INDEMNITE PAYEE AU GOUVERNEUR
grande révérence^ en témoignage de la joye que chacun avoit de la déclaration que (le maréchal) venoit de faire, qu'il n'avoit pas le dessein de faire entrer les ennemis dans la ville, M. le Ma'ieur lui dit : Monseigneur, vous pouvez vous assurer que tous les habitants mourront avec vous pour le service du Roy. A quoi il repartit avec une face gaie : Voilà ce que je souhaite, je ne vous demande autre chose; je vous remercie et me fie sur votre paroUe. Cela dit, chacun est sorti de la chambre, en luy faisant révérence. Cette action mit les esprits des bourgeois un peu en repos * . »
Le lendemain, 19 novembre, Navailles arrivait, accompagné du comte de Noailles. Messieurs de la ville s'empressèrent d'aller leur offrir le vin d'honneur, et Noailles donna à entendre que ce voyage ne serait pas inutile; mais l'entretien n*alla pas plus loin, Hocquincourt, toujours très soupçonneux, ayant envoyé un espion pour écouter tout ce qui se dirait. Le 21, les négociateurs repartirent pour Compiègne, et presque aussitôt, Bouteville, Gintau, capitaine des gardes de Condé, le Carme Arnolphini déguerpissaient en toute hâte, pressés de mettre les Espagnols au courant de ce qui se passait^. A Paris, le bruit courait qu'un accord entre le maréchal et M. le Prince était conclu.
On assista dès lors à un véritable marchandage. Le général espagnol Fuensaldagne avait fait venir de Madrid 400,000 écus, et pensait n'avoir plus qu'à les compter à Hocquincourt'; mais Mazarin, après avoir poussé les hauts cris, avait fini par demander à Nicolas Foucquet si l'on pourrait réunir en tout ou partie les fonds nécessaires pour « une récompense » à donner au maréchal. Le 23, il attendait la réponse avec impatience^; car ce jour-là, le gou-
1 Ms. Deliaussy, f» 183.
< Ms. Dehaussy, F» 183 r«.
* Boreel à de Witt, 19 novembre 1655. LeUres, t. I, p. 356.
^ Navailles, Mémoires, p. 111.
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verneur du Catelet était revenu à Péronne. Enfin, le 26, Navailles et Noailles se présentèrent, les mains garnies. Foucquet avait fait des prodiges et réuni en quelques jours 300,000 écus, engageant sa signature personnelle et celle de ses amis. Grâce à ce tour de force, on put traiter à de meilleures conditions. Moyennant 200,000 écus, Hocquincourt rendit au Roi le gouvernement de Ham, et se démit de celui de Péronne en faveur de son fils'.
Le jour même, le maréchal envoyait à Paris un homme de confiance pour toucher Targent*. Il faut être juste. Le vieux soldat n'oublia pas sa maîtresse et stipula la mise en liberté de Mme de Chàtillon. Mazarin prévint Tabbé Foucquet : « Peut-être que le maréchal aura donné ordre à quelqu'un de voir ladite dame, pour savoir si elle est véritablement libre; je vous prie donc de faire en sorte que tout se passe bien '. » On craignait que le galant abbé ne voulût pas rendre son aimable prisonnière, et même la chronique scandaleuse affirme qu'il la garda encore huit jours *.
Au surplus, Tamoureux Hocquincourt ne perdait pas la tête. Aux 200,000 écus, il fit joindre de belles et bonnes lettres de rémission, enregistrées en Parlement sur conclusions conformes du procureur général Foucquet. Si les actes du gouverneur avaient paru blâmables, sa pensée était restée innocente; il s'était mépris sur les intentions du ministre comme le ministre sur les siennes; enfin, le Roi voulait qu'on n'en parlât plus^.
On prétendit plus tard que le maréchal n'avait jamais eu l'intention de livrer ses places à Condé, qu'il joua la
^ Maznrin à Tabbé Foucquet, 23 novembre iC55. Bibl. nat., tns. fr. 23202,
* Mazarin à l'abbé Foucquet, 27 novembre 1655. /&/</., p. 173.
* Ms. Dehaussy.
* Bussy-Rabutin, Histoire amoureuse des Gaules, t. I, p. 250.
* Ms. Dehaussy.