationales, U825, f" 106. AuBERY, Histoire de Mazarin, t. IV, p. 34.
* Lknet, Mémoires^ p. 619 ; Gousm, Mme de Sablé, p. 417.
^ Procès de Condé, Archives nationales, U 825, f^ 154. Les autres nomn cités dans le réquisitoire .«sont : dn Marchin, le comte de La Suze, le comte de Mieiile, Cerisy, Chamiily, Montai, le marquis de Saint-Etienne, le vicomte de Lignon, du Harle, Daumont, La Bcrnaise et de Saint-Martin.
* Cette pièce est sans date. Procès de Condé, ibid,, f^ 227.
Par conclusions séparées, Foucquet demandait la condamnation à mort de Viole, Lenet, Persan, Marchin, la confiscation de leurs biens. H était sursis au jugement des autres accusés *.
Le 27 mars, la Cour rendit un arrêt qu'on affecta de lire le lendemain dans une séance solennelle '. Mais ni cette solennité ni Texécution en effigie de Viole et des autres ne paraissent avoir beaucoup frappé Topinion, qui s'impressionna plutôt en sens contraire. Une légende se forma, que le prince de Condé aurait été condamné par des juges serviles à souffrir la mort « telle qu'il plairait au Roi de l'ordonner ^ n .Cette disposition monstrueuse n'existait pas dans l'arrêt, où il était dit seulement que la condamnation serait publiée en la forme qu'il plairait au Roi d'ordonner.
En réalité, ces articulations de lèse-majesté, de félonie, ces accusations de u n'avoir rien omis de ce que peut un sujet rebelle et infidelle à son souverain pour traverser son Estât, relever les forces de son ennemy* », ne touchaient pas la masse du public, où l'on était persuadé que le grand Condé combattait, non contre sa patrie, mais contre le seul Mazarin ^. On savait que le Prince conservait au milieu des
' Procèi» «le Gond»*, ArcliiveHnationnle.4, U825, P' 228. ?'ie«f|ue, Bonttfîville, Dur<i8, 8aint-Hibal et « le nommé Servienty » devaient être appréhendés au corps.
* I^e texte de l'arrêt a été imprimé dans V Histoire de Mazarin, par Acbbrt, t. IV, p. 3T.
^ MoNTCLAT, MémoireSy p. 296. Mont(;lat ajoute : ■ Le genre de mort fut laiasé à la di^iposiiinn du Uui, à cause du grand respect qu'on doit au sang royal. » Comme on le voit, la théorie Montglat manque de base. On retrouve cette erreur dans les Mémoires pour servir à t histoire de la maison de Condé, t. 1, p. 154'. L'auteur ajoute (pi'on déclara la postérité de Condé déchue du droit «le succéder à la couronne, ce qu'on ne trouve pas dans le texte. Chose plus étonnante, M. Chéruel a reproduit dans son excellente Histoire de France sou% le ministère de Mazarin, {, II, p. 1-^5, le même texte fautif pris dans les Mémoires d*Ormesson, t. Il, p. 689.
Productions de N. Foucquet contre messire Louis de Bourbon, Archives nationales, U 825, P» 181, cote B.
* Dès 1652, le chanoine Joly, dans son Recueil de maximes véritables et importantes pour t institution du lioy contre lu fausse et pernicieuse politique du cardinal Mazarin, Paris, 1653, disait : « On se plaint quelquefois de ce