JANSÉNISTES. GRANDES DÉPENSES POUR LES HALS ET LES FÊTES
DE l'hiver.
(Janvier 1 G55-novpmlire 1656.)
A Foucqnet la trésorerie, à Servien rordonnancement. Cette division des pouvoirs était très nette en principe, mais en pratique, il en alla tout autrement. Servien, peu accommodant de son naturel, subit cet arrangement plutôt qu'il ne ruccepta, d'autant plus que l'opinion y vit une disgrâce pour lui, une Faveur pour son rival*.
Or, le jour même où ce dernier prit possession de ses fonctions indépendantes, on lui proposa de verser 400,000 livres a l'Épargne contre la rétrocession d'un traité des offices dits quatriennaux et des contrôleurs ^.
1 M J*espère que la disgrâce de M. Servien ne nuira pas à notre République. Je vous prie de me marquer quelles sont les dinposiiion^ de M. Foucquct pour notre Klccteur. ■ Wiit à Doreel, 14 janvier 1655. LcUres el négociations de J. de Witty t. I, p. 292.
• Cf.Édit du Hoy portant création d'offices quatrienn aux (ct'Ht-h'dive îonC' tionnant tous les quatre an^) où ij y en a d'anciens^ d'alternatifs et de trien» naux, 1645. Paris, G. Dugnst, 16V8.
Ce traité appartenait à un sieur Morin, qui n'en avait pas accompli les conditions, mais était conBdent de Servie» et u tout son conseil pour les finances, passant des journées entières avec lui » . il y avait matière à réflexion. Toutefois, le besoin d'argent était si grand, les Suisses criaient si fort, que 1 oucquet, du consentement du Cardinal, passa pardessus toutes les considératiims et déposséda Morin. On fit même mpporler à ce dernier un billet de 500,000 livres représentant pareille somme des vieilles dettes de 1648, remboursées grâce à la faveur de Servien '.
Ces remboursements constituaient une sorte de prime, une diminution convenue du prix du traité. Morin, étant dépossédé, devait rendre le nouveau billet et reprendre l'ancien . Il le rendit, mais protecteur et protégé, atteints dans leur amour-propre et dans leur intérêt, vouèrent dès lors à Foucquet une haine implacable.
A peu de temps de lu, un sieur Boislève, autrefois simple avocat aux conseils, devenu intendant des finances, ayant acheté d un sieur Le Bault, moyennant 33,000 livres, un vieux billet du Trésor de 472,000 livres, se mit en état d'en réaliser la pleine valeur dans un traité avec le Roi, ce qu'il fit, sous le nom de ses anciens associés dans les cinq grosses fermes. Le Bault, désespéré d'avoir vendu un effet devenu si bon et à un si petit prix dont il n'était même pus entièrement payé, présenta requête au conseil, demandant la restitution du billet ou, pour le moins, quelque raisonnable supplément à la somme dérisoire qu'il avait reçue.
Grand esclandre. Servien, « qui, dit un contemporain, ne prenoit aucune part en tous ces traistez n (les contemporains ne savent jamais tout), releva hautement le procédé de Boislève, le qualifia de crime capital en un homme qui avait l'honneur d'être du conseil. Puis, par une concession assez surprenante, il déclara qu'un intendant ne pouvait
' YovcQVEJj Défenses, l. XIV, p. 225.
FOUCQUET CHARGÉ DE f.A TRÉSORERIE. 355
profiter d'une si notable somme sans que le Roi en prit quelque avantage, dans le besoin où il était. De Le BauH pas un mot. Le Roi parta(;erait sa dépouille avec Boislève, et tout serait pour le mieux.
Mais Boislève n'entendait pas partager, ni son gendre Barantin, mailre des requêtes. Tous deux dirent en pleine audience tant de choses outrageantes que Servien fut oblige de s'en plaindre à Mazarin ^ Gela tournait au scandale. Dès le lendemain, un sieur Bernard se présentait au conseil, réclamait le billet, comme en étant le véritable propriétaire. Bernard était un des commis de Foucquet, ami de Boislève, qui, lui-même, était l'agent du Cardinal. Foucquet avait jugé à propos d'intervenir pour mettre à couvert Thomme de Mazarin et le sortir de cette honteuse affaire*.
Le chancelier cependant et le garde des sceaux manifestaient des velléités d'enquête. « Mais, dit le contemporain, toutes choses tomboient en accommodement sous le ministre présent. » Pour donner à Servien un semblant de satisfaction, on exila Boislève à Reims jusqu'à nouvel ordre, et ce fut tout.
L'observateur parisien était bon juge '. On vivait sous le régime des accommodements. Feu de jours après le fameux partage des pouvoirs, Mazarin, sans plus se soucier de l'ordonnateur Servien, envoyait à Foucquet l'état des sommes qu'il voulait toucher chaque mois pour la guerre, la marine, l'artillerie, les fortifications, les ambassades, les «Suisses, sans oublier le jeu, les ballets, l'opéra. De toutes ces dépenses, il se chargeait à forfait, en gros, sans entrer dans leur détail ni rendre compte, même au surintendant. Bien entendu, pas d'assignations, pas de billets; il exigeait de l'argent comptant^.
* Le chroniqueur conlemporain dit au 1\oi.
* « ..Lequel (N. Foucquet) ne jugea pas de la bienséance de rechercher (la faveur) de M. le Cardinal pour mettre, etc.. ■
' Journal <fun bourgeois de Paris, année 1655. Bibl. nai.. fr., 1027C,fo469. 4 Foucquet, Défenses, t. XIV, p. 70.
De Targent comptant! « L^estat des afFaires ne permettoit guère d'en espérer. » Son Éminence ne l'ignorait pas; mais elle s'en remettait à Foucquet de la recherche des voies et moyens, le laissant maître absolu d'accorder telles remises, telles /^ratifications qu'il lui plairait *.
La première pensée du surintendant, il faut lui rendre cette justice, fut de demander des ressources à des impôts régulièrement établis. Il fit dresser dix-sept édits fiscaux, destinés à produire environ 15 millions. Naturellement, on créait de nouveaux offices, quarante-six charges de secrétaire du Roi à mille francs de gages par an, mais, en dehors de cet emploi de vieux moyens, on remarquait dans ces projets un grand esprit d'invention. Taxes sur les baptêmes, taxes sur les enterrements, etc. *. On avait même étudié les législations étrangères, emprunté à l'Espagne l'impôt dit du papier timbré '^.
La nécessité où l'on était d'obtenir de l'argent était bien connue. Pour mieux la marquer encore, le jeune Louis XIV, conduit au Parlement, le 20 mars, y tint un lit de justice solennel. L*avocat général Bignon, au nom des gens du Roi, déclara qu'il consentait à ce qu'il fut mis au dos des édits : lus, publics et registres. Le chancelier prit les voix des assistants, et, ayant prononcé l'arrêt conformément aux conclusions, la séance fut levée.
Cette déférence, toutefois, n'était qu'apparente. Ces édits ne plaisaient pas au Parlement, et un d'entre eux, celui du parchemin et papier marqués, excitait surtout la colère des greffiers, des procureurs, des praticiens de la salle des Pas perdus. Le président Bellièvre leur en laissa espérer le retrait*. Séguier se plaignit de n'avoir connu les édits que le matin même, quand on les lui avait apportés
' FoccQUET, Défenses, t. XIV, p. 73.
* Là Marti:«ière, Histoire de Louis XIV, t. II, p. 310. ' ÂUBERY, Histoire de Atuzarin, l, IV, p. 143.
* Jbid., p 196.