‹ Nicolas FoucquetChapitre 93 sur 183 · DEROUTE DE VALENCIENNES · texte numérisé non relu

DEROUTE DE VALENCIENNES

600,000 ccus du clergé. Il prie Herwartii d'emprunter 200,000 francs sur ses pierreries et tapisseries qu'il engagera de bon cœur. Un courtisan a fait savoir « qu'il avanceroit une somme et en traiteroit en secret avec le procureur général » . C'est toujours à Nicolas Foucquet qu'il en revient pour être vite secouru, « car, il le sait bien, tous les secours qui tardent à venir ne nous serviront pas de grand chose ' » .

On avait fait appel h la bourse des fonctionnaires et reçu beaucoup de réponses évasives. Le chancelier Séguier consentit à prêter quelque argent, si on lui donnait des gages'. Colbert, tout récemment nommé conseiller d'État', offrit 100,000 livres, la dot de sa femme qu'il venait de toucher *. On ne sait ce que Herwarth trouva sur les hardes. du Cardinal. Au total, peu de chose.

C'est alors que Foucquet intervint avec sa décision accoutumée. Il ne s'adressa ni au clergé, toujours très lent à dénouer les cordons de la bourse, ni à l'Ordre du Saint-Esprit, dont les droits dits du marc d'or ne pouvaient être aliénés facilement. Il fit appel à ses parents, à ses amis, engagea leurs signatures et la sienne. En quatre jours, il trouva 900,000 livres, non en promesse, mais en écus sonnants. Des relais de charrettes, préparés par ses soins ^ pendant qu'on réunissait l'argent, le voiturèrent rapidement à la Fère, ou l'arrivée inattendue de ce subside rendit la confiance au Cardinal étonné et ravi.

Dès le 24 juillet, Nfazarin envoyait ses gardes a Compiègne au-devant du convoi. « Je sçay, écrivait-il à Foucquet, que vous avez trouvé cette somme sur vos obligations particulières, et que vous avez engagé tout ce que vous aviez au monde pour nous assister dans la conjoncture présente; et

> Mazarin h Nicolas Foucquet, 21 juillet 16^6. Bibl. nat., ins. cité, p. 33t.

• FoucguET, Défenses^ t. XIV, p. 190.

* 10 janvier 1656. LeUreset Instructions, t. VU, p. 890. ^ LeUreset Instructions, t. I, p. 248; t VII, p. 391.

^ Bavaisson, Archives de la Bastille^ t. II, p. 275. (Interrogatoire de Foucquet À la Chambre de justice en norembre 1664.)

je sçay aussi que vous n'avez rien que vous ne voulussiez sacrifier, non seulement pour le service du Roy, mais pour le mien particulier. J'en ai la reconnaissance que je dois et je suis touché au dernier point de la manière dont vous en avez usé. J'en ay entretenu au long Leurs Majestés, lesquelles sont tombées d'accord que vous estes plein d'un zèle très effectiF, qu'on doit faire cas d'un ami fait comme vous. Elles m'ont donné charge de vous remercier de leur part de l'effort que vous avez fait, et de vous asseurer qu'EUes en conservent le souvenir. Il faudra que vous repreniez cette somme sur le premier argent qui viendra des affaires qui sont sur le tapis ' . »

Comme le naturel revient au galop, le Cardinal, à peine tiré d'embarras, sollicitait pour les siens. « J'ay honte, ajoutait-il, de vous parler d'argent après ce que vous faites. » Il a honte, mais il recommande son neveu, le prince de Conti^, très chagrin de n'avoir pas un sou. Le même jour, écrivant à Basile Foucquet, il lui marquait encore sa surprise et sa joie du secours quasi inespéré des 900,000 livres envoyées par son frère Nicolas. « Il fait bon d'avoir des amis si zélés et si effectifs '. »

En effet, Mazarin était à même de constater le peu de valeur de ses vues financières comparées à celles de Foucquet. Le jour où les charrettes du surintendant étaient annoncées, le Cardinal recevait à la Père la députalion de l'assemblée du clergé, de ce clergé dont il avait espéré tant de secours. Elle ne lui apportait que des doléances *. En guise de réponse, on dépécha à Paris d'Aligre, qui demanda de l'argent à l'assemblée, ajoutant brutalement que le Roi

• Procès, t XIV, p. 379. Mazarin à M. le procureur général. La Fère, 24 juillet 1656.

« Cf. Mazarin h TaLbé Foucquet. La Père, i 9 juillet 1656, déjà citée. Gourvillc était venu à la Fèrc de la part du prince de Conti.

> Mazarin à Hasile Foucquet, 24 juillet 1656. Bibl. nat., ms. fr. 23202, p. 205.

* Le Paice, Histoire de la détention du cardinal de Relx, p. 60.

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