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NOUVELLE MESURE MONETAIRE

lementaires qu'à Nicolas Foucquet de trouvercet argent dont Mazarin déclarait avoir plus besoin que jamais', pressant le surintendant de « mettre toutes pièces en œuvre » pour, en obtenir.

C'était un principe pour cet habile financier qu'en ces affaires la violence ne servait à rien. Puisqu'une seconde opération sur les monnaies ne réussissait pas, mieux valait y renoncer, en sauvant la dignité du pouvoir. Le Cardinal approuva ces propositions. Foucquet prépara un arrêt, sorte de transaction qu'on fit accepter au Parlement, en lui accordant le retour des exilés*. Pour la forme, on maintint la frappe des lis. Un marchand, ayant refusé la nouvelle monnaie, fut condamné à 50 écus d'amende, et la Gazette fit savoir qu'à l'avenir les récalcitrants ne s'en tireraient pas à si bon marché*. C'était une retraite habilement couverte.

A ce moment, tous les Foucquet étaient sur la brèche. L'aîné, François, évéque d'Agde, servait de porte-parole au gouvernement dans l'assemblée du clergé*. L'abbé n'était pas si occupé de Mme de Châtillon qu'il ne fit fort sévèrement la police de Paris *. Enfin, Louis se rendait à Rome, en apparence pour y solliciter à raison d'intérêts de famille, en réalité pour espionner les agissements du cardinal de Retz*.

La question Retz, toujours ouverte, redevenait aiguë. Quand l'archevêque, en décembre 1654, lança la « lettre auxévêques» , violent pamphlet dont s'émut toute la France, Basile Foucquet provoqua une sentence du Chàtelet, et fit brûler l'épître cpiscopale par la main du bourreau. On l'appela » le promoteur, l'exécuteur le plus eschauffé des

' Mazarin ^ N. Foucquet. Saint-Germain en Laye, 4 mars i656.6ibl.nnt., niJi. fr. 23202, p. 324.

• LonET, La Mute historique^ mars 1656, t. II, p. 175.

' Lettre ci-dessus citée. Boreel à de Witt, 15 mars 1656. Lettres^ 1. 1, p. 419.

^ Mazarin à N. Foucquet, 4 mars 1656. fr. 23202, p. 324.

' BussY, Histoire amoureuse, t. I, p. 216.

^ JOLT, Mémoires^ p. 122. CF. Valfret, Hugues de Lionne; CbbroeL, Hit^ toire du ministère de Mazarin^ t. Il, p. 239. Le savant académicien conFond par mégarde Yves avec Louis. Yves était mort.

résolutions de la Cour » . Il s'en moqua. Entre ces adversaires politiques, pas plus de loyauté que de justice. Betz ayant soutenu a Rome les prérogatives des cardinaux français contre les prétentions espagnoles et protesté fièrement, loin de le remercier, on le blâma. Une nouvelle fut lancée dans toutes les feuilles politiques que cette belle protestation n'était qu'une comédie concertée avec les Espagnols; Retz n'avait protesté que pour se foire battre. A leur tour, les partisans de l'exilé imputèrent cette calomnie à Basile Foucquet, à ce fourbe, « surintendant de la Gazette et de toutes les affiches de Paris » . La vérité, c'est que Fidée première partait de Lionne, ambassadeur auprès du Saint- Siège ; seulement, elle avait été reprise à Paris par des gens habiles qui du premier coup touchaient à la perfection dans Tart des communications semi-oificielles '.

On ne négligeait rien pour anéantir les partisans de l'archevêque de Paris. Guerre de libelles, adroitement distribués par Basile Foucquet, dans la ville et dans la province, dans le conseil et dans le Parlement, dans le chapitre, même à l'étranger. Colbert, Ondedéi étaient placés sous les ordres de l'abbé'. Un traître s'offre pour espionner Retz. Mazarin veut qu'on l'embauche'. Ne rien épargner pour découvrir l'audacieux imprimeur de la lettre du Cardinal et le punir rudement, même s'il se trouve que ce soit Vitré. Il serait très important d'arrêter Roussereau. Portail, avocat au Parlement, est « une manière d'intendant » de Retz, correspondant de Joly. Le président Blancménil, plusieurs autres s'assemblent au faubourg Saint-Antoine, s'entretiennent de ce qui se fait chez le duc d'Orléans, amassent de l'argent pour l'envoyer à Bome^; les surveiller.

' Valfbet, dans ton ourra^ Iluguet de Lionne, ses awdmtiades em lialie, p. 243. Gazette de France, 1655, n* 50.

* Mazarin à Tabbé Foocquel, 18 juin 1655. BîLl. nat., ms. fir. JUSStMj

' Il Tant accepter Toffre de Vaste. Lettre da 18 joiii 1655, déj^ citée.

« Lettie du 22 juin 1655. Fr 23Î02, p. 154.

LOUIS FOUCQUET A ROMK. 37T

Quel malheur qu'on ne se soit pas saisi des papiers de Mattarel, surtout de sa correspondance avec Retz! Enfin la peur domine toujours Mazarin. Un prêtre de Paris l'a avisé qu'on a quelque dessein sur sa personne. Examiner ce prêtre ^

Si Basile comblait la Bastille de prisonniers, on voit qu'il ne cédait pas à son seul génie policier.

Louis Foucquet, alors âgé de vingt-trois ans à peine, montrait la même vivacité d'esprit que ses aînés, la même aptitude aux affaires. Conseiller clerc au Parlement de Paris, pourvu d'une abbaye, s'étant déjà acquitté dune sorte de négociation diplomatique', il était parti, comme on l'a dit plus haut, en mission officieuse pour l'Italie.

Le représentant de la Franceù Rome étaitalors Hugues de Lionne, diplomate habile et très appliqué, chargé de défendre les intérêts français au conclave et de surveiller Retz. Bien que neveu deServieu, qui n'aimait pas les Foucquet, Lionne avait conservé des relations amicales avec le procureur général. Couime il avait reçu jadis 1 hospitalité à Belle*Âssise, il ouvrit au frère de Nicolas les portes de l'ambassade. On va voir se reproduire à Rome toutes ces intrigues dont l'enchevêtrement rend si difficile la découverte de la vérité.

Presque en même temps que le jeune conseiller clerc, arrivait un vieux conseiller de la grand'chambre, Foucquet- Croissy, l'ex-agent du prince de Condé, Tex-compagnon de Retz au donjon de Vincennes. Condamné par transaction à une sorte d'exil, il s'était retiré à Florence, où le grand-duc ne Tavait pas admis sans quelque soupçon, surtout après avoir fait passer à son cabinet noir (cette institution est aussi vieille que la poste et durera tout aussi longtemps qu'elle) la correspondance du soi-disant ennemi de Mazarin'. Retz, au contraire, l'accueillit à bras ouverts, avec sa témérité accoutumée. Plus son entourage témoignait

I Lettre du 11 juillet 1655. Fr. 23202, p. 159.

* Boreœ ad populos, dit Cossaiit, Poemata, p. 259.

' G. JoLT, Mémoires, p 132.

pour le nouveau venu des sentiments répulsifs, plus il le recherchait. D*un autre côté, Lionne, dans ses dépêches les plus confidentielles, se montrait fort inquiet des agissements de Foucquet-Croissy. Jamais ni son oncle Servien ni Mazarin ne parvinrent à lui mettre Tesprit en repos.

Par contre, on apprit à Paris que Louis Foucquet, Thôte de l'ambassade, rendait au Cardinal exilé des visites nocturnes, que dans ces entretiens les secrets de la politique française étaient révélés. Le bruit cour ait même que le jeune conseiller avait été encore mieux reçu par Tambassadrice que par Tambassadeiir, et il faut avouer que la réputation de Mme de Lionne prêtait à la médisance. Servien, qui n'était pas dans le secret, admonesta son neveu, lui insinua de ne pas tant parler, ni devant ses jeunes attachés, ni devant sa femme. Peu s'en fallut que Lionne ne se fâchât. Il répondit par un éloge sans restriction du frère du surintendant. « PlQtà Dieu que le Roi et ses ministres trouvassent beaucoup d'aussi bons serviteurs! » En tant que mari, il ne comprit même pas les avis à peine déguisés de Servien '.

Comment d'ailleurs ce diplomate n'aurait-il pas vécu en toute confiance! Il avait dans ses bureaux un employé aposté par lui avec mission spéciale et obligatoire de le trahir, de livrer à Retz des pièces confidentielles, rédigées tout exprès en vue de ces fausses trahisons !

Quant à ce dernier, malgré toute sa finesse, il se laissa prendre par le jeune Foucquet, qui l'amusait avec des indiscrétions vraies ou imaginées à plaisir et surveillait tous ses agissements.

Aussi fautil renoncer à démêler ces échevaux embrouillés à plaisir pour s'en tenir aux faits et aux résultats, ce qui constituait au surplus, après tant de ruses, la seule règle de conduite des hommes d'État de ce temps-là. Lionne, malgré son application, malgré son habileté, ne fut pas heu-

' Valfiiet, Hugues de Lionne et ses ambassades en Italie, p. 344.

reux dans ses négociations auprès de la Cour pontificale. Les demandes de poursuites contre Retz n'aboutirent même pas à un commencement d'instruction. Tout au rebours, le Cardinal obtint les honneurs du pallium ^ L'ambassadeur se fît rappeler à Paris. Quant à Louis Foucquet, il quitta Rome vers la fin de mai 1656 ^. Dans cette comédie politique, il n'était sans doute que le confident de son Frère Nicolas, confident lui-même du grand imprésario Mazarin. En tout cas, les deux maîtres furent satisfaits de la manière dont leur élève avait rempli son petit emploi.

Foucquet servait son ministre, sinon volontiers, au moins très loyalement dans cette guerre d'extermination entreprise contre Retz. Une procédure comme d'abus fut commencée si énergiquement, que le premier président Pomponne de Bellièvre en témoigna un vif mécontentement et s'en prit avec beaucoup d'aigreur au procureur général, dont Colbert lui-même était forcé de reconnaître le zèle^.

Mazarin attachait d'ailleurs la plus grande importance à ce qu'on ne perdît pas de vue les partisans de l'archevêque. Au plus fort des soucis causés par le siège de Valenciennes, il signale un certain abbé de Saint-Jean, très suspect, et des réunions de cabaleurs, chez les parents de Joly*. Huit jours après, il insiste. Cet abbé est le frère de Dorât, un conseiller au Parlement, « qui a esté au cardinal de Retz » ; ordre de l'arrêter, ainsi que le sous-chantre de Notre-Dame^. L'assemblée du clergé le préoccupe. Le Roi écrira aux commissaires de s'y rendre et de parler suivant ce que leur dira Nicolas Foucquet®.

Nicolas est l'homme de confiance et de ressource. Le

* JoLT, Mémoires, p. 122, 123.

* Valfrey, Hugues de Lionne, ses ambassades en Italie, p. 346.

* Lettres, etc., t. I, p. 241. I.etire du 4 juin J656.

* Mazarin à l'abbé Foucquet. La Fère, 30 juin 1656. Bibl. naC, ms. fr. 23202, p. 189.

* Maznrin à Tabbé Foucquet. La Fère, 16 juillet 1656. Ibid., p. 198. 0 Mazarin à Tabbé Foucquet, 13 juillet 1656. Jbid., p. 195.

ministre exige incessamment de Targent. Rien ne lui est plus pénible, mais qu^on pense h son triste état. Sa misère est « au delà de toute expression ». 700,000 livres sont dues aux deux armées. Pas un sou de disponible pour les fortifications, pas de chevaux. Il faut que le « procureur général » complète les 2,500,000 livres promises; d'autant que Ton a dû détourner une partie des fonds pour les envoyer en Catalogne, où les troupes se mutinent. Aussi veille-t-il sur la sécurité de son cher ami. Il craint qu'on ne veuille Tenlever. Basile et Nicolas ne devront pas sortir de Paris, et Basile n'ira par les rues que bien accompagné, surtout de nuit ^

On allait précisément avoir plus besoin que jamais du surintendant. L'armée française, qui assiégeait Valenciennes, fut mise en complète déroute. Devant ce revers, Mazarin montra une grande force dame. Conciliant dans la prospérité, fier dans le malheur^, cette défaite ne le décidera pas à chercher les bonnes grâces du prince de Condé'. On ne peut empêcher la canaille, les partisans du Prince et ceux de Retz de parler; mais on arrêtera les malintentionnés. Se garder cependant d'augmenter la garnison de la Bastille. Il ne faut rien affecter en ce moment^. Courage et sang-froid. « Tout le monde n'est pas mort^! »

En même temps qu'il tenait ces propos courageux, le Cardinal appelait à l'aide, demandait de l'argent, sans bien savoir d'où il pouvait en venir. Un jour, il déclare qu'on ne peut compter sur le clergé ni sur l'aliénation d'un droit du marc d'or. Le lendemain^ il croit, on lui a dit ^ qu'on pourrait tirer

1 M.izarln à Pabbé Foucquet, 13 juillet 1656. Ms. fr. 23202, p. 195.

* Voici les propres expressions Je Mazarin: « Autant on a de douceur dans lf*s félicitôfl, autant on aura de tierté dans le malheur, n Mazarin h l'alibé Foiicr^uet, 19 juillet 1656. Ribl. nat., ms. fr. 23202, p. 200.

* Mazarin à Tabbé Foucquet, 29 juillet 1656. Ihid,, p. 207.

* Lettre du 19 juillet 1656, ci-dessus citée.

* Mazarin à Nicolas Foucquet. La Fère, 21 juillet 1656. Bibl. nat., ms. cité, p. 332.

^ Lettres du 19 et du 21 juillet, déjà citées.

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