‹ Nicolas FoucquetChapitre 83 sur 183 · PLAN FINANCIER DE FOUCQDET · texte numérisé non relu

PLAN FINANCIER DE FOUCQDET

Nouveaux conciliabules. Le Cardinal proposa plusieurs fois de toucher aux rentes et de faire une nouvelle banqueroute. Il n'aimait pas ces rentiers qui prélevaient le plus net de Timpôt. Tout récemment, en juin 1G54, excité par Colbert, il avait proféré contre eux et contre le Parlement, leur défenseur, de violentes paroles ' .

Changeant de tactique, il supplia les créanciers de prendre patience; il assembla les traitants, les menaça deleurôter leurs assignations. Vaines menaces. H leur demande alors d'aviser au moins à quelque expédient. » Tout cela ne produisoit rien, sinon que plus on paroissoit alarmé, plus on publioit le mal et plus les bourses se fermoient. » A la fin de novembre, tout était « à la veille d'une confusion plus grande que jamais » .

Le Cardinal ne s'entêtait guère sur une idée préconçue.

Au fond, il préférait Servien à Foucquet*, mais réglant son afFection pour les hommes sur la mesure des services qu'il pouvait en tirer, il ne se dissimulait pas combien le jeune procureur général, le parent et l'allié des riches familles des Maupeou et des Castille, avec son esprit simple

FuucqueC que collaborées par des preuves. Voici une lettre du 20 juin 1654, écrite de Ueihel par un confident de Mazarin à Tahbé Foucquei :

« Cette lettre vous sera remise par le député du Boucrgue,qui en a une de Son Ëminence pour les surintendants^ pour escompter les propositions qu'il fait pour l'exemption du quartier d'hiver prochain de sa province. » Le député offrait 100,000 livres contre un arrêt d'imposition de 130,000, « dont le surplus sera pour les remises et les frais ■ . « Et j*y trouverai quehpie chose pour moys, ajoute le correspondant de B. Foucquet. liibl. nat., ms. fr. 23202, p. 125.

' « Je voudrois que l'affaire des rentes s'accommodât en la manière que le Roy le souhaite. S'ils prennent un prétexte pour ne rien conclure, je vous asseure qu'ils s'y tromperont. Sa Mnjeslé, quelque advantage qu'elle puisse espérer pour ses armes sur la frontière, n'hésiteroit pas à retourner à Paris se faire obéir. • Mazarin à l'abbé Foucquet, Reims, 8 juin 1654. fiibl. nat., ms. fr. 23202, p. 124. Cf. Clémkst, Lettres et Instructions^ t. I, p. 228. « Au nom de Dieu, écrit Colbert, que (V. Ë.) demeure ferme dans la résolution qu'elle a prise de châtier. •

* « Son Ëminence a pour lui (Servien) une estime toute particulière. • Boreel à de Witt, 14 novembre 1653. • Servien ne fait et ne dit rien par lui-même. ■ Ibid.^ Lettres de Witt^ t. 1, p. 60.

et son imagination féconde, son discours aimable et ses paroles engageantes, était plus propre au rôle de surintendant emprunteur que Servien, vieux, égoïste, hésitant, ne montrant qu'un front négatif*. En décembre, il prit à part Foucquet et lui dit en confidence que Servien ne répondait nullement à son attente.

Avec lui, pas d*argent, pas de crédit; par contre, de grands projets de guerre au printemps. « G'étoit chose cruelle de n*avoir aucune ressource devant soi. »

Fouc(|uet répondit avec à-propos. « Il n*estimoit pas que les choses fussent si désespérées ni la subsistance de TÉtat impossible : sans doute, il ne s'étoit pas beaucoup appliqué aux emprunts parce que le Ministre n'avoit pas semblé le désirer, parce qu'aussi M. Servien n*étoit pas d'humeur à s'accommoder aux pensées d'autrui. La vérité, c'est que cette conduite n'éloit pas bonne, qu'on avoit tenue jusqu'alors. Le meilleur moyen étoit d'eu prendre une tout opposée : ne manquer jamais de parole, pour quelque intérest que ce fût, mais ramener les personnes à la raison par douceur et de leur consentement; ne menacer jamais de banqueroute, et ne parler de celle de 1648 qu'avec horreur, pour la délester comme la cause des désordres de l'État, ahn qu'il ne put tomber en la pensée qu'on fut capable d'en faire une seconde; ne toucher jamais aux renies ni aux gages, et n'en pas laisser prendre le soupçon, afin que la tranquillité et l'affection, qui est une autre source de crédit, ne fût jamais altérée : ne point tant parler de taxes sur les gens d'affaires, les flatter, et au lieu de leur disputer des intérests et profits légitimes, leur faire des gratifications et des indemnitez de bonne foy, quand ils avoient secouru à propos. Le principal secret en un uiot estoit de leur don-

1 « Le député de Rouerp,ue est fort satUfait de vous et de M. le procureur général, et fort peu de M. Servien. • Lettre du 11 juillet 1654, écrite par un confident de Maiarin k Tabbé Foucquet. Bibl. nat., ms. fr. 23202, p. 128.

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