DENIS TALON ET FOUCQUET
prendrait parforcecequ'onneluioffrîraîtpas de bonne grâce. Messieurs du clergé, sachant bien que Targent est insaisissable, déclarèrent qu'on ne tirerait pas un sou d*eux avant de leur avoir donné satisfaction ', c'est-à-dire avant d'avoir mis en liberté le grand vicaire de Paris, emprisonné dans la Bastille. Mazarin, très mécontent, n'en dut pas moins céder. Use contenta de recommander à Nicolas Foucquet de les surveiller et de les empêcher de nuire '.
Le Parlement donnait autant et plus d'inquiétudes que le clergé. Depuis longtemps, il se plaignait des évocations de procès faites par le conseil du Roi au mépris de sa juridiction. Â raison d'un arrêt du 18 aoilt 1656, rendu dans une de ces assemblées des Chambres si odieuses au gouvernement, les magistrats furent mandés à la Fère. L'avocat général Denis Talon faisait partie de la députa tion.
On a déjà rencontré plusieurs fois ce personnage. Peu de jours après ce voyage, il entrait en conférences secrètes avec Colbert, qui, naturellement, en fit rapport à son maître et présenta Talon comme « fort bien intentionné pour le service du Roi » . Il l'en a fait assurer par sa mère; en toutes circonstances il promet de concerter « les choses qui seroient à faire » ; mais la mère et le fils conjurent Son Éminence de leur garder le secret.
Évidemment, l'avocat général offrait son concours à côté ou plutôt en arrière du procureur général Foucquet.
Chose étonnante, ces ouvertures ne furent pas bien accueillies par le ministre. Talon, selon ce dernier, chasse de race, persuadé que le Parlement ne peut faillir. Plus inflexible que son père, au lieu de faire des excuses, il a défendu l'arrêt incriminé. Il s'est même servi des termes : Messieurs du Parlement, alors qu'on n'a jamais dit que vostre
' Le Paice, Ilistoii'e de lu détention du cardinal de Retz^ p. 62.
* Mazaiiii à Basile Foucquet, 29 juillet 1656. La Fère. — Mazarin ù Nicolas Foucquet, 30 juillet 1656. Bibl. naC, ras. fr. 23202, p. 207 it
Parlement ou la Compagnie. Il a encore dit : a L'ordre précipité qu^on û envoyé pour faire venir le Parlement îcy. » Ou Mazarin est bien trompé, ou ce Talon ne songe qu*à s'acquérir du crédit dans sa compagnie, « ce qui ne peut estre (ait qu'à nos despens » .
Colbert abandonne aussitôt son protégé. « Pour ce qui est de M. Talon, il n'a jamais cru que ce fût un homme à s'y abandonner entièrement, mais seulement à ménager; ilTestime du nombre des serviteurs tièdes, qui, dans les grands coups du rétablissement de l'autorité royale, ne mériteraient pas d'être exceptés. Pourtant, on en peut tirer quelque avantage tant que les affaires resteront en l'état où elles sont '. »
Effectivement, Theure n'était pas encore venue de frapper ces grands coups du rétablissement de l'autorité royale. Tout au contraire, le 10 septembre, on élargissait le vicaire général Chevallier' et, le lendemain de cette concession, on apprenait que le terrible Retz était parti de Rome, sans qu'on sût bien exactement vers quel pays il se dirigeait.
Mazarin laissa voir une inquiétude extrême. Une ordonnance datée de Gompiègne, le 14 septembre 1656, reproduisit les injonctions violentes de celles du 24 août 1654 '. Colbert fut chargé de la communiquer au chancelier, à Servien, à Foucquet.
Les deux premiers abondèrent dans le sens du ministre. Foucquet, plus maître de lui, plus sincère^ déclara qu'il ne convenait pas de faire un si grand éclat, montrer tant de crainte, et par là donner courage aux malintentionnés. Au contraire, il faut affecter de ne pas croire Retz assez fou pour tt se venir commettre à un péril certain » . Gela n'empêchera pas de faire toutes diligences auprès
1 Colhert à Mazarin, 7 septembre 1656; autre de Colbert à Mazarin du 10 septembre, et réponse de Mazarin du 9 septembre suivant. LeVres de Col' bert, t. I, p. 258, 259.
* Lb Paigb, Histoire de la détention du cardinal de RetZy p. 71.
3 Le Paige, Histoire^ etc,^ p. 72.