PROCÈS FAIT A CONDÉ. Ï
«étrangers une attitude toute française. Il appelait toujours Louis XIV le Roi son maître; le roi d'Espagne n'était que son allié'. Il défendait les prérogatives de son rang avec une admirable fierté. Par une clause trop peu connue de son traité avec les Espagnols, toutes les places prises en France devaient lui être cédées; et nul ne doutait qu'il ne les restituât à son Roi dès qu'il pourrait s'accommoder avec lui ''• Presque au lendemain du jour où il avait opiné pour la condamnation à mort du Prince , le conseiller André d'Ormesson s'écriait : « Dieu veuille le ramener à son devoir et disposer Tesprit de Leurs Majestés à luy pardonner toutes ses fautes, et luy faire la grâce de les réparer par ses bons services à l'avenir '. » Moins de trois ans plus tard, un aumônier du Roi, dans un livre dédié à Basile Foucquet, déclarait : « que bi plus belle conquête de Louis-Âuguste sera Louis de Bourbon ^. » Quant au procureur général, on a vu qu'en 1652 il avait fait les plus grands efforts pour conserver à la France Tépée de Gondé. La fatalité de la politique ne l'avait pas moins obligé de requérir lu peine de mort contre un homme dont il croyait la vie si utile à la France. Avec sa grande justesse de vue, il comprenait bien qu'il s'exposait à de terribles représailles. Condé, en effet, l'heure des épreuves venue pour Nicolas Foucquet, prendra parti contre son ancien adversaire, jusqu'au jour où la vérité apparaîtra à ses yeux impartiaux.
<]ue les Princes dusanj; prennent les armes et s'allient ou ce retirent avec les ennemis de TEstat. Véritablement c'est une chose qu'on ne peut pass'empes- -cher de condamner..., mais il faut aussi advoiier qu'assez souvent les Ministres sont cause que ces personnes illustres, lesquelles ils haïssent toujours, se |>ortent à ces extrémités fâcheuses. » P. 220.
* Il faut lire la belle lettre du Prince en date du 23 février 1654. Leset, Mémoires^ p. 617.
* Mémoires du prince de Tarente, p. 150, édit. 1767.
' Extrait des Mémoires d* André d' Ormesson^ t. II, p. 690. L'extrait est daté du 3 avril 1654.
* L'année française ou ta première campagne de Louis XIV, par le sieur DB Gbriziers, aumosnier du Roi. Paris, 1658, p. 23.
3M XICOLAS TOrCQlirT.
Après cette extkntion politi'jaey Mazarin emmena le à Reims pour le faire sacrer, iaissant à Paris le premier président de BellièTre, le chancelier Séguier et le procureur jjënéral Foocquet.
t> dernier derait assurer le calme dans la capitale alors assez troublée. On y pariait pour ou contre le «acre, quil se ferait ou bien que Condé lempécherait '. Une populace hardie s'opposait quand mémeaux exécutions de justice*. Les esprits des pariementaires n'étaient pas non plus très sûrs.
Foucquet devait encore fournir l'argent au ministre, et des ce temps*là c^était à Paris qu'on en ramassait le plus. Mazarin disait bien que « Sa Majesté, quelques avantages qu'elle puisse espérer par les armes sur la frontière, n'hésiteroit pas à retourner à Paris se faire obéir ' » . C'étaient lettres fuites pour être montrées. Les affidés savaient à quoi s'en tenir. Un secrétaire de Mazarin écrivait à Basile : « Pourvu que les surintendants trouvent de l'argent , le Cardinal, espère beaucoup de bien ^. » La phrase est à double sens et dut faire sourire les surintendants.
Après avoir été à la peine, Foucquet ne fut pas à rhonneur, k Reims, et Ton ne peut pas dire que le maître le récompensa. Nicolas n'avait pas une très grande fortune. Pour acheter la charge de procureur général au Parlement, il avait dû recourir à la bourse de sa famille. Cette situation constituait un gros risque. Mazarin lui fit expédier des lettres de survivance au profit de son frère Basile*. On les mit aux mains d un autre frère, l'évéque d'Agde, un des bailleurs de fonds. En réalité, cette décision ne donnait rien à Nicolas, si ce n'est un peu de sécurité.
Basile fut mieux traité. Non seulement on lui assurait en
' LoKKT, Muze historique^ t. I, p. 505. • Ibid., p. 51 V
' lettre (le Mazarin à l'alibé Foacquet, 8 jain 1654. ^ Leure aJri>:»«ée à Ba:iile Foucquet, de Rethel, SSjuin 1654. ^ Lettre de Mazarin à l'abbé Foucquet^ 8 juin 1654. Mazarin ajoute : • Il r«t à profKH que la chose deuieare secrelCe. •