‹ Nicolas FoucquetChapitre 77 sur 183 · I. il · texte numérisé non relu

I. il

Roi y envoie. On fouille jusque dans les coffres aux langes des enfants. On ne trouve quasi rien. Sans se décontenancer, les mêmes gens insinuent que les trésors sont ailleurs. Vite on érige une Chambre ardente. Les poursuites commencent. Un financier est arrêté, jugé, pendu. Les autres s'enfuient. On les pend en effigie. Une procédure est entamée contre La Yieuville. Richelieu prétend qu*on prouva certains faits de concussion. Toujours est-il que, de son propre aveu, la Chambre ne rendit aucun arrêt sur ce chef.

Au bout de six mois, le Cardinal découvrait qu'il faisait lui-même fausse route. Les sources de Targent étaient taries. Il traita avec les financiers, et, moyennant une composition de sept millions, la Chambre de justice fut révoquée.

La Yieuville n'en resta pas moins séquestré dans le château d'Amboise, sans pouvoir écrire une ligne à sa femme. Un an et demi se passa avant qu'on l'interrogeât. Quand ses parents intercédaient pour lui, les nouveaux ministres se contentaient de répondre : « Il ixiut avoir patience. Le Roi est encore trop irrité. On ferait plus de mal que de bien à M. de La Yieuville en priant Sa Majesté de lui accorder quelque adoucissement. » A la fin, le malheureux parvint à s'évader.

Aussitôt libre, il publia une Apologie à la fois éloquente et habile', et qui a bien pu servir plus tard de modèle à Pellisson prenant la défense de Foucquet. Ce dernier avait alors tout au plus dix ans et demi; .mais, élevé dans la famille Maupeou, au milieu de fonctionnaires des finances, cette disgrâce éclatante de La Yieuville dut frapper son imagination d'enfant '.

* Apologie de Af. de La Yieuville adressée a M, le Chancelier y 1625. BecueilF, p. 54.

' Richelieu, Ne'moirex, t. I, p. 308, prétend qu*on proora contre Taccusé de» faits de trafic sur des rescriptions ; mais il reconnaît que h Chambre arrêta a procédure; le Cardinal prétendait d'ailleurs qu'il suffisait de faire peur aux ifinanciers et d'en tirer de Taisent.

Le procureur général de la Chambre était René de MaupeoUy oncle de Nicolas Foucquet. Plus tard, quand cet autre surintendant fut soumis à de semblables et pires épreuves, on ne put s'empêcher d'évoquer les souvenirs de La Vieuville ' .

La surintendance fut partagée entre deux titulaires. Richelieu formula cette maxime que deux hommes, piqués de jalousie, ne s'entendraient pas pour piller les deniers de l'Épargne, « chacun craignant d'estre descouvert par son collègue » . Il les voulait d'ailleurs ni trop pauvres ni trop puissants'. Les gens d'épée furent encore une fois proscrits, et ceux de robe préférés. Rochart de Champigni et Michel de Marillac parurent présenter les conditions désirées. Courte illusion. Marillac, d'abord conseiller au Parlement de Paris, puis maître des requêtes, homme austère, mais violent et borné, mit les financiers, Richelieu le dit lui-même, « en tel desarroy, que ceux qui se conduisoient avec le plus d'innocence dans leurs charges ne sçavoient où donner de la tète * » .

Renonçant aux magistrats, ne voulant pas retourner aux militaires, le Cardinal fit choix d'un diplomate, de Coiffier, marquis d*Effiat, petit-neveu de Ruzé, l'ancien ministre de Henri IV.

C'est une vérité d'expérience que les ministres et les domestiques trouvent tout en mauvais état dans la maison où ils entrent. D'Effiat ne fit pas exception à la règle. Voici son premier rapport : « Ce sont choses publiques; la confusion des finances estoit telle qu'il n'estoit plus permis de veoir les comptes des comptables. » Leur demandait-on

> « Nous avons vu la même cbote en nos jours quand Foucquet fut arrêté. • LiVÀSSOR, Histoire de Louis Xill, t. V, p. 39.

* VuuRT, Histoire du mmistère du cardinal de Richelieu, i. I,p. 58 et 269. Cf. Mémoires du Cardinal, t. I, p. 308. Ces idées se retrouvent dam le Testament, Ce dernier docnment et le premier sont tirés des Mémoires.

' Histoire du- ministère du cardinal de Richelieu, t. I, p. 58 et suiv. P. An- SBLMB, Histoire généalogique^ t. I, p. V49 (i'* édit.).

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