PREMIERE ANNÉE DE LA SURINTENDANCE
les créanciers de TÉtat étaient loin de cet âge d'or Sous prétexte d'ordre, on assignait les payements sur certaines recettes. L'assignation consistait dans un ordre particulier mis au bas de l'ordonnance, qui était alors dite ordonnance assignée.
Le plus souvent, les fonds n'étaient pas venus aux mains du trésorier, qui, pour ne pas laisser le créancier « sans consolation » ou sans moyens de crédit, lui donnait contre son ordonnance un billet de l'Épargne, portant qu'il tiendrait compte à tel receveur, ou fermier d'impôts, ou traitant de droits, de la somme mentionnée au billet', qu'on négociait ensuite comme on pouvait.
Le surintendant n'était pas un comptable. A proprement parler, il n'avait pas plus de bureaux qu'il n'existait alors d'hôtels ministériels. Cependant une fonction si importante exigeait un service d'écritures, et le Trésor payait un certain nombre d'employés'; mais c'était le titulaire de la commission de l'Épargne qui ouvrait un registre portant d'un côté les fonds, objet des assignations, et de l'autre, les ordonnances qui, une fois délivrées et assignées, entraînaient la consommation de ces fonds'. Dans cet agenda, servant entre le ministre et le lloi, on énonçait souvent plus au long la cause de certaines dépenses libellées sommairement dans les ordonnances, afin d'assurer le secret de l'État.
Jusqu'alors, les surintendants avaient été maîtres du choix de ce premier commis*. Bien que Servien et Foucquet eussent été nommés conjointement et sans distinction
' Pbllissoic, loc. cit. y p. 145.
' Bibl. nat., ms. \^ de Culb«rt, vol. 106. État des finances payées pour le quartier de janvier 1653.
» FoucQOBT, Défenses, t. V, p. 231; t. VU, p. 215; Pbllisson, Œuvres diverses, t. II, p. 122.
^ Pellisson dit le contraire. Œuvres diverses, t. II, p. 122; mais Foucquet en savait plus long que Pellisson. Cf. Défenses, t. VII, p. 216. L'assertion de Foucquet est confirmée par Conrart, AfemoiVet, p. 610, où il raconte comment d*Emery s*y prit pour faire nommer Guérapin à cet emploi.
342 NICOLAS FOUCQURT.
de pouvoir ni d'exercice ', Servien, par Tàge, par l'ancienneté dans le ministère comme par la confiance du Cardinal, avait le pas, la parole et la plume '. Ce fut donc lui qui nomma commis M. de Maraudé, personne de son intimité '. Mais Mazarin laissa entendre qu'il voulait mettre en cet emploi M. de Bordeaux, intendant des finances, très avant dans la confiance du Cardinal. C'est à lui qu'à la mort de La Vieuville la Reine régente voulait confier l'intérim, pour assurer le secret des « grandes affaires » que le surintendant défunt avait pu brasser avec Mazarin *.
Le vieux Servien, aussi défiant que le Cardinal, ne s'accommoda pas longtemps de ce commis imposé. Il avait conçu quelques soupçons, et demanda la permission de mettre un autre en sa place. Mazarin consentit au renvoi de Bordeaux, mais désigna pour son successeur un sieur Herwarth.
Barthélémy Herwarth, né en France, de parents allemands qui exerçaient à Lyon le commerce d'argent, après avoir passé son adolescence k Francfort, était venu à Paris à la suite du duc Bernard de Saxe-Weimar, général des troupes suédoises à la solde de Louis XIII (1639). Herwarth et son frère avancèrent d'abord les subsides promis à ces alliés'^. En février 1640, il rendit un service plus considérable. Le duc se trouvait alors en Bourgogne et, mécontent
* FoccQDET, Défenses, t. VI, p. 8 (production de M. Talon).
* Ibid.^ p. 9; Défenses, t. V, p. 56 et 3uiv.
* Défenses^ t. V, p. 56. Marandé était maître d'hAtel du Roi. Cf. Dcboisson- AuBEHAY, Journal^ t. 1, p. 265; t. II, p. 330. Appendice. « La charge (de tnriiitendant) fut donnée ù M. d'Avaux et à lui (d'Emery) conjointement, et M. d'Avaux eut le premier lieu^ comme le plus ancien conseiller d'État. Par 3elte raison, il devoit avoir le choix de l'emploi, c't'st-à-diie de l'employé. • Cou II ART, Mémoires, p. 010.
^ COLBERT, Lettres et Instructions, 1. 1, p. 199. Colbert répondit «qu'il ne s'érait fait aucune affaire dont il ne pût faire le rapport devant deux mille personnes m. Foucquet (Défenses, t. V, p. 57) signale les prétentions de M. de Bordeaux à la surintendance. Les lettres de Mazarin confirment l'assertion de Foucquet.
* G. Deppikc, Barthélémy Herwarth, etc., extrait de la Revue historique (1879), consciencieux travail, fait avec des matériaux jusque-là inconnus ou très dispersés.