FINANCIÈRES. HERWARTH NOMMÉ CONTROLEUR. PLAN FINAN
aER DE FOUCQUET.
Les deux hommes que la défiance de Mazarin associait, bon gré, mal gré, dans cette œuvre difficile de la réorganisation des finances, n'avaient d'autre point de sympathie que la volonté du ministre.
L'un, Servien, avait passé la soixantaine; l'autre, Nicolas Foucquet, entrait dans sa trente-neuvième année.
Ils différaient encore moins par Tage que par le caractère. Servien, après des débuts faciles, avait vu subitement sa carrière brisée sous le ministère de Richelieu. Rentré en grâce sous la Régence, il avait servi dans la négociation de Munster. C'était un esprit appliqué, tenace, sans facultés imaginatives ; mais un plan une fois donné, il Texécutait fidèlement.
Foucquet, aussi laborieux que son collègue, n'avait guère connu de difficultés dans sa rapide carrière que pendant son intendance de Grenoble. Les malheurs publics avaient servi sa fortune. Doué d'une imagination féconde, il s'était montré à la fois homme pratique et fertile en ressources.
L'ambassadeur Servien, blanchi sous le harnois, obligé de tenir rang auprès des princes comme M. de Longueville, n'avait pu se constituer une grande situation. Au moins il
se plaignait beaucoup, et c'était presque à titre de compensation, pour trente ans de services stériles, qu'il avait demandé la surintendance'. Il était pris de cette passion d'amasser, commune à ceux qui approchent du terme où Ton n'aura besoin de rien.
Nicolas Foucquet, riche par son premier mariage, plus riche par le second, était politiquement bien mieux apparenté que son collègue. Si des deux frères de Servien fun était président au parlement de Grenoble, l'autre évéque de Bayeux, le procureur général comptait deux frères dans Tépiscopat; un troisième, Tabbé, procureur général à Metz et confident du premier ministre ; deux autres frères conseillers ou dans les emplois ; deux ou trois cousins Maupeou au Parlement et à la Chambre des comptes; enfin toute une tribu de Jeannin-Castille dans les finances. Ce sont ces derniers qu'on a vus, lors de la banqueroute de 1648, subvenir avec leurs propres ressources aux besoins de la maison royale.
Comme on l'a dit dans le chapitre précédent, le surintendant était un ordonnateur, non un manieur de fonds.
Le commandant de troupes, l'officier de la maison du Roi, l'ingénieur chargé de travaux, le premier président du Parlement, les chefs des corps judiciaires, les rentiers, les prêteurs d'argent, en un mot, ceux dont la solde, la dépense, le traitement, l'arrérage étaient fournis par le Roi, devaient s'adresser au surintendant et en obtenir une ordonnance de payement.
Cette ordonnance enjoignait au trésorier de l'Épargne, au nom du Roi, ou du conseil, ou du surintendant seul, suivant les cas, de payer certaine somme *.
Si le payement s'était fait en espèces à bureau ouvert. Tordre aurait suffi ; mais, ainsi qu'on l'a déjà exposé,
* Cf. KERViLKn, Abcl Servien.,., p. 176.
• FoucQCET, Défenses, t. V, p. 174; Pellissoh, Second discours au Roy, OEuvres diverses, t. II, p. 144.