SUCCÈS DE BASILE FOUCQUET
survivance la charge de son frère, mais il fut nommé en titre procureur général au Parlement de Metz ' (8 août 1654). Ce favori de la fortune avait tout juste trente-deux ans. Il se décidait à changer de robe. Le même ami qui avait raillé autrefois si agréablement ses aspirations à la pourpre , le félicitait à cette heure de sa résolution plus sérieuse, a Je ne suis pas fasché de voir que vous serez revestu de cette nouvelle qualité..., il est bon d'avoir des amis en paradis et en enfer. « « Mais^ ajoutait ce judicieux correspondant, précautionnez-vous bien contre la contagion qui commence à infester la gente togata; car, sans estre grand astrologue, je vais vous prédire qu'après Téclipse, elle sera plus dangereuse qu'elle a jamois esté. Il ne faut plus vous exposer comme vous avez fait; la bravoure ne s'adjuste pas bien avec la magistrature*. >»
Le gouvernement était loin d'être assuré. Le siège de Stenay pour les Français traînait en longueur. Les Espagnols assiégeaient Arras. Plus audacieux, ils auraient tenté une pointe sur Paris. Les partisans de Gondé ou plutôt les ennemis de Mazarin les attendaient, tant il est vrai que cette guerre était plutôt civile que nationale '. On en vit à Stenay un exemple frappant. Le jeune Louis XIV s'étant approché des remparts pour juger du tir de son artillerie, les assiégés envoyèrent à sa troupe deux volées qui, par fortune, ne blessèrent personne; mais, dès qu'ils apprirent que le Roi avait été présent à l'affaire, ils s'excusèrent sur leur ignorance. A l'avenir, ils s'abstiendraient de tirer quand « on leur enverroit un trompette pour les advertir que le
' Baiile Foucquet, « conseiller ordinaire au conseil da Roy, reçu en TofHce de procureur général au Parlement de Metz », par lettres patentes datées de Sedan, 13 juillet 1654'. Bibl. nai., cabinet des titres, dossier Foucquet.
* Lettre à Basile Foucquet, la Fère, 10 août 1654.
' Boreel, ambassadeur des États de Hollande, signale i de Witt (14 août 1654) « la mauvaise disposition de cette nation, dont le plus grand nombre ose souhaiter que les desseins de leur Roi arortent • • Lettres, t. I, p. 242. Cf. LoRET, Mwte historique^ t. I, p. 512.
Roi désiroit s'approcher de la ville »; enfin, ils en useraient tt avec le respect qui luy estoit deub ' » . Voici un pendant à ce tableau : à Paris, des royalistes convaincus « auroient voulu que la ville d'Ârras fût déjà prise » , tant était grande la haine contre le Cardinal*.
C^est au plus fort de ces inquiétudes que Retz parvint à s'échapper du château de Nantes (8 août 1654). La première nouvelle détermina une explosion de joie, et presque tous les curés de Paris firent chanter un Te Deum,
Le gouvernement était, comme on Ta dit, représenté dans la capitale par Séguier, très irrésolu ', par Bellièvre, très compromis avec Retz , par Servien , esprit toujours violent, parfois douteux *. Le Tellier avait dû se rendre à Péronne pour veiller aux nécessités de Tarmée qui secourait Arras ^. Une fois de plus, quand tout le monde perdait la tête, Foucquet fit preuve de décision et d'autorité. Il emprisonna ^, exila, fit conduire les plus récalcitrants à Mazarin ^, qui le combla de compliments et rassura d'une entière confiance et d'une complète discrétion*. Toutefois, Nicolas usait plus volontiers de la douceur que de la force. Il permit au chanoine Claude Joly de demeurer à Paris®. Mazarin s'en étonnii'®; Colbert,
' Lettre de X. à Tabbé Foucquet, Sedan, Il juillet 1654.
• Boreel à de Witt, 20 août 1654. Lettres^ t. I, p. 246.
^ « M. le Chancelier ne m*a pas encore rien escrit là-dessus; mais cela n'importe. » Mazarin à Tabbé Foucquet, 22 août 165^. Bulletin de la Socie'té de C Histoire de FrancCy 1835, 2* série, p. 59.
^ M J*ay peine à croire ce que vous me mandés avoir esté dit par M. Servien à M. de Nouvion. « Ibid.^ p. 61. Cf. lettre du 23 août 1654. Ibid,, p. 64 ; CI. Joly, Mémoires ^ p. 169, où au contraire il accuse Servien de sévérité.
^ Lettres de Le Tellier. Ribl. nat., ms. fr., 6891.
^ u Leurs Majestés ont été très ayses des deux personnes qui ont esté arrêtées par la diligenze de M. le procureur général. « Lettre du 22 août ci-dessus ritoe.
"^ Cf. Joi.v, Mémoires^ p. 169.
^ Lettre du 22 août ci-dessus citée. .
* Lettre de Colbert à Mazarin, Paris, 22 août 1654. Lettres et Instructions, t. I, p. 227.
>^ Mazarin à Tabbé Foucquet. Lettres ci-dessus citées, des 22 et 23 août 1654.