OPÉRATIONS POUR LES MONNAIES
leurs un simple expédient; car, dès 1655, un autre ëdit porta qu*à partir du V Février 1657, les monnaies seraient ramenées à Tancien type.
Grâce à ce tour de finances, on encaissa le produit de 600,000 Francs de rentes aliénées, plus d'assez grosses sommes empruntées au taux de 6 pour 100 en apparence, de 15 pour 100 en réalité. Qui prenait 6 livres de rente sur le Roi devait bien verser 100 livres à l'Épargne; mais le Roi lui Faisait un don, uneremiseou escompte de 9 livres. On ne versait que 91 livres, partie en vieux billets, et Ton en touchait toujours 6 d'intérêt. Ce sont ces escomptes qui grossissent tant le chapitre si discuté des ordonnances de comptant'.
Donc, tout était pour le mieux ; aussi les états de comptant des années 1653 et 1654 portent d'assez larges gratifications pour les principaux Fonctionnaires; le chancelier et le garde des sceaux touchèrent chacun 40,000 livres. Foucquet et Servien reçurent à eux deux 28,000 livres de Sa Majesté, « pour certaines considérations dont elle ne veult estre Faict mention », plus 20,000 livres, « pour leur ameublement^ » .
Il Faut dire, pour être juste, que les surintendants ne se cantonnèrent pas dans la besogne de ministre aux abois. Servien et Foucquet étaient des hommes de gouvernement et dignes à beaucoup de titres de la haute situation qu'ils occupaient. On n'avait pas apuré de comptes depuis 1649. Ils ne se dérobèrent pas à l'accomplissement de cette tache
> « D'autres particuliers, même en leur donnant des fonds à 15 pour 100 d'intérêt, ou avec des remboursements de vieilles dettes, au lieu d'intérêts, fournissoient des sommes considérables. ■ Foucquet, Défenses, t. V, p. 61.
A l'appui de l'assertion de Foucquet, on peut citer, entre beaucoup d'autres, un extrait des comptes de 1654, conservés par Colbert : « Au sieur Marigny, qui a faict prest au Roy de vii^iiii"xiiii mille (794,000) livres, la somme de 119,100 livres à luy remise par Sa Majesté pour les intérêts et adv.inces et • frais de recouvrement de ladite somme, ...ci cxix"c livres. » Bibl. nat., ms. Colbert, V«, vol. 106. État de janvier 1653.
* nibl. nat., ms. Colbert V% vol. 106. Compte du quartier de janvier 1653, arrêté le 29 mai 1653.
ingrate *. Parmi les dépenses qu'ils durent enregistrer, plus d'une leur rappela de pénibles souvenirs, comme tous ces remboursements faits à Gondé, leur allié en 16^48, leur ennemi à cette heure et la cause, par ses entreprises militaires, de leurs ennuis. Des frondeurs même présentaient leurs notes de frais. Dans tous les siècles, en France (est-ce un bien? est -ce un mal?) on a oublié vite les dissentiments politiques. En août }GbA, mourut le vieux Broussel, le héros des barricades. Personne n'y prit garde. Son fils, ex-gouverneur de la Bastille, fut reçu conseiller au Parlement en survivance de son père, sans difficulté '. Il avait même obtenu une récompense.
Servien et Foucquet essayèrent de mettre un terme aux réclamations en arrêtant les comptes. Ils travaillèrent également pour l'avenir. En 1654, deuxédits parurent, apportant des améliorations importantes au régime de perception de la taille. Le nombre des percepteurs ou collecteurs fut réduit, et un contrôle de leurs actes institué. L'édit de décembre 1654 est particulièrement digne de remarque. Depuis bientôt deux siècles, on connaissait l'imprimerie; l'administration se décida enfin à s'en servir pour la confection des quittances. La forme en fut arrêtée, et pour le cas où ni le receveur ni l'imposé n'eussent su écrire, on s'en remit au curé de la paroisse. De là au livre à souche, dernier terme des moyens de contrôle, il n'y avait qu'un pas*.
Pendant quelque temps, Mazarin, tout à ses entreprises militaires, trouva que les affaires de finances marchaient
» RihI. nnt., m», n» 106, Colbert V'^ioc, cÎL
• Gut-Patiw, Lettres, t. I, p. 242.
' Ëiiit (le mars 1654, vérifié le 9 lunrs 1654. Édit de décembre 1654, vérifié le 20 mars 1055. Cf. Code des taiUes, t. I, p. 445. • Il sera par nous commis une personne rjui fera imprimer les diUes quittances... qui seront paraphées adudit coinmii et par lui déposées entre les mains du greffier de l'Élection, qui les remetcr.i aux collecteurs. • Ibid,, p. 453. Sully avait créé des modèles d'états de HnanccH. Ce serait un travail bien curieux que celui qui donnerait le formulaire des administrations financières françaises depuis le quinzième siècle.
IIRUWARTH CONTROLEUR. 34T
assez bien. Herwarth était son homme, Tinlime de Colbert \ très utile à la bonne liquidation de Cantarini. Ce failli, bon grë, mal gré, avait dû remettre 1,312,770 livres en billets de rÉparf;ne ou ordonnances et 508,333 livres en assignations, u pour Tafiaire de Mantoue » . Cenarai avait dii également lâclier 650,000 livres de billets en nantissement. Ces effets, de peu de valeur pour bien des gens, prenaient un tout autre prix entre certaines mains. Le Cardinal était aussi très content de Servien, qui donnait audience pendant des heures entières à Colbert'. Quant à Foucqiiet, Mazarin le comblait d'éloges, directs et indirects^. Les temps faciles étaient revenus ; la bonne humeur avec eux.
Rien ne dure.
Ser\'ien était vieux, attaché à son sens. Il prétendit avoir seul qualité pour assigner les fonds; son jeune collègue soutenait au contraire que ce n'était pas là une prérogative de son ancien ; que l'assignation pouvait être faite indifféremment par Tun ou par l'autre, ou mieux par Herwarth. Mazarin, pris pour arbitre, décida que ni Servien ni Foucquet n'écriraient les fonds, mnis bien le seul Herwarth, « homme de son secret domestique » .
Foucquet ne dit mot. Servien, plus directement touché, supporta ce règlement avec beaucoup d'impatience. Il alléguait au Cardinal, qui le savait du reste, que Herwarth, créancier de grandes sommes pour d'anciennes assignations,
1 M Votre Eminence le doit considérer particulièrement, puij(r|iril contribue au bien de kcs nff.iires autant qu'il est en son pouvoir. » Colbert à Mazarin, 22 août 165^. Lettres el Instructions, t. I, p. 227.
LfS compte!* Cantarini et Cenami sont donnés dans une lettre du 28 juillet 1654. Ibid. , p. 225. Ucniarqur'r les chiffres 770.333 qui indiquent un compte par tiers, sans doute entre Cantarini, Cenami et >fazarin.
* Colbert à Maz.irin, 21 octobre 1653. Ibid,^ t. I, p. 212 « M. le procureur {*énéral (N. Foucquet) et vous (l'abbé Foucquet) estes fort bien icy; M. Servien n'y est pas mal. ■ Lettre du 8 aoi)t 1654 d'ui secrétaire de Mazarin à l'abbé Foucquet. Bibl. nat., ms. fr. 23202, p. 130.
' Cf. notamment lettres de Maznr'n à l'abbé Foucquet, du 8 août 1654 et du 26 août i654, de Péronne à N. Foucquet. Rild. nat., ms. fr. 23202,^ p. 316.
De pouvait être ninsi laisse maître de toutes les fiïiances. Sa raison principale était bien curieuse : a Herwarth, disait-il, ëcrivoit fort mal. Après avoir assigné devant M. Foucquet et devant moi pour une ordonnance, un fonds qui ne valoit rien, et pris nos signatures, il lui étoit facile de le changer, n En d'autres termes, Servien disait que lui et son collègue ayant, pour cause ou autre, signé quelque ordre de payement avec Tarrière-pensée de ne point payer, le commis de PÉpargne pourrait altérer leurs intentions et rendre effectif cet ordre qui devait rester un leurre '.
Vers la fin de septembre, Mazarin convoqua les trois rivaux, Servien, Foucquet, Herwarth, non pour les mettre d'accord sur leurs différends, mais pour les inviter de songer à une nécessité plus urgente. Grâce à la facilité d'emprunter, on avait consommé d'avance les revenus de 1655 et de 165G ^ et toutes les affaires dont on avoit pu s'aviser » . Les capitalistes, « faisant réflexion sur la banqueroute de 1648 », songeaient à retirer leur argent. Que faire? manger 1657, suivant l'expression du i«mps? Personne ne voulait escompter de si lointaines espérances. Se passer des préteurs? Loger les troupes dans les provinces, pour y consommer les tailles? C'était manquer de parole aux gens d'affaires qui avaient avancé la valeur de la taille et du taillon. Le Cardinal supplia ses collaborateurs de faire un effort, de s'engager en leur particulier. Il emprunta luimême en son nom. Les trois ministres et leurs commis réunirent quelques sommes, bientôt consommées, tant les dépenses ordinaires et extraordinaires s'accumulaient tous les jours.
On se trouva de nouveau à sec et, qui pis est, avec un crédit épuisé. Cependant, les gardes-françaises criaient, les Suisses, à leur habitude, menaçaient de se retirer; on n'obtenait plus rien des pourvoyeurs de la maison du Roi*.
" FoccocET, Défenses, t. V, p. 60,61.
* Foucquet, Défenses^ t. V, p. 65. Mous n*adineCtoDs ces énoncîatioos de