‹ Nicolas FoucquetChapitre 91 sur 183 · MORT DU FILS AÎNÉ DE FOUCQUET · texte numérisé non relu

MORT DU FILS AÎNÉ DE FOUCQUET

(Janvier-décembre 1656.)

La Reine était naturellement douëe d'un goût délicat. Mazarin aimait les grands spectacles et les belles choses. L'ambassadeur français à Londres surveillait à la fois la politique de Gromwell et les bonnes occasions à saisir dans la dispersion du mobilier de la couronne d'Angleterre'. On donnait des fêtes; on remeublait les palais et les châteaux, très délabres pendant les troubles. La paix et ses plaisirs ne coûtaient pas moins que la guerre et ses hasards. On faisait donc plus que jamais appel aux surintendants, qui recouraient à des expédients parfois malheureux.

En tout temps, les financiers ont incliné à prendre les moyens qui leur ont déjà réussi. Vers la fin de 1655, on essaya d'attirer encore le capital aux emprunts du gouvernement, en décriant la valeurde la monnaie. On annonça la frappe de lis d'or et d'argent, à un titre qui rendait cette mesure préjudiciable aux détenteurs d'espèces. On espérait

* CosiiàC, Souuenirt du règne de Louis XI Vy t. IV, p. 237.

ainsi les induire à prêter plus facilement au Roi ', qui, lui, recevait toutes les monnaies, les faibles comme les fortes.

Le succès ne répondit pas à ces espérances. Au Parlement, les chambres s'assemblèrent, malgré la défense royale. L'exil de cinq conseillers ne rétablit pas le calme. Le premier président, Bellièvre, reçu au Louvre le 4 février, insista de nouveau sur trois points : sur le droit pour les magistrats de s'assembler, droit essentiel; sur l'injustice des mesures monétaires projetées; sur le rappel des exilés. Deux jours après, l'avocat général Bignon concluait à des remontrances itératives, en termes si forts, que le Parlement en décida l'insertion dans ses registres. Emporté par son éloquence, l'homme du Roi recommanda d'imiter Jacob, qui « même blessé à la hanche n'avoit pas laissé de lutter avec Dieu'» . Pour la seconde fois eu moins de deux mois, on entendait un avocat général se prononcer contre le ministère. C'en était trop. Bellièvre et les présidents, Bignon et Talon furent mandés. Servien. suppléant le chancelier, leur déclara que s'ils persistaient dans leur résistance, le Roi tt leur feroit éprouver son ressentiment» d'une telle manière, « que la postérité auroit peine à le croire ». Et le jeune prince, bien stylé, ajouta : « Messieurs, on vous l'a dit, faites-en votre profit. » L'infortuné Bignon fut tout particulièrement pris à partie. En vain s'excusa-t-il de son mieux; en vainlui parut-il que le Roi, sous sa colèredecommande, avait laissé voir une grande sympathie pour son vieux serviteur; au fond, il avait reçu un coup mortel. A partir de ce jour (8 février), il languit et, peu après, mourut*.

H était toutefois plus facile à Servien de rudoyer les par-

' BoiZARD, Traité des monnaies, i. î, p. 311. Boreel à de Wiu, 7 janvier 1656. Lettresy i. f, p. 386. L'ambassadeur kollaodais tenail très soigneusemeni son gouvernement au courant de ces variations de la monnaie. TrRE55B, Mcmoires, t. 11, p. cxi. Nous avons signalé plus haut TeiTeur chronologique commise par le rédacteur de ces Mémoires.

* Boreel à de Wict, 18 février 1656. Lettres, t. I, p. 403.

* Abbé PÉR&r, lie Je Af, Bit^non, £• part., p. 87.

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