‹ Nicolas FoucquetChapitre 86 sur 183 · CRÉATION D'IMPOTS NOUVEAUX · texte numérisé non relu

CRÉATION D'IMPOTS NOUVEAUX

à sceller'. Tous les conseillers revendiquaient le droit de revoir les déclarations, même vérifiées, comme n'ayant pas été suffisamment libres d'opiner, le Roi présent*. C'était un retour à la Fronde.

Tout à coup le jeune Louis XIV fit annoncer au Parlement pour le mardi, 13 avril, un nouveau lit de justice. On s'attendait bien à des paroles impérieuses, mais quel fut Télonnement des magistrats en voyant ce jeune prince entrer en costume de chasse, justaucorps rouge, chapeau gris; toute la suite en même équipage! La surprise se changea en stupeur lorsque Louis, d'une voix brève et irritée : « Chacun sait, dit-il, combien vos assemblées ont excité de troubles dans mon État. J'ai appris que vous prétendiez les continuer; je suis venu tout exprès pour le défendre. Monsieur le premier président, je vous défends de souffrir aucune assemblée et à pas un de vous de la demander. » Ces quatre mots prononcés, il se lève, sans rien vouloir entendre, et retourne à Vinccnnes, où Mazarin l'attendait'.

Dans son Siècle de Louis XIV, Voltaire, qui possédait un magasin d'accessoires très complet, a mis dans la main du Roi un fouet h sensation, comme plus tard un masque de fer sur le visage d'un prisonnier*.

Avec ou sans fouet, le Parlement s'était senti cinglé par les violentes paroles du Prince. Dès le lendemain, Bellièvre courait à Vincennes, et, Louis n'étant pas encore levé, il obtenait audience de Mazarin. Le Cardinal, se déclarant étranger au coup de colère de son pupille, prodigua de belles paroles au président. Le Roi lui-même se montra

' Journal tTun bourgeois de Paris, loc. cit.

• AcBERT, ibid., t. IV, p. 145.

' Journal d*un bourgeois de Parif pendant la Fronde. Bihl. nat.,fr., 10275, p. 328; AuBERT, Histoire de Mazarin, t. IV, p. 145; MonTCUT, Mémoires, p. 306.

* « En grosses boues, le Fouet à la main. » Voltaire, Siècle de Louis XIV, t. III, chap. xxT. Cf. Histoire du Parlement, ckap ltii. lleste à trouver Tori gîne (lu propos : VÈtat^ cest moi.

très doux , n témoigna qu'il n'étoit en aucune manière mécontent de la compagnie, sans néanmoins autrement s'expliquer ' » . Bellièvre, de retour au Palais, raconta sa visite en termes si favorables que Colbert, toujours aux aguets, s'empressa d'dcrire à Mazarin, de lui signaler ce discours, où il semble que le souverain ait fait amende honorable au Parlement, de dénoncer en même temps la confiance audacieuse des conseillers, gens qu'on doit au contraire terroriser*. Colbert exagérait. Bellièvre, assez peu rassuré par sa première visite, en fit une seconde un ou deux jours après. Cette fois, on se borna à promettre une réponse par écrit, que le lundi suivant Le Tellier apporta. Le Roi autorisait la compagnie à s'assembler, mais non au sujet d*édits vérifiés en 5a présence '. La Cour n'en décida pas moins qu'on « députeroit vers le Roi, pour le remercier très humblement » , qu'on le prierait encore de maintenir les conseillers dans leurs privilèges, en leur permettant de se réunir « pour la lecture des édits^ » .

Bien que l'opinion publique se montrât peu favorable au Parlement **, Foucquet, très prudent, suppliait Mazarin de ne

' AuRERT, Histoire de Mazarin y t. IV, p. 146.

• Colbert à Mazarin, 16 avril 1655. P. Clémest, ÏMtres et Instructions^ t. I, p. 234.

• AuBERT, Histoire de Mazarin, t. IV, p. 146.

Cette phase de la né{;ocintion a échappé à henucoup (l*I:istoriens.

• AuBERT, Histoire de Mazarin, t. IV, p. 147.

^ • Le Boi,

Voulant empêcher rassemblée Qu'on méilitoil au Parlement, Sans son ordre et ronseniement, Se rëzolut d'aller luy-mesme, Y montrer son pouvoir suprcsme.

Il s'y transporta, donc, mardy, Et d'un front serein, mais hardy, II enjoignit à l'assisiiance Le devoir et l'obéissance, Allf^guani les raisons, pnurquoy :

Mais il parla si bien en Roy, Que tout le mieux qu'on puisse faire, C'est d'obéir et de luy plaire. ■

LoRETy La Mute historique, 17 avril 1655, t. Il, p. 39.

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