‹ Nicolas FoucquetChapitre 95 sur 183 · CRAINTES DU RETOUR DE RETZ · texte numérisé non relu

CRAINTES DU RETOUR DE RETZ

des gouverneurs, des intendants, de toutes les autorités pour découvrir sa marche, son séjour, pour Tarréter si cela se peut. L'avis était si judicieux, que Colbert le partagea. Mazarin, remis de ses alarmes, écrivit qu'il était « entièrement de Tavis de M. le Procureur général ' » .

Foucquet avait vu juste. Retz n'osa se montrer. Cette menace d'invasion finit assez piteusement en une sorte de fuite et de courses à la dérobée, d'auberge en auberge. Les partisans de l'archevêque eux-mêmes perdirent de leur assurance. Quand la Cour publia que Retz serait saisi et jugé, l'assemblée du clergé ne fit qu'une réserve, celle du jugement par ecclésiastiques *.

Deux fois en deux mois, Nicolas Foucquet par son zèle, par son énergie, par son sang-froid, s'était montré l'homme de la situation.

Il était entouré d'une famille non moins « effective » que lui dans ses bons services. Basile continuait de remplir ses fonctions mi-parlies diplomatiques, mi-parties policières. Par ses soins, la duchesse de Châtillon agissait sur l'esprit de Condé ^. L'évêque d'Agde travaillait le clergé. On a vu comment se comportait à Rome le jeune Louis Foucquet.

A Yalenciennes, deux Maupeou, cousins du surintendant et capitaines aux gardes, étaient morts glorieusement. L'un d'eux, à demi enterré par l'explosion d'une mine, brisé, se couvrant d'une pelle de pionnier, continua de donner des ordres à ses hommes, jusqu'à ce qu'il succombât à ses quatorze blessures ^.

> Colbert à Mazarîn, 10 septembre 1656. Lettres, t. I, p. 259.

* 14 novembre 1656. Lb Paiok, loc, cit., p. 75.

' Mazarin à Basile Foucquet, 2 août 1656. La Fère. Il parle de la dame qui est à Paris et qui veut servir ses amis près de Condé. Bibl. nat., ms. fr. 23202, p. 209. Cf. Boreel à de Witt. t La Cour a mandé la duchesse de Châtillon. On se sert d'elle dans les affaires de M** le Prince de Condé. • i" septembre 1656. Lettres, t. I, p. 483.

^ Il s'appelait Maupeou de Noisy. Lettre de Mazarin k Tabbé Foucquet, 16 juillet 1656. Bibl. nat., ms. fr. 23202, p. 198. Cf. Nouvel Estât de la France pour 1658, p. 500; Estât de la France pour 1661, p. 587.

Les Foucquet de province exerçaient leur influence à Rennes par leurs cousins germains, présidents, conseillers au Parlement de Bretagne, à Angers par les Cupif. Un de ces derniers avait bien causé quelques ennuis par sa conversion au protestantisme et ses prédications à Leyde comme pasteur de TÉglise wallonne '. Par contre, Robert Cupif occupait le siège épiscopal de Dol '; Cupif d'Aussigny était maire d'Angers'. Du chef des Maupeou, Kicolas Foucquet agissait sur la Chambre des comptes et sur la Cour des aides ^. Par les Castille, ses alliés, il utilisait les forces de financiers puis* sants, les Jeannin de Castille^. La famille de sa première femme lui demeurait attachée. Sa mère enfin, noble et charitable personne, qu'à juste titre on appelait déjà la sainte, était devenue populaire par son dévouement à soigner les pauvres malades, par son habileté à leur préparer des remèdes souvent efficaces, et cette popularité de bon aloi profitait à tous les siens ^.

Les Foucquet devenaient donc puissants. La puissance a

> Boreel k de Witt, 8 septembre 1656. Lettres, t. I, p. 486. On a le récit de sa conversion.

* RoI>ert Cupif, né à Paris, paroisse Saint-André des Arcs, le 26 octobre 1600f de Hélie Cupif, avocat au Parlement, et de Marie Grimauldet, devint archidiacre d'Angers, évêque de Saint-Pol de Léon (25 mars 1640), de Dol (1648); mourut vers 1657. Cf. Rapis, Mémoires, t. II, p. 129.

^ Debidour, La Fronde angevine^ p. 322.

* Estât de la France, 1657 et 1858.

* Castellae turres, gentis avitus konos.

CossART, PoematUy p. 260.

* Quid memorem sanctam post tôt tibi lustra parentem,

Munere servatam nunc superesse meo; Sit quamvis inimica mihi, manibusque fréquenter

Eripiat prcdas imperiosa meis.

Ssbpe meas subit illa domus, ubi triste gementom

Ordinibus longis millia multa jacent :

Turba mihi devota^ meis transcriptaque regnis,

Ni certam mater provida ferret opem.

Quidquid inest morbi, vitales admovet kerbas

Et Coo nunquam balsama nota seni.

Hos recréât dapibus, succis viulibus illos,

Hus dulci alloquio mitis et acre levât.

CossàRT, Poemata^ p. 261.

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